Autisme : la piste du microbiote intestinal ouvre de nouvelles perspectives

Paris, le mardi 26 décembre 2017 - Depuis quelques années déjà, le microbiote intestinal constitue un nouveau continent que les chercheurs investissent massivement pour tenter de mettre en évidence des relations entre ce dernier et certaines pathologies dont l’étiologie demeure encore incertaine. Parmi eux, Joël Doré, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et spécialiste de la métagénomique intestinale, vient d’être récompensé du prix Marcel-Dassault pour la recherche sur les maladies mentales qui consacre, pour la sixième année, un projet de recherche innovant dans ce domaine.

Dans un contexte où les progrès considérables de la médecine n’ont pas réussi à endiguer l’incidence exponentielle des maladies chroniques en général et des troubles du spectre de l’autisme (TSA) en particulier qui touchent aujourd’hui 1 % de la population, le rôle important des facteurs environnementaux, dont celui de la possible altération de la relation entre l’hôte et sa flore (le microbiote intestinal) est une piste qu’ont décidé d’explorer Joël Doré et son équipe en mettant en place une étude observationnelle baptisée MicrobiAutisme. Selon lui, la prévention de la dysbiose, maladie du microbiote, en particulier sur un terrain métabolique, par nature inflammatoire, est une composante de la prise en charge des maladies psychiatriques qui ne doit plus être ignorée.

Cercle vicieux

Partant du constat que des symptômes gastro-intestinaux sont fréquemment observés chez les personnes avec TSA (plus de 50 % d’entre eux vs 15 % en population générale), Joël Doré et son équipe vont observer, chez 150 patients autistes Asperger et 50 personnes témoins, l’hyperperméabilité intestinale, l’inflammation, le stress oxydant et la dysbiose (déséquilibre) du microbiote intestinal. L’hypothèse formulée est que ces facteurs seraient associés et formeraient un cercle vicieux favorisant l’installation de ces symptômes. Une évaluation précise et globale des altérations de la physiologie et du microbiote intestinal dans les TSA permettra ainsi d’en rechercher les corrélations avec la sévérité des symptômes gastro-intestinaux.

L’objectif de cette étude est double. Il s’agit d’abord de s’inscrire dans un axe de recherche innovant et prometteur et de continuer de documenter les relations existantes entre la dysbiose du microbiote intestinal et les TSA tout en espérant identifier des biomarqueurs pertinents. Dans un second temps, un essai préclinique de transplantation de microbiote fécal sera réalisé pour tenter de démontrer ce lien de causalité. Le microbiote de patients présentant une symptomatologie gastro-intestinale absente, modérée ou sévère sera implanté chez des animaux sans germes pour évaluer le transfert de ces symptômes ainsi que les paramètres associés de comportement, de cognition, d’anxiété et de socialisation.

Benoît Thelliez

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