Antibiotiques : objectifs manqués

Paris, le mardi 12 décembre 2017 – Il a eu beau être répété à l’envi et célébré comme le symbole d’une campagne sanitaire efficace, le slogan Les antibiotiques, c’est pas automatique a vécu. Aujourd’hui, la France connaît en effet de nouveau une consommation en hausse de ces médicaments, si bien que l’objectif d’une baisse de 25 % de leur utilisation à l’horizon 2018, fixé par le Plan national d’alerte 2011-2016 ne sera pas atteint.

Progression depuis 2010 en ville

Les derniers chiffres publiés hier par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) confirment la progression de la consommation en ville, déjà observée depuis 2010. En effet après une période de baisse entre 2000 et 2005 et une stabilisation au cours des cinq années suivantes, la prescription d’antibiotiques est repartie à la hausse, augmentation qui atteint 5,6 % en ville entre 2011 et 2016 (et 1,3 % entre 2015 et 2016). Dans deux cas sur trois, l’indication est le traitement d’affections ORL ou des voies respiratoires basses. Si le recours à certaines classes a reculé (par exemple macrolides et céphalosporines), on constate des pics importants en ce qui concerne les pénicillines. Pour les auteurs du rapport, « cette évolution quantitative est très préoccupante ».

Stabilisation plus marquée à l’hôpital, mais signes inquiétants

La situation est moins nette à l’hôpital mais suit une courbe proche. Ainsi, après une diminution certaine jusqu’en 2006, les évolutions sont très faibles et ne permettent pas de dégager une tendance certaine. Néanmoins, « lorsqu’on rapporte le nombre de DDJ (dose définie journalière) au nombre de journées d’hospitalisation (et non plus à la population française), la consommation tend à augmenter » relève le rapport qui signale cependant que cet indicateur « demeure (…) difficile à interpréter sur une longue période ». On relève par ailleurs une utilisation en progression de plusieurs familles ou substances dont la pipéracilline associée à un inhibiteur d’enzyme, les céphalosporines de troisième et quatrième génération et les carbapénèmes.

Antibiotiques critiques : une utilisation (trop) importante

Ces différents éléments fragilisent la lutte contre les résistances aux antibiotiques, d’autant plus que 35 % des produits utilisées en France sont considérées comme « critiques » (soit parce qu’ils sont particulièrement générateurs de résistances bactériennes, soit parce qu’ils sont considérées comme des « derniers recours »). Cette proportion élevée, en légère baisse cependant (elle atteignait 36,5 % en 2015), est notamment liée à l’importante utilisation en ville comme à l’hôpital de l'association amoxicilline-acide clavulanique.

Pourquoi ?

Ces différents chiffres devraient imposer aux pouvoirs publics le lancement de nouvelles recommandations et de nouvelles campagnes tant à l’égard des professionnels de santé que du grand public, tandis que l’accent doit également être mis sur la recherche scientifique en vue de la mise au point de nouveaux antibiotiques. Il semblerait également utile de déterminer les raisons sociales mais aussi médicales pour lesquelles les tendances du début des années 2000 n’ont pas pu être confirmées.

Aurélie Haroche

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