C’est dur d’avoir 21 ans en 2021

Paris le mardi 19 janvier 2021 - « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » : cette phrase prononcée par Emmanuel Macron lors de son interview du 14 octobre était censée traduire le désespoir de toute une jeunesse face à l’épidémie de Covid-19. Alors qu’ils étaient invités à poursuivre un dernier effort pour endiguer l’épidémie, les étudiants se retrouvent plus de trois mois après l’annonce du premier couvre-feu plongés dans un véritable « jour sans fin ».

Il est vrai que les jeunes adultes ont été les premiers à subir de plein fouet les restrictions des libertés individuelles. Depuis le 16 mars 2020, les universités n’ont connu que quelques semaines d’ouverture en présentiel. Au cours de l’été, la fermeture de nombreux établissements saisonniers a eu pour conséquence de priver les étudiants d’emplois à mi-temps indispensables pour éviter de tomber dans la précarité. Depuis le mois de juillet, la jeunesse doit également faire face à un certain nombre de messages culpabilisateurs des autorités sanitaires et médecins pointant du doigt leur rôle supposé dans l’augmentation des cas depuis la mi-août 2020. Pour les étudiants en fin de parcours, c’est désormais la peur du chômage de masse qui s’installe.

Ce climat d’anxiété généralisé augmente également le risque d’une fracture générationnelle entre les « boomers » et ceux qui ne veulent pas être « sacrifiés ». 

Précarité et anxiété

Comment mesurer le malaise traversé par la jeunesse ? Certaines études permettent de donner une réalité chiffrée au drame traversé. D’après une enquête Elabe réalisée en décembre dernier, 42 % des jeunes reconnaissent que les foyers dans lesquels ils vivent sont obligés de se restreindre pour boucler les fins de mois : 1 sur 2 admet, par exemple, avoir réduit ses dépenses alimentaires ou sauté un repas au cours des six derniers mois.

Sur le plan psychologique, l’anxiété et la lassitude prédominent. A l’Université du Mans, où un questionnaire a été envoyé aux 13 000 étudiants et 1100 enseignants ainsi qu'au personnel administratif de l'université, 36 % ont affirmé ne pas aller bien. Sept étudiants sur dix s'inquiètent pour leur santé mentale rapportait encore un sondage publié dans le Figaro Etudiant en décembre 2020 et un étudiant sur trois présente des signes de détresse psychologique selon une enquête réalisée par l'observatoire de la vie étudiante. Enfin, selon une étude de Santé publique France, 29 % des 18-25 ans sont en dépression.

D’autres chiffres traduisent le réel décrochage d’une grande partie des étudiants. Dans certaines facs, le taux de connexion aux cours à distance est passé en quelques semaines de 70 % à 30 %. Depuis quelques semaines, des milliers de témoignages d’étudiants affluent sur Twitter avec le hashtag #étudiantsfantômes ou #générationcovid. Certains professeurs d’université se voient reprocher de ne plus assurer les cours par Zoom, se contentant de relayer des notes écrites aux étudiants.

Alerte

Face à cette situation, le gouvernement tente tant bien que mal de mobiliser des moyens pour éviter les drames. À Lyon, la tentative de suicide d'un jeune homme hébergé en résidence universitaire samedi 9 janvier a suscité une vive émotion. En décembre, le premier ministre a annoncé l’allocation d’un budget de 3,3 millions d’euros aux centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) pour créer quatre-vingts postes de psychologues et soixante d’assistants sociaux.

Mais le gouvernement lui-même semble reconnaitre que le compte n’y est pas. Le 14 janvier, Jean Castex a reconnu l’insuffisance des premières mesures de soutien mises en place pour les étudiants à l’automne, lors du deuxième confinement d’octobre.

« Monsieur le Président, je vous fais une lettre »

Symbole de cette détresse, cet échange épistolaire entre une étudiante de Sciences Po Strasbourg et le Président de la République. Heïdi Soupault, 19 ans indique avoir « l’impression d’être morte et de ne plus avoir de rêves ». Le constat est lapidaire : « si on n’a ni espoir, ni perspective d’avenir à 19 ans, il nous reste quoi » ? Une souffrance qui « touche et préoccupe » le chef de l’Etat. « Cette épidémie vous vole beaucoup », a-t-il reconnu dans un courrier, daté du vendredi 15 janvier et adressée à l'étudiante, dont l'AFP a pu prendre connaissance.

