Après le décès d’un joueur, le rugby à nouveau sur la sellette

Aurillac, le jeudi 16 août 2018 – Le 10 août, Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort après avoir subi un violent plaquage durant un match amical. Sorti du terrain,  il a ensuite perdu connaissance à plusieurs reprises dans les vestiaires et a été pris en charge par le SMUR qui n’est pas parvenu à le réanimer.

L’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès et le substitut du procureur de la République a ordonné de nouveaux prélèvements «  en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques » et le spectre, d’une mort liée directement au plaquage, plane. Pour le Pr Jean-François Chermann, neurologue, s’exprimant auprès de France Info : « il y a pas mal de zones d’ombre, mais cette affaire m’évoque le syndrome du second impact, cela signifie qu’il y a eu une seconde commotion moins de dix jours après la première. Il faut donc se demander dans quelles conditions cet événement est survenu. Est-ce que le joueur a subi un choc à l’entraînement ? Au début du match ? ».

L’inquiétante évolution du rugby

Reste que l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. D’autant que ce décès intervient après celui d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport, qui selon les observateurs ne cesserait de gagner en violence. Ainsi, pour prendre l’exemple du plus haut niveau, dans le top 14, les commotions cérébrales ont été multipliées par trois entre 2013 et 2017 passant de 19 à 63 cas.

Dans un éditorial, le bimensuel spécialisé Midi Olympique s’emporte « Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde » faisant référence au Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand qui alerte depuis plusieurs années sur les dérives de ce sport. 
Cet « ancien référent » en matière de commotions de la Ligue nationale de rugby (LNR) , disait, depuis plusieurs mois, à qui voulait l’entendre, redouter la mort d’un joueur sur le terrain…Une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir, par la voix du Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR,  qu’il ferait, sur ce sujet, mieux de se taire !

Jean Chazal, souligne « le rugby a été créé par des universitaires anglais. C’était un sport de stratégie, d'évitement. Aujourd'hui, c'est devenu un sport de combat » et il s’inquiète en particulier du sort des plus jeunes joueurs.

De son côté le docteur Boris Cyrulnik, toujours dans Midi Olympique abonde dans le sens du Pr Chazal et explique « aujourd’hui, le règlement et l’évolution de ce sport que nous aimons imposent que des hommes de plus de cent kilos, courant le 100 mètres en 11 secondes, se rentrent dedans à pleine vitesse et accélèrent même au moment de la confrontation. L’impact cérébral est à chaque fois très intense et conduit naturellement à des maladies que l’on ne soupçonne même pas ».

Carton bleue !

Les choses commencent néanmoins à bouger et dans le bon sens. Ainsi a été mis en place sur les pelouses du Top 14 et de Pro D2, le carton bleu qui permet à l’arbitre de sortir définitivement un joueur en cas de suspicion de commotion cérébrale.

En outre, le plaquage, geste phare du rugby, est également remis en cause, notamment en Angleterre, où, en deuxième division la hauteur "légale" de plaquage a été abaissée au niveau des aisselles (elle est normalement fixée au niveau de la ligne des épaules).

Aussi, dans les écoles de rugby françaises, à partir de la saison 2018, les plaquages seront interdits pour les moins de 14 ans, remplacés par le toucher à deux mains.

F.H.

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Vos réactions (5)

  • Second impact ?

    Le 19 août 2018

    Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais il me semble que l'histoire de second impact syndrome n'a pas de validité scientifique. Son occurrence est trop faible pour être significative, et n'a été décrite que chez des enfants chez qui la plasticité cérébrale est plus importante.

    Julien Métais

  • Tout rapprochement avec le football américain ne serait-il pas fortuit ?

    Le 19 août 2018

    Cette difficulté que rencontrent des personnalités scientifiques autorisées à pouvoir s’exprimer sur les dangers des contacts physiques de sport à haute vélocité et haute intensité ne sont pas sans rappeler l’histoire du football américain et la description des traumatismes crâniens chroniques source de démence et de décès pour les joueurs et de menaces pour les médecins qui les avaient écrits.

    Le professeur Chazal a été victime à haute vélocité du syndrome du messager. Incontestablement le rugby évolue avec une obligation de résultat et donc de financement au détriment de la santé des joueurs qui acceptent de jouer le jeu.

    Dr Bernard-Alex Gaüzere

  • Et la boxe ?

    Le 21 août 2018

    Et ce "sport" qui pour moi n'en est pas un, la boxe et qui fait de nombreux infirmes cérébraux quand ils ne sont pas morts ? Qui l'interdira un jour ?

    Certains sports sont des disciplines tellement violentes que l'on peut se poser la question sur la qualification de sport. Certes, on peut toujours se recevoir une boule de pétanque et ce sport d'adresse est considéré comme "pépère". Mais c'est accidentel. Là, je parle des sports don l'essence est la violence.

    Charlaine Durand

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