Baclofène : un outil important (mais pas une panacée) dans un arsenal thérapeutique limité

Paris, le mardi 6 septembre 2016 – Les résultats présentés à Berlin concernant l’efficacité du baclofène dans le sevrage alcoolique permettront-ils de lever toutes les réticences liées à l’utilisation de ce médicament initialement indiqué comme myorelaxant ? Pas si sûr, car le traitement, parfois trop hâtivement présenté comme "miraculeux" n’offre pas de résultats spectaculaires. Cependant, au sein d’un arsenal thérapeutique limité, le baclofène s’impose comme un outil important, comme le confirment ces études.

« Pas si mal »

Le professeur Michel Reynaud (hôpital Paul Brousse) qui a conduit l’étude française Alpadir, soutenue par les laboratoires Ethypharm, a ainsi dévoilé lors du congrès international ISBRA-ESBRA (deux sociétés européennes de recherche biomédicale sur l’alcoolisme) les résultats de ses travaux. Dans cette étude randomisée en double aveugle, 158 patients étaient intégrés dans le groupe baclofène et 162 dans le groupe placebo. Les patients devaient répondre à un certain nombre de critères pour être inclus et notamment présenter au moins une expérience précédente d’abstinence. La dose cible utilisée a été de 180 mg/jour, mais n’a pas été atteinte pour tous les patients. Un nombre important des sujets (40 %) est sorti prématurément de l’étude. Si l’on ne constate pas de différence en ce qui concerne l’abstinence (11,9 % dans le groupe baclofène contre 10,5 % sous placebo), elle est marquée pour la diminution de la consommation. Présentant une moyenne de consommation de neuf verres et demie par jour, les patients sous baclofène sont parvenus à la restreindre à quatre verres en moyenne, contre cinq pour ceux sous placebo. Chez les patients présentant la plus forte consommation, la baisse a été plus forte encore. « Des buveurs de 12 verres par jour sont passé à trois verres avec le baclofène contre cinq avec le placebo » a ainsi détaillé Michel Reynaud. Concernant la tolérance, aucun problème majeur n’a été constaté. Pour Michel Reynaud, sans dessiner le baclofène sous les traits d’un médicament miracle, ces résultats sont encourageants, en particulier face au fléau que représente l’alcoolisme. « Le baclofène permet de réduire la consommation d’alcool dans un cas sur deux, ce n’est déjà pas si mal » a observé Michel Reynaud.

Une supériorité nette par rapport au placebo avec une dose cible de 300 mg/jour

Très attendus, des résultats préliminaires de l’essai Bacloville, ont également été présentés. Conduit par le professeur Philippe Jaury, cet autre essai randomisé en double aveugle a été mené par des médecins libéraux en France. Les critères d’inclusion étaient moins stricts que dans l’essai Alpadir et la dose cible a atteint 300 mg/jour. Ces conditions expliquent sans doute un taux de sortie de l’étude plus faible (32 %) et des résultats plus encourageants encore. On constate en effet qu’après douze mois, 56,8 % des patients traités étaient abstinents ou avaient atteint une consommation d’alcool  modérée, contre 36,5 % dans le groupe placebo. L’analyse des effets secondaires est encore en cours, mais des décès avaient été rapportés à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dont le lien avec le traitement n’avait cependant nullement été établi et qui pouvaient avoir été provoqués par l’extrême fragilité des patients. On relèvera également la présentation d’autres essais, conduits par des équipes étrangères, qui suggèrent des résultats proches des équipes françaises.

Le plus actif contre l'addiction alcoolique

Les études Alpadir et Bacloville n’offrent pas toutes les réponses espérées, notamment en ce qui concerne la question toujours épineuse de la dose cible, le sevrage de ce médicament et les effets secondaires. Cependant, pour les "partisans" du baclofène et de nombreux spécialistes de la lutte contre l’alcoolisme, elles confirment l’utilité du médicament, notamment les données de Bacloville. Les commentant dans Libération, le professeur Bernard Granger, qui depuis la publication du livre d’Olivier Ameisen en 2004 a été un fervent défenseur de l’utilisation du baclofène dans le sevrage alcoolique espère que les obstacles à une autorisation élargie sont désormais franchis. Il n’oublie pas cependant  que « le baclofène, qui est incontestablement le médicament le plus actif contre l’addiction alcoolique, n’est pas une panacée et doit très souvent s’intégrer dans une prise en charge globale, prenant en compte les aspects psychologiques et sociaux liés à l’alcoolisme ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Le Baclofène dans le traitement de l’alcoolisme, un petit miracle ?

    Le 07 septembre 2016

    Je pense à au moins trois bonnes raisons pour laquelle le Baclofène est perçu comme un médicament miraculeux dans le traitement de l'alcoolisme.
    1-Comme dans la plus part des thérapies et peut-être plus particulièrement celles qui traitent l'alcoolisme, le taux d'échec est difficile à chiffrer parce que ceux qui échouent n’en parlent que très peu. Est-ce par gène ou déception d’avoir échouer, peut-être un peu des deux. Cette situation peut aussi s’expliquer par le caractère anonyme de ces thérapies. C’est donc ceux qui ont réussi qui vont faire valoir leur opinion et ce, de plus en plus via les médias sociaux. On peut en déduire qui si le taux de réussite des thérapies traditionnelles était supérieur, ces dernières occuperaient toute la place dans l’opinion populaire. Mais ce n’est pas le cas d’où la perception qu’il s’agit d’un médicament miraculeux.
    2-L’acharnement des autorités sanitaires et des pharmas à dénigrer les résultats obtenus par des sommités médicales tel, de Beaurepaire, Jaury, Granger, etc. sur l’efficacité du Baclofène, n’a fait que nourrir le cynisme de la population et a largement contribué à entretenir la théorie du complot qui n’est peut-être pas si théorique après tout. On peut les comprendre car ils on beaucoup à perdre en faveur de ce vieux médicament qui ne leur rapporte rien…
    3-On à maintenant des études qui nous démontrent clairement l’efficacité de ce médicament. Une panacée? Certainement pas mais avec un taux de réussite aussi élevé comparativement aux thérapies traditionnelles, pas étonnant qu’on lui attribue des propriétés aussi extraordinaires. J’aimerais bien pouvoir offrir un médicament aussi efficace à un diabétique. Je me demande s’il ne le verrait pas comme un petit miracle…

    Christian Emond

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