Dans sa lettre, la jeune étudiante avait déclaré : « Je comprends la difficulté du travail qui est le vôtre » mais « tous mes projets s'écroulent les uns après les autres ».

Le cri est ici sincère : « pour une fois, je dis 'merde' à la solidarité ».

C.H.

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Vos réactions (2)

  • En 1914 la vie était faite de grands éclats...d'obus

    Le 19 janvier 2021

    A force de persuader les jeunes qu'il est difficile d'avoir 20 ans en 2020, ils vont finir par le croire.
    Il est vrai qu'en 1914 1918, la vie était faite de grands éclats d'obus, de balles sans fins ... après il y a eu 1929, les jeunes ont profité de la vie jusqu'à plus soif et enfin 1939-1945 ... la ligne Maginot était des plus confortables sans parler, après des stalags, des camps mais ne dit on pas que les voyages forment la jeunesse ... La rigolade a repris de 1952 à 1962 dans les Aurès et ailleurs en Algérie ... les jeunes rentraient au son de la musique militaire c'était chouette avec plein de gens qui suivaient le cortège et le discours du Maire pour saluer le retour, les pieds devant, de l'enfant prodigue ... Sans commentaire !

    Pierre Demougeot (infirmier psychiatrique retraité)

  • 14/18 versus 20/21

    Le 21 janvier 2021

    Pas faux ce que dit Pierre Demougeot. J'y ai songé moi aussi.
    Et puis j'ai considéré l'avenir tel que nous pouvons l'imaginer en 2020.
    Et j'ai pensé à mon grand père blessé à Verdun, à mon père résistant en 43, à mon cousin, conscrit en Algérie, à mon fils qui a 20 ans et à moi-même qui n'ai connu aucune guerre et n'ai même pas fait mon service militaire et échappé sans le savoir à quelques pandémies de grippe.

    Et bien la grande différence entre ceux qui m'ont précédé et celui qui vient après moi, c'est leur perspectives d'avenir. Les promesses de la science et les progrès sociaux, une humanité s'acheminant vers la liberté, l'égalité et la fraternité versus une terre épuisée, une crise climatique menaçante, des valeurs collectives zombies, consommation/argent/santé/sécurité à condition de ne pas être au chômage et au prix de souffrances au travail et de bull shit jobs, une humanité en crise de foi. Et ça c'est bien le lot de ces jeunes, étudiants ou non, jouant leur va-tout d'avenir professionnel (en tout cas c'est ce qu'ils peuvent croire) dans des formations ravagées par les mesures sanitaires, culpabilisés de nous contaminer nous les vieux fragiles.
    Et pourquoi ce ne serait pas à nous, qui leur léguons cet avenir à réparer, de faire montre de solidarité à leur égard, en prenant sur nous le risque d'être victime de cet évènement tout à fait naturel qu'est une pandémie ?
    Et de nous réjouir que, contrairement au paludisme, à la dengue et à la malnutrition (conséquence de la pauvreté), qui tuent une majorité de jeunes et d'enfants tous les ans, ce virus ne tue que des plus de 65 ans et ne menace en rien l'avenir de l'humanité?

    Et si je voulais être très cynique, je dirais que ce serait même un soulagement pour les caisses de retraites contrairement à la crise économique provoquée par nos mesures sanitaires.
    Bon dieu où est passé notre dignité et notre humanité.
    Qu'on ne crois pas pour autant que je suis contre toutes mesures préventives et que je me moque de voir mourir ma vieille maman de 98 ans (ou moi-même et mes amis Boomers). Je suis médecin pour qui toute vie compte; Mais je veux être aussi soucieux des conséquences de mes décisions et de mes actes, pour mes patients certes mais aussi pour le monde qu'ils habitent et habiteront dans le futur.

    Dr Alain Garenne, 66 ans




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