Bataille politique dans la douleur autour de l’endométriose

Paris, le jeudi 21 septembre 2023 – La proposition de loi du Rassemblement National visant à reconnaitre l’endométriose comme affection de longue durée (ALD) embarrasse ses opposants.

Si l’endométriose, affection qui touche près de 10 % des femmes en âge de procréer, est une maladie à l’étiologie encore méconnue, une chose est certaine : il s’agit d’une maladie très politique. La question de sa reconnaissance et de sa prise en charge est en effet mise en avant par les groupes féministes depuis plusieurs années. Mais récemment, un autre mouvement politique que l’on n’attendait pas sur ce terrain s’est emparé de la question : le Rassemblement National (RN).

Le parti d’extrême-droite, qui maitrisera l’ordre du jour lors de la « niche parlementaire » du 12 octobre prochain, a en effet déposé une proposition de loi « visant à soutenir les femmes qui souffrent d’endométriose ». Le texte propose de reconnaitre l’endométriose comme affection de longue durée (ALD) exonérante, ce qui signifie que les soins seront pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie et de permettre aux femmes atteintes d’obtenir le statut de de travailleuses handicapées, leur ouvrant divers droits. En choisissant ce sujet relativement consensuel, l’objectif du RN, qui n’a pas réussi à faire adopter le moindre de ses textes depuis son entrée fracassante à l’Assemblée Nationale l’an dernier, est bien sûr d’obtenir une victoire politique.

Féminisme ou hypocrisie

Mais cette proposition de loi du RN met les autres partis politiques dans l’embarras et les placent face à un dilemme : faut-il voter le texte et ainsi offrir une victoire politique au parti d’extrême-droite ou bien le refuser et risquer ainsi de se figurer tels des hypocrites qui font passer les querelles politiques avant l’intérêt des femmes ? La question est d’autant plus épineuse qu’en janvier 2022, tous les partis présents à l’Assemblée Nationale avaient voté en faveur d’une résolution (sans effet normatif donc) présentée par la députée LFI Clémentine Autain visant justement à faire de l’endométriose une ALD.

En attendant le 12 octobre, chaque groupe tente de définir une stratégie face à ce texte. La majorité présidentielle est particulièrement divisée sur la question : certains députés estiment impossible politiquement de voter une proposition du RN, d’autres préfèrent se concentrer sur le fond du texte. « Je ne vote aucun texte du RN » tranche sèchement le député Renaissance Marc Ferracci.

« On n’est pas sectaire, on va examiner avec responsabilité ce texte » répond de manière plus pragmatique Jean-Paul Mattei, président du groupe Modem. Pour se sortir du piège tendu par le RN, des députés de la majorité souhaitent amender le texte, afin de lui faire dire plus ou moins la même chose, mais de lui faire perdre l’étiquette RN. « Ça ne changera par la perception des gens, in fine, on adoptera une proposition de loi RN, c’est complètement con » analyse un député Renaissance.

Le gouvernement refuse de prendre un décret sur l’endométriose

Du côté de la Nupes, le choix est clair : aucune voix ne doit être accordée à une proposition de loi du RN. Le combat contre l’extrême-droite passe donc avant l’engagement féministe du mouvement et tant pis si les députés insoumis passent ainsi pour des hypocrites. « C’est une proposition de loi d’opportunisme politique, qui ne leur fait pas honneur » analyse la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui votera donc a priori contre le texte malgré son militantisme féministe bien connu.

Pour éviter le piège tendu par le RN tout en permettant de garantir cette avancée pour les femmes, la solution, proposée par la députée LFI Clémentine Autain, serait que le gouvernement prenne un décret attribuant le statut d’ALD à l’endométriose. « Qu’ils prennent un décret, j’en serait très content » a réagi malicieusement le député RN Emmanuel Taché, bien conscient qu’en mettant dans l’embarras ses adversaires, le RN avait déjà réussi son coup.

Mais le gouvernement ne devrait ici n’être d’aucun secours pour les adversaires du parti d’extrême-droite. Ce mercredi, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a en effet annoncé que l’exécutif ne prendrait pas un tel décret. « Le comité d’experts que j’avais chargé de réfléchir sur la question s’était prononcé contre la reconnaissance systématique en ALD, parce qu’il y a des formes qui sont plus ou moins sévèrement atteintes » a affirmé l’ancien ministre de la Santé, rappelant que la question faisait débat parmi les associations et que l’exécutif n’avait pas attendu le RN pour se saisir du sujet. Le texte devrait donc bien être examiné par les députés le 12 octobre prochain pour le plus grand bonheur des patientes…et de l’extrême-droite.

Quentin Haroche

Copyright © 2023 JIM SA. Tous droits réservés.

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article