Apprentissage du toucher vaginal sur patientes endormies : le nouveau scandale ?

Lyon, le mardi 3 février 2015 – En écumant les pages du site de l’Université Lyon 1, un pharmacien a découvert les carnets de stage réservés aux externes, datant de 2010. Parmi les objectifs en gynécologie, est notamment prévu l’apprentissage de différents examens, dont le toucher vaginal. Ces documents indiquent clairement que cette initiation pourra se faire au bloc opératoire sur des patientes endormies. Une autre fiche, concernant les activités des externes au sein des blocs de chirurgie gynécologique suggèrent également que pourront être exécutés sur les malades endormies des touchers vaginaux. Bien sûr, ces préconisations (dont on ne sait si elles ont été suivies) posent la question du consentement des patientes. Ces dernières savent-elles systématiquement que des externes et des internes présents lors de l’intervention pourraient pratiquer  ce type d'examens ?

« Le consentement doit porter non seulement sur la présence de l’externe mais aussi sur les actes qu’il réalise » confirme au site Metronews Bénédicte Bévière, maître de conférences en droit privé à l’Université de Paris VIII. Il est dans les faits très rare que des informations aussi précises soient données aux malades avant une intervention. La doyenne de l’UFR de médecine, Carole Burillon reconnaît d’ailleurs : « On pourrait effectivement demander à chaque personne l’accord pour avoir un toucher vaginal de plus mais j’ai peur qu’à ce moment là, les patientes refusent ».

L’Ordre ne peut pas y croire

Révélée par le site Metronews, l’affaire est présentée comme un scandale. Très vite, au sein de l’Université Lyon 1, on s’est attelé à démentir les informations publiées. L’un des praticiens responsables des stages cités a ainsi affirmé n’avoir jamais eu connaissance  ou utilisé ces carnets et qu’il était résolument opposé à l’idée de réaliser des touchers vaginaux sur des patientes sans leur consentement. Au Progrès de Lyon, la doyenne de l’université a confirmé qu’il s’agissait de « vieux documents qui ne sont plus utilisés depuis longtemps », évoquant une « négligence ». Enfin, le Conseil de l’Ordre sollicité par plusieurs rédactions a refusé d’y croire, convaincu que « Si des faits de cette nature s’étaient produits, l’Ordre ne doute pas un instant que des professionnels de santé, infirmiers, aides soignants, travaillant au sein de cet établissement auraient saisi les instances compétentes ».

"Un viol couvert par les personnes responsables"

Ces dénégations cependant ne font pas oublier que la publication de ces documents n’est pas la première évocation de l’existence de telles pratiques. Depuis plusieurs années, sur les blogs notamment, des étudiants et des médecins ont raconté comment l’entraînement au toucher vaginal pouvait parfois être réalisé sur des patientes anesthésiées. Ce fut par exemple le cas de l’auteur du bloc « Sous la blouse » en 2011, tandis que sur les forums d’étudiants en médecine, quelques discussions ont pu porter sur ce sujet. Le médecin et écrivain Martin Winckler qui a fait de l’amélioration de la "bientraitance" des patients son cheval de bataille a également déjà évoqué cette questions. L’année dernière, il affirmait ainsi : « En faculté de médecine, en France, il a longtemps été – et il est encore – d’usage que les étudiants "apprennent"  à faire des examens gynécologiques sur des patientes endormies, en salle d’opération. Je parle d’interventions non gynécologiques, mais s’il s’agit d’interventions gynécologiques c’est pareil car ces patientes n’ont pas été prévenues (…).Cette pratique est dénoncée par de nombreux étudiants et médecins. Elle devrait être bannie (elle l’est dans d’autres pays, plus évolués sur ce point que la France), mais elle n’est pas dénoncée par les enseignants, ni par le conseil de l’Ordre, ni par le ministère de la santé, ni par les syndicats, ni par personne dans les milieux "autorisés". Donc, non seulement c’est un viol, mais c’est un viol couvert par les personnes responsables » dénonçait-il. Au-delà de telles accusation, la défense même des responsables de l’Université de Lyon 1 suggère par sa maladresse que la pratique n’a pas été toujours bannie, si elle l’est aujourd’hui. Ainsi, dans le Progrès, la doyenne de l’Université tente de rassurer : « Ces actes ne se font que lors d’opérations chirurgicales abdomino-pelviennes où un " trio" composé d’un senior, un interne et un externe intervient ». Des précisions qui pourraient ne pas suffire à tous les observateurs, tandis que l’indication selon laquelle les documents cités datent de plusieurs années et pourraient ne jamais avoir été utilisés ne permet cependant pas d’écarter l’idée que ces pratiques aient eu cours à une époque.

Ne pas stigmatiser tous les médecins pour une pratique isolée

D’autres éléments le confirment encore, comme, cité par le blog « Vendredis intellos » la réalisation en 2006 d’une enquête menée auprès des étudiants en médecine de l’université de Nantes, destinée à déterminer dans quelles conditions ils avaient fait l’apprentissage de plusieurs gestes, dont le toucher vaginal. Parmi les questions posées, il était clairement demandé si le premier geste avait été réalisé sur une patiente endormie. L’échantillon réuni avait été trop restreint pour que le nombre de réponses puisse être jugé statistiquement significatif… cependant, certains étudiants avaient confirmé s’être exercé pour la première fois à la pratique de ce geste sur des malades anesthésiées.

Difficile de savoir quelle suite sera donnée à cette affaire et surtout si ces conséquences permettront d’éviter qu’avec la dénonciation d’une pratique condamnable (et témoignant sans doute d’une époque où la considération pour la qualité de l’apprentissage primait sur celle du respect du patient) ne soit parallèlement une nouvelle fois jetée l’opprobre sur une profession qui ne saurait se résumer à elle seule.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (15)

  • Une idée de déséquilibré

    Le 03 février 2015

    J'ose espérer qu'il s'agit d'une plaisanterie de mauvais goût. Le T.V appris sur une patiente endormie me semble une idée de déséquilibré et si il a vraiment été pratiqué et enseigné à Nantes (?) Cela mérite une enquête sérieuse et un examen psychiatrique de l' enseignant en question ... sans autre commentaire.

    Dr Françoise Vandenbussche

  • Invraisemblable

    Le 03 février 2015

    Si ce genre de pratique a réellement existé, je m'interroge au delà de l’évidente responsabilité des enseignants qui ont eu recours à cette "méthode" de bolchevique, sur la responsabilité des étudiants eux même. En effet comment imaginer accepter pareille sottise ? Je veux bien croire que les étudiants soit de plus en plus formatés à être des moutons (recommandations, guide de bonne pratique, CAT, rémunérations sur objectifs etc...) mais là je reste perplexe et l'argument du "c'est mon chef qui le dit je le fait" ne me parait guère convaincant, à moins qu'ils n'aient pas su que la patiente n'était pas consentante...
    P.M

  • Je m'étonne de tant d'étonnement

    Le 03 février 2015

    Sage-femme depuis 20 ans, cette pratique etait très courante dans l'établissement où j'ai fait mes études. Et cela ne choquait personne..."Il faut bien apprendre", nous expliquait-on.
    Caroline Combot

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