Arrêts de travail : une nouvelle fronde contre les « délits statistiques »

Quimper, le jeudi 14 mars 2019 – Les contrôles et les sanctions de l’Assurance maladie se multiplient à l’encontre de médecins dont les caisses considèrent qu’ils prescrivent un nombre trop élevé d’arrêts maladies. 

Après l’énième contrôle d’un des leurs, le Collectif pour l’organisation et la défense du territoire de santé du Pays de Quimper (CODTS) s’insurge et entre en dissidence. 

Ainsi, ce comité souligne qu’à l’heure de l’explosion des maladies chroniques et du vieillissement de la population un acteur « ne joue pas le jeu face à ce défi : l’Assurance maladie ».

Ayant appelé à la grève ce mardi, le collectif souligne : « sous couvert de gestion, cette dernière, par son fonctionnement, remet en cause l’indépendance de la médecine pourtant nécessaire à la bonne prise en charge des patients. Nous assistons ainsi aujourd’hui à une véritable chasse aux sorcières, sans possibilité de se défendre (notre "partenaire" opposant aux professionnels de santé le secret médical !). Les médecins généralistes quimpérois apportent donc leur soutien à leurs collègues inquiétés ».

Cette chasse aux sorcières pourrait même, selon les frondeurs, expliquer (en partie) la progression des déserts médicaux. Le CODTS juge en effet qu’il s’agit de l’arme ultime « pour décourager l’installation des jeunes médecins ».

Cet appel a reçu un écho important auprès des praticiens du département. Ainsi, une maison médicale et nombre de cabinets ("isolés" comme la caisse aime à les appeler) ont fermé leurs portes mardi matin et certains praticiens se sont réunis devant la CPAM en guise de protestation et de soutien à l’une de leurs consœurs qui était alors auditionnée. 

La faute aux mathématiques ?

Outre cette mobilisation, dans une interview accordée à What’s up doc, le Dr Thomas Couturier du CODTS rappelle à la CNAM quelques évidences mathématiques.

« La durée des arrêts de travail répond à peu près à la courbe de Gauss : 95 % des médecins prescrivent des arrêts de travail pour des durées normales et en quantité normale, 2,5 % d’entre eux prescrivent moins que la "normale" et 2,5 % prescrivent plus. Malheureusement, quand vous êtes dans cette dernière catégorie, vous sortez du nuage. Quand on demande à la sécurité sociale des explications, c’est le silence radio. Ils se contentent de nous expliquer que l’on est au-dessus de la norme. Mais, que signifie cette "norme"? La "norme" n’existe pas parce que chaque médecin a une patientèle qui lui est propre en fonction de sa localisation, de sa spécialisation, de son sexe, de l’âge ses patients ».

A bons entendeurs…

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Une mauvaise foi... Partagée.

    Le 15 mars 2019

    Vingt cinq ans que ce serpent de mer montre sa tête de temps en temps, un peu comme les OVNI à une autre époque.
    Là on parle des arrêts de travail, on pourrait aussi parler des soins à domicile, des prescriptions d'AMK, de tout en fait...
    SNIR 3, ça vous rappelle quelque chose ?

    Au début on la jouait "honnête", c'est à dire que les praticiens étaient en groupe homogènes (même spécialité, même activité, même patientèle) et quand un sortait du lot (+3 écarts-type), on lui payait un café (ou un thé pour les dames) autour d'un entretien confraternel pour s'expliquer entre pairs.

    Explications souvent satisfaisantes de part et d'autre, recadrages quelquefois.
    C'était l'époque "honnête".
    Et puis on est passés aux "objectifs", édictés par le MCN, relayés par les échelons régionaux et distribués aux MC des échelons locaux.
    Tu remplis les objectifs (c'est à dire tu déglingues tes confrères), tu obtiendras des échelons, de l'avenir, tu n'atteins pas ? Opprobe, remontrances du médecin-chef de l'ELSM...
    Sans oublier qu'en face il y a aussi quelques déviants... La prescription d'arrêts "de complaisance", de cures, d'AMK, de soins infirmiers à domicile, etc. Ca se sait vite dans la patientèle. Et je ne parle pas des fadas dont les prescriptions sont plus longues que le bras.
    N'oublions pas le contexte à l'américaine : une pathologie=une enveloppe, pas plus !

    L'idée est là depuis 30 ans, larvée, masquée...
    Quant au secret médical, les données anonymisées qui servent de base aux calculs, chacun peut les demander et argumenter. Et là on peut contester..
    Reste à savoir si le MC qui est votre interlocuteur est médecin ou carriériste...
    De toutes façons, vous prescrivez trop.

    Certains trouveront mes interventions humoristiques, d'autres "fantaisistes", mais combien connaissent globalement le fonctionnement du système ?
    Notre "partenaire", l'Assurance Maladie, est aux mains des politiques et le MCN un simple porte-voix du ministre, le MC que vous rencontrez un simple messager, plus ou moins confraternel.
    A vous d'argumenter, oui, je sais, ça prend du temps...

    Dominique Barbelet

  • Ignares

    Le 16 mars 2019

    Médecin =formation scientifique
    CPAM= ignares
    Par définition les statistiques ne s'appliquent pas à un (1) individu.
    C'est un outil qui peut attirer l'attention, mais qui ne peut en aucune manière permettre de conclure. La CPAM, par son médecin conseil, devrait pouvoir opposer des cas factuels, et certainement pas des statistiques manifestement mal comprises.
    Et au lieu de parler de coercition pour faire venir les médecins, les parlementaires devraient parler de mettre au pas les CPAM, c'est à dire au service des médecins qui eux sont déjà au service des patients !

    Dr F.chassaing

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