Après un nouveau suicide: les infirmières continuent à crier leur malaise

Paris, le lundi 6 février 2017 – Un peu plus d’un an après le suicide d’un cardiologue, le professeur Jean-Louis Mégnien, l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) est de nouveau le théâtre d’un drame. Un infirmier (qui n'était pas de service à ce moment) s’y est défenestré, dans la nuit de samedi à dimanche, comme vient de le confirmer l’Assistance publique/hôpitaux de Paris (AP-HP). Un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) doit se tenir aujourd’hui en présence du patron de l’AP-HP. Alors que les conditions de travail et l’influence néfaste des pressions managériales au sein de l’HEGP ont déjà été lourdement dénoncées tout au long de l’année 2016, ce nouveau suicide devrait sonner comme une terrible piqûre de rappel, même si on ignore à cette heure la part de la dimension professionnelle dans le passage à l’acte de cet homme.

Travail à la chaîne

Cette mort fait néanmoins écho aux tristes observations de Charline, infirmière à l’origine du blog C’est l’infirmière qui dans le texte d’un manifeste qui vient d’être lancé remarque amère : « Il y aura toujours des infirmières pour remplacer celles qui se tuent, celles qui s’arrêtent, celles qui s’épuisent » et qui poursuit : « Les récents suicides d’infirmiers en sont la preuve, aujourd’hui on meurt parfois de vous soigner ». Au côté de Charline, trois autres infirmières, Corinne (à l’origine du blog La seringue atomique), Myriam (dont le blog est La petite infirmière) et Peggy (auteur de Les petites histoires de Mlle Peggy), signent le manifeste des 600 000, destiné à mettre en lumière les difficultés quotidiennes des infirmières, quel que soit leur mode d’exercice. Le manifeste met en effet en avant quatre témoignages, d’un étudiant, d’une infirmière dans une petite clinique privée, d’une infirmière libérale et d’une infirmière hospitalière qui toutes partagent la même fatigue et la même inquiétude pour l’avenir.

Le jeune étudiant constate ainsi par exemple que durant sa formation il a « eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu’hasardeux ». De son côté, Juliette, infirmière dans une clinique de province marque combien les conditions de travail actuelles mettent en péril la sécurité des patients et attisent les angoisses des infirmières. « Tous les jours, j’ai peur de me tromper, de commettre l’irréparable parce que soigner dans les conditions actuelles ressemble davantage à du travail à la chaîne » indique-t-elle. Pour sa part, Lou, infirmière libérale évoque son activité quasi quotidienne, où le repos est exclu, tandis que sa rémunération ne connaît aucune évolution. « Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans », résume-t-elle.

François Fillon, cible de toutes les colères

Ce manifeste est une nouvelle tentative de sensibilisation de l’opinion publique et plus encore des autorités au malaise destructeur aujourd’hui éprouvé par toutes les infirmières. Il s’inscrit dans une dynamique qui voit les récents soubresauts de la campagne présidentielle utilisés par beaucoup pour dénoncer les écarts abyssaux entre les traitements des uns et des autres. Ainsi, une infirmière a-t-elle fait ce week-end le "buzz" en dénonçant sur Facebook dans une lettre ouverte la différence certaine entre ce qu’elle perçoit chaque mois en soignant les Français et ce que François Fillon et sa famille ont éventuellement gagné indument.


https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_femmes_et_hommes_politiques_aux_soignants_et_patients_Conditions_de_travail_decentes_Hausse_des_salaires_et_des_hono/edit/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Et après, on dit qu'elle vole leur salaire !

    Le 09 février 2017

    « Quinze ans à recevoir des honoraires dont le prix moyen est de cinq euros et qui n’a quasiment pas augmenté depuis trente ans »...

    Ben quand on voit leurs secrétaires, leur véhicule dernier cri, les amendes qu'ils ramassent pour stationnement illégal, se garant comme ils peuvent (ah leurs chauffeurs sont mal formés !), leurs vacances aux Seychelles sur le dos des malades... Tout ce luxe sur le dos des contribuables... Ben oui M. Pujadas ! C'est vrai, elles volent la CPAM !
    Ce doit être parce qu'ils n'ont pas accès aux petites cuillères en argent qu'ils finissent par se suicider ! Quelle vie que la confrontation à la frustration ! Ah ces jeunes...

    Soyons sérieux, on invalide des plaintes avec de la diffamation maintenant ? J'ignorais que le monde professionnel fonctionnait avec les coups-bas familiers au monde politique.

    C'est petit, vraiment petit... Mais pour la sinistre de la santé, tout va bien, il n'a pas cassé les vitres en se défenestrant ! Au moins un geste respectueux du système...

    Charlaine Durand

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