Cancer de la prostate : plaidoyer pour le remboursement du radium 223

Paris, le vendredi 29 décembre 2017 - C’est la deuxième fois cette année que le collectif né de la collaboration entre l’association de patients porteurs d'un cancer localisé de la prostate et celle pour la lutte contre le cancer de l'homme (APCLP-CERHOM) écrit une lettre ouverte à la ministre de la Santé. Son objectif : obtenir qu’un traitement efficace et sans équivalent contre les cancers de la prostate avec métastases osseuses, le dichlorure de radium 223 (Xofigo), soit inscrit sur la liste des médicaments facturables en sus des prestations d’hospitalisation, ou « liste en sus », qui permet une prise en charge intégrale de ces spécialités innovantes et coûteuses.

Déjà, en 2015, une première demande en ce sens avait été adressée au ministère sans qu’aucune réponse ne lui soit apportée. En mai 2017, le collectif a donc réitéré la démarche avec le soutien de plusieurs sociétés savantes dont l’Association française d’urologie (AFU) et la Société française de radiothérapie oncologique (SFRU). A l’époque, il déplorait que les malades soient pénalisés par la lenteur du temps administratif : « Malgré la confirmation de la pertinence du produit par les autorités rencontrées et les médecins, chacun se sent l’otage d’un dispositif administratif cacophonique. » Une attente d’autant plus insupportable que ce traitement est prescrit et pris en charge dans 27 pays dont 23 en Europe.

Les cancérologues montent au créneau

« Comment accepter qu’existe un traitement innovant et curatif, qui cible les métastases osseuses, à faible toxicité et avec un bénéfice prouvé sur la douleur, sans pouvoir le prescrire au patient, pour des raisons administratives ? » s’interrogeait en mai dernier l’APCLP-CERHOM. Sept mois plus tard, la situation n’ayant toujours pas évoluée, un nouveau courrier portant les mêmes arguments a été adressé au ministère de la Santé. De grands noms de la cancérologie parmi lesquels les professeurs Christophe Hennequin et Stéphane Culine (Hôpital Saint-Louis, Paris) ou encore Karim Fizazi (Institut Gustave Roussy, Villejuif) soutiennent cette action qui devrait, ils l’espèrent, permettre d’ouvrir au plus vite une concertation aboutissant à la possibilité donnée à tous les patients concernés de bénéficier de ce traitement.

Interrogé par Le Parisien dans son édition du 28 décembre, le Pr Fizazi fait part de cette « impression d'être baladés d'administration en administration ». Selon lui, il s’agit avant tout « d’une décision politique » et il estime donc qu’à ce stade, « seule la ministre peut trouver une solution ». Alors que ce traitement a été prescrit plus de 3 600 fois en Allemagne depuis 2013, il n’a bénéficié dans le même temps qu’à 64 patients en France. A 5 000 euros l’injection, sachant qu’il en faut en moyenne 6, il est quasiment impossible pour les hôpitaux publics de le prendre à leur charge dans un contexte d’austérité budgétaire et d’un déficit annoncé pour 2017 de 1,5 milliard d’euros.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (2)

  • Les dommages radiques sont définitifs

    Le 31 décembre 2017

    Dans le cancer de la prostate (et il est peut-être le seul cancer ayant cet avantage), il existe, au moins dans la prostate des animaux, des mécanismes de réparation des dommages de l'ADN qui les protègent, presque toujours et presque tous, de la survenue d'un cancer prostatique.

    La radiothérapie n'est alors pour les humains qu'un traitement en attendant les progrès que nous verrons apparaître sur l'apoptose à partir des acquisitions attendues sur l'apoptose que connaissent les chiens par exemple. Le fait est connu depuis 1939 et C. HUGGINS.

    Je cite un auteur réputé : "L’ADN peut subir des cassures. La signalisation des dommages de l’ADN provoque l’apoptose. Lors de dommages sur l’ADN, les détecteurs de dommages de l’ADN activent, d’une part les systèmes de réparation de l’ADN, d’autre part le gène P 53 qui arrête le cycle cellulaire. Après la réparation de l’ADN, la signalisation des dommages cesse et ses productions. Le cycle des cellules normales peut reprendre."
    © Grégory Ségala

    L'INC nous prévient : "La difficulté la plus importante liée à la radiothérapie vient du fait qu’en irradiant une tumeur, on ne peut pas éviter totalement d’irradier les tissus environnants."

    Il y a donc un risque d’altération définitive des cellules saines situées à proximité de la zone qu’on souhaite traiter sans même réussir à tuer toutes les cellules cancéreuses.

    Dr Jean Doremieux

  • Les dommages radiques et l'effet bystander

    Le 05 janvier 2018

    Les dommages radiques sont non seulement définitifs mais encore étendus au delà de la zone d'irradiation, par effet "bystander" (celui-ci ne serait, de plus, pas spécifique de lésions radiatives: mécanisme cellulaire adaptatif pouvant dépasser son rôle téléonomique?)

    http://radionucleide.free.fr/Stresseurs/Bystander_effect_Belyakov.htm

    Dr YD

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