Attentat à Nice : les hôpitaux exemplaires

Paris, le lundi 18 juillet 2016 – Une désespérante répétition se joue sous le soleil de juillet. Un peu plus de sept mois après les attentats perpétrés à Paris, sont recueillis les mêmes témoignages de professionnels de santé exemplaires, est observée la même constance des équipes de psychologues et psychiatres, constatée la même inquiétude des experts. Nous l’avons dit : le plan blanc déclenché immédiatement après l’attentat qui a tué 84 personnes à Nice le 14 juillet au soir a été précédé par le retour spontané de plusieurs professionnels de santé en congés ou repos jeudi soir. Les personnels du CHU de Nice sont depuis des mois préparés à répondre à une telle catastrophe : un exercice de simulation grandeur nature avait même été réalisé le 8 mars. Si cette préparation a contribué à la qualité de la réponse, elle n’a cependant pas permis de tout envisager. « La gestion a été bonne. Au début, c’était un peu la sidération, puis les choses se sont mises en route, comme lors de l’exercice. Mais, même quand on s’y prépare, personne ne s’y attend vraiment. Surtout qu’on avait vu tous les cas de figure, des attaques d’armes à feu, d’armes blanches, d’armes chimiques, des explosions, mais pas un attentat avec un camion », raconte dans le Monde le professeur Nicolas Venissac, chirurgien thoracique au CHU, appelé dans le cadre du plan blanc.

Une très longue rééducation

Ainsi, l’attentat de Nice aura été comparable à une avalanche d’accidents graves de la route. Et bien qu’à la différence de Paris, on observe un nombre de blessés « anormalement bas » comparativement « au nombre monstrueux de morts », la foule des patients conduits dans les hôpitaux de la ville n’a pu qu’impressionner les urgentistes et les soignants. L’une des spécificités de cette attaque, la présence de plusieurs enfants parmi les victimes, a notamment particulièrement choqué. Nice dispose d’un établissement pédiatrique renommé, l’hôpital Lenval, situé à quelques mètres à peine de la Promenade des anglais et qui a donc dû reçu les premières victimes, dont plusieurs jeunes patients. Pour prendre en charge ces derniers, la rapidité s’imposait. « L'enfant est plus vulnérable à un certain nombre de traumatismes, donc il faut aller plus vite que l'adulte. Il y a une vraie vulnérabilité médicale, mais il y a aussi une vulnérabilité  émotionnelle des soignants » observe sur le site de l’Obs le docteur Isabelle Constant, chef de service d'anesthésie à l'hôpital Trousseau à Paris. Hier, le ministre de la Santé, Marisol Touraine qui a été très présente tout au long du week-end et qui sera encore à Nice aujourd’hui pour participer à la minute de silence a indiqué que le pronostic vital de 18 personnes, dont un enfant, demeurait toujours engagé. Quatre-vingt cinq personnes sont toujours hospitalisées, dont vingt-neuf en soins intensifs. L’identité d’un seul patient n’a pas encore pu être parfaitement établie. Le ministre a par ailleurs répété à plusieurs reprises que la gratuité totale des soins serait assurée à tous, y compris au-delà des douze mois initialement prévus. Pour certains blessés en effet, la reconstruction est une très longue épreuve, nécessitant entre autres de nombreux soins de rééducation. L’assistance psychologique peut également être nécessaire pendant une période importante. Aujourd’hui, les cellules d’urgence médico-psychologiques installées dans la ville restent à pied d’œuvre, mais ce seront les services classiques qui prendront bientôt le relais.

Autopsie psychiatrique

Parallèlement à la gestion des blessés, à la prise en charge psychologique des témoins directs et indirects de l’attentat, et à l’attention que peuvent nécessiter certaines personnes présentant des troubles psychiatriques potentiellement fragilisées par ces événements, l’attention de la communauté médicale se porte également sur la santé psychique du terroriste. Si les études manquent, un intérêt croissant est aujourd’hui porté à cette question. Dans le cas de Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel, alors que la revendication du groupe Etat islamique tardait et qu’étaient absentes les données confirmant une « radicalisation », la thèse d’un terrible accès de violence lié à une maladie psychiatrique a pu être envisagée. Elle a été un temps confortée par les révélations de sa famille et d’un médecin l’ayant vu une fois en Tunisie. Cependant, des informations complémentaires concernant son rapport avec l’islam radical et avec d’éventuels complices ont minimisé cette interprétation. Certains psychiatres rappellent néanmoins que la psychose ou d’autres troubles mentaux ne sont pas rares chez les djihadistes, mais qu’ils ne peuvent seuls, dans la très grande majorité des cas, expliquer le passage à l’acte. « Je refuse catégoriquement l'idée qu'il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n'est pas l'acte d'un fou, c'est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale » a ainsi observé dans l’Express le Dr Chemceddine Hamouda, psychiatre à Sousse qui avait reçu une fois le terroriste de Nice il y a plus de dix ans. De son côté, David Thomson, journaliste spécialiste du djihadisme observe que le fait d’être « déséquilibré n’empêche pas d’être djihadiste ». Dounia Bouzar, anthropologue qui se consacre à ces questions observe pour sa part : « Beaucoup de jeunes veulent rentrer dans l'islam radical car ils cherchent une "contention" à des comportements: une consommation effrénée d'alcool ou de drogue, c'est le cas des frères Abdeslam - membres du commando du 13 novembre - ou une homosexualité refoulée ». Et quand la pratique religieuse se révèle inefficace à apaiser les troubles, peut parfois apparaître la tentation de tuer et de mourir « pour exister ». Enfin, lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats, le chef du service central du renseignement territorial, Jérôme Léonnet, avait indiqué que sur les 700 à 800 personnes radicalisées pouvant être considérée comme dangereuses, 150 relèveraient du domaine psychiatrique.

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Vos réactions (1)

  • Question aux psychiatres sur le jeu vidéo GTA?

    Le 18 juillet 2016

    J'étais sur la Prom' ce funeste soir du 14 juillet, épargnée par le camion fou et même la vision des horreurs qu'il a provoquées, mais cette sensation de catastrophe imminente, ces mouvements de foule, ces policiers lourdement armés qui hurlent des ordres et contre-ordres dans une panique indescriptible, je ne suis pas prête de les oublier. Une question jamais évoquée: est-ce que le tueur fou jouait à GTA, ce jeu mondialement diffusé qui consiste à provoquer un max de dégâts au volant d'un véhicule qui ne respecte rien, pas le moindre piéton, et dont J'étais sur la Prom' ce funeste soir du 14 juillet, épargnée par le camion fou et même la vision des horreurs qu'il a provoquées, mais cette sensation de catastrophe imminente, ces mouvements de foule, ces policiers lourdement armés qui hurlent des ordres et contre-ordres dans une panique indescriptible, je ne suis pas prête de les oublier. Une question jamais évoquée: est-ce que le tueur fou jouait à GTA, ce jeu mondialement diffusé qui consiste à provoquer un max de dégâts au volant d'un véhicule qui ne respecte rien, pas le moindre piéton, et dont l'usage non limité pourrait éventuellement faire basculer dans l'action des individus fragilisés comme ce Mohamed dont je ne veux même pas retenir le nom ? J'aimerais avoir l'avis de psychiatres sur ce qui me parait être une aberration en vente libre. Merci d'avance.
    Catherine Hoff Bermon, dermatologue à Nice

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