Assistants médicaux : vers un marché de dupes ?

Paris, le mercredi 9 janvier 2019 – Fin décembre, dans une lettre de cadrage adressée au président du conseil de l'UNCAM (Union nationale des caisses d'assurance maladie), Agnès Buzyn détaillait « les lignes directrices » des deux négociations conventionnelles qui s’ouvriront ce mois-ci concernant les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les assistants médicaux.

Sur ce second sujet, elle précisait, en particulier, que pour bénéficier des aides à l’embauche d’un assistant médical (50 000 € par an selon les premières annonces), le gouvernement souhaitait que soient imposées différentes conditions aux médecins : « l'exercice en cabinet de groupe, l'inscription dans un exercice coordonné, l'engagement d'un bénéfice mesurable pour la population en matière d'accès aux soins et l'exercice médical en secteur 1 ou OPTAM », énumérait-elle.

Agnès Buzyn estimait également nécessaire que l'aide financière soit « dégressive ».

Y’a-t-il encore quelque chose à négocier ?

Cette semaine, dans une nouvelle missive, l'UNCAM insiste sur les « obligations et les contreparties » à respecter par les médecins qui bénéficieront de l'aide financière de l'Assurance-maladie (qui pourrait entrer dans le cadre de la rémunération sur objectifs de santé publique, ROSP), sans, désormais, s’appesantir sur son montant.

En premier lieu, l’UNCAM affirme que le recrutement de ces professionnels devra se faire « en complément des personnels salariés », et non en substitution des emplois existants pour « éviter l'effet d'aubaine qui mettrait à la charge de l'Assurance-maladie des coûts supplémentaires, sans contrepartie d'augmentation de l'activité médicale et d'amélioration des prises en charge ».

En outre, les médecins devront s’engager à « augmenter leur patientèle ou à mettre en œuvre de nouvelles actions améliorant la qualité ou l'efficience ».

Ainsi, « le volume d'actes supplémentaires (par rapport à l'historique) et l'élargissement des horaires de consultation », notamment en première partie de soirée et en fin de semaine seront étudiés avant tout versement d’une quelconque aide.

La négociation devra fixer « le montant à la charge de l'Assurance-maladie selon la rémunération supplémentaire permise par l'accroissement d'activité induite ».

Seule petite ouverture, l’UNCAM souhaite que dans les zones sous-denses, les généralistes ou spécialistes « en exercice isolé » puissent aussi bénéficier de ces recrutements « sous réserve qu'ils s'engagent à adhérer à horizon proche (2 ans) à un dispositif d'exercice coordonné (avec remboursement si l'obligation n'est pas respectée » !

Enfin, pas question pour l'UNCAM d'ouvrir les assistants « aux spécialités techniques comme la radiologie et la biologie médicale » ni aux praticiens en établissement.

Nicolas Revel qui mènera ces négociations pour la CNAM et les partenaires sociaux doivent commencer à se demander s’il y a encore quelque chose à négocier !

F.H.

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Vos réactions (5)

  • Marché de dupes

    Le 09 janvier 2019

    Les contrats avec l'assurance maladie sont toujours un marché de dupes. On a vu ce qu'il est avenu de l'ASV des médecins considéré comme des "honoraires différés" en contrepartie du respect des tarifs conventionnels. Au moment de payer, la valeur des points acquis a été divisée par 10 !

    Dr Bernard Albouy

  • La CNAM se rend elle compte de sa maltraitance ?

    Le 13 janvier 2019

    Absolument d'accord avec mon confrère un vrai marché de dupe comme d'habitude
    Elargir les horaires je suis déjà au bord du burn out à 62 ans !
    La CPAM ne cesse de nous m'emmerder avec des contreparties en tout genre pour des augmentations légitimes toute peine mérite salaire alors M....!
    Et que dire des primes à la noix, des cotations cabalistiques, des augmentations pour actes qui ne sont quasi jamais cotés ras le bol !
    Se rend elle compte de sa maltraitance ?

    Dr Gilles Fauvet

  • Assistants et arnaques nationales

    Le 13 janvier 2019

    Parfaitement de votre avis, ce ne sont qu'un boulet de plus visant à promouvoir une sous-médecine technocratisée et au rabais. Miss Buzyn semble avoir été transfusée au toxique sang de Touraine, et quant à M. Revel, il fait son boulot de fossoyeur déguisé. La seule chose que je pense pouvoir être considérée comme "bénéfique" pour notre exercice dans ce qu'a produit la CNAM (et le "Ministère" adjoint) ces presque vingt-cinq dernières années (attention propos vicieux) est la possibilité que certains "se sauvent" financièrement en bidouillant avec la monstrueuse CCAM tellement elle est complexe et ingérable, c'est dire ! Je nous juge coupables de prostitution (au mauvais sens du terme) pour y avoir cédé, ainsi qu'à la ROSP. Forcés de truander comme par exemple nous sommes forcés d'adapter les déclarations à la Caisse pour pouvoir obtenir des ALD à des nécessiteux que des abrutis de médecin-conseil ne peuvent "administrativement" pas considérer comme notablement handicapés par des polypathologies, ou lorsque on voit ces même médecins-conseil se coucher devant des rejets administratifs scandaleux, démotivés à force de nous faire rouler dans la farine et étrangler par le cumul de l'ubuesque administratif et des horripilants fliquage et vol étatisé (j'entend par là l'humiliation des tarifs "conventionnels" et la politique fiscale ...on pourrait aussi parler des radars et des limitations de vitesse mensongères, sans lien direct mais dans la même veine), ce qui me sidère est la passivité générale. Nous sommes une très large majorité à savoir néfaste la politique menée depuis trente ans, nous médecins avons en plus que tout citoyen un devoir d'alerte et de protection : manifestons notre opposition, cessons de nous cacher derrière notre soi-disant vocation ou des syndicats inopérants, faisons comme si nous étions adultes !
    Déconventionnement, dénonciation de toute langue de bois, arrêt de la servitude volontaire : les changements qui s'imposent à ce pays et l'humanité ne peuvent pas attendre le réveil de politiciens affairés à leurs intérêts, ou à tout le moins il n'y aura qu'en les aiguillant vigoureusement que l'on évitera ce que je qualifierais hélas de boucherie... Ne les laissons plus parler pour du vent ou des fers, soyons intransigeants et forçons-les à nous entendre : réalité et créativité leurs manquent, apprenons-leur avec nos plumes et nos fourches !

    Dr Felix Galeyrand

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