Autotest de dépistage du VIH : une arrivée unanimement approuvée

Paris, le mardi 15 septembre 2015 – Envisagée depuis 2012, l’arrivée des autotests de dépistage du VIH en pharmacie est effective depuis aujourd’hui en France. Ces trois années, que d’aucuns pourraient considérer comme une bien longue période d’atermoiements, ont été l’occasion d’une « procédure exigeante (…) pour garantir la qualité du dispositif et assurer la sécurité et la bonne information des utilisateurs » juge de son côté le ministère de la Santé. Ce dernier a tenu à saluer l’aboutissement de ce travail de réflexion, avec la visite du ministre de la Santé, hier, dans une pharmacie parisienne (dont le titulaire est membre de la Fédération des syndicats de pharmacien de France, le ministre semblant déroger au principe de neutralité qu’elle affichait pourtant quelques jours auparavant pour justifier son absence à l’université d’été de la Confédération des syndicats médicaux français). Cette rencontre a été l’occasion pour le ministre de la Santé de rappeler que différents dispositifs d’information ont été mis en place pour assurer l’accompagnement des utilisateurs de ce test : un service téléphonique d’aide accessible 7 jours sur 7 et 24h/24 au 0800840800, ainsi que des brochures d’information spécifiques réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES). Le ministre a également confirmé que les « structures de prévention du VIH » et les associations dédiées à la lutte contre le Sida recevraient des autotests gratuits. Enfin, Marisol Touraine a précisé que deux études destinées à évaluer scientifiquement le recours à ce nouveau système de dépistage allaient être conduites sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Diversifier l’offre de dépistage est forcément positif

L’engagement de Marisol Touraine sur ce dossier s’explique sans doute d’une part par sa volonté de mettre en avant l’aboutissement des projets portés par elle dès son arrivée avenue de Ségur et d’autre part probablement en raison du caractère très consensuel de cette innovation. En effet, après des avis très partagés pendant des années, liés notamment au manque de fiabilité des premiers tests disponibles, l’opportunité de permettre un accès libre à ces autotests semble quasiment faire l’unanimité. Chez les professionnels de santé, cette adhésion s’observe depuis plusieurs années Un sondage réalisé sur notre site en 2012 révélait ainsi que 78 % des professionnels de santé se déclaraient favorables à l’autorisation d’un autotest de dépistage du VIH en France. Les pharmaciens, plus particulièrement impliqués, semblent également largement engagés à accompagner les patients ; même si certains syndicats, et notamment l’Union nationale des pharmaciens de France estime que ces nouvelles missions devraient faire l’objet d’un entretien pharmaceutique dûment rétribué. Outre les professionnels de santé, les sociétés savantes (et le Conseil national du Sida) et les associations de patients se montrent aujourd’hui également enthousiastes. « Lorsque vous avez 30 000 personnes en France qui ignorent être porteuses du virus, tout ce qui peut diversifier l’offre de dépistage est bon à prendre » affirme ainsi le président d’Aides, Aurélien Beaucamp.

400 contaminations évitées chaque année

Il faut dire que d’importants espoirs se fondent sur l’utilisation de ces autotests : le Conseil national du Sida avait estimé en 2013 en extrapolant des données américaines, que l’introduction des autotests pourrait permettre de découvrir 4 000 séropositivités chaque année et d’éviter 400 nouvelles infections. Pour obtenir des résultats aussi importants, la vigilance devra cependant s’exercer sans faille et les pharmaciens sont à cet égard au premier rang. C’est eux, en délivrant l’autotest (accessible uniquement derrière le comptoir) qui devront rappeler son absence d’efficacité dans les trois mois suivant le rapport sexuel à risque. Ils devront également insister sur les règles à suivre en ce qui concerne l’élimination du test (des dispositions doivent en la matière être votées dans le cadre du projet de loi de santé). Enfin, au-delà du rôle du pharmacien, certains redoutent que le prix de l’autotest (entre 25 et 30 euros) ne lui permettent pas d’atteindre totalement ses objectifs (néanmoins, les observations du Conseil national du Sida ne semblaient pas légitimer une telle inquiétude).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Autogestion Hiv

    Le 15 septembre 2015

    Je suis biologiste médical et pour pouvoir réaliser des tests Hiv il est obligatoire de:
    - réaliser les tests par du personnel qualifié (bac + 3 minimum)et ce personnel doit être de plus formé et habilité.
    - les tests et les appareils utilisés doivent être approuvés par l'afsapss qui donne les autorisations.
    - des contrôles de qualité quotidiens internes et externes doivent prouver la qualité des résultats.
    - les résultats doivent être validés par un biologiste médical (bac + 10 au minimum).
    - les laboratoires doivent être accrédités par le Cofrac, accréditation obligatoire et très complexe.
    - une procédure complète est établie par chaque laboratoire en cas de sérologie positive.
    Tout ceci n'est pas dû au hasard !
    Et on laisse n'importe quel abruti réaliser un test seul chez lui !
    La France marche sur la tête !

  • Démagogie

    Le 16 septembre 2015

    A 28 euros le test, quelle population cible t-on exactement ? Quant à la distribution gratuite au niveau des CDAG, quelle différence avec les TRODs (moins onéreux) qui étaient déjà praticables par du personnel formé pouvant au moins faire l'annonce et le suivi dans de bonnes conditions ?
    Si le deal est de permettre à des personnes de pouvoir faire dans leur coin le test (21% échoueront car mauvaise manipulation, source congrès SFLS), qui nous dit qu'elles rentreront dans le circuit de soin secondairement ?
    Bref, beaucoup de bruit pour rien mais le labo AAZ peut se frotter les mains...
    Personnellement, je pense que si le ministère de la santé voulait vraiment accroitre le dépistage du HIV en France, il impliquerait l'ensemble des acteurs de soin, y compris les médecins et pharmaciens biologistes des laboratoires d'analyse, à qui on a interdit très longtemps de faire des tests HIV sans ordonnance (voir le site sante.gouv.fr, recommandation toujours en ligne) car il était trop dangereux de laisser une personne face à son diagnostic. Et les associations (qui accusent les laboratoires d'analyse d'être rétrograde dans leurs coup de gueule actuel) n'y ont jamais vu aucun inconvénient (peut être parce qu'il n'y avait aucune subvention à la clé...).

    Dr Géraldine Jacob

  • Pharmaciens voleurs ?

    Le 17 septembre 2015

    Je suis pharmacien d'officine et tout à fait d'accord avec mon confrère biologiste.
    Pour pratiquer l'autotest Hiv il faut attendre 3 mois aprés une conduite à risque contre 6 semaines pour un test biologique.
    L'autotest n'est pas fiable à 100%. Un résultat positif doit obligatoirement être confirmé par le laboratoire, et quid des éventuels faux négatifs ?
    Et cerise sur le gâteau (merci Dr Jacob) j'apprend que 21% de personnes sont incapables de faire ce test.
    Son prix varie entre 25 et 28 euros en officine (vu 20 sur internet...) contre environ 23 euros en laboratoire et gratuit avec ordonnance.
    Il est gratuit dans de nombreuses associations et payant en officine d'oû l'éternelle conclusion: pharmaciens voleurs! Dans 6 mois plus aucun confrères tous découragés par la gratuité (que je ne remets pas en cause) qui sera certainement étendue, ne vendront de tests.
    En bref on me demande de délivrer un système moins efficace pour me faire traiter de voleur dans quelques semaines ou quelques mois.
    C'est ce que j'ai expliqué aux 2 clients qui sont déjà venus me demander ce test en concluant: direction LABM. Chacun son métier!
    Guy

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