Chikungunya en Guyane : fallait-il réellement renoncer au malathion ?

Paris, le lundi 11 mai 2015 - Alors qu’en métropole on s’organise pour la nouvelle saison de lutte et de vigilance vis à vis de l’Aedes albopictus, qui a encore gagné du terrain  vers le nord, la Guyane se démène contre les risques de paludisme, dengue et surtout sa première épidémie de chikungunya à propos de laquelle s’est posée âprement la question du bénéfice/risque des produits insecticides.

Arrivé fin 2013 dans la région américaine, le virus du chikungunya touche une population naïve et provoque donc des épidémies importantes. Si elle ne fait pas de nombreuses "victimes" en terme de mortalité, la maladie est surtout redoutable par les séquelles articulaires qu’elle provoque dans un cas sur 10 environ, sans parler des conséquences économiques en arrêt de travail et pertes pour le tourisme.

En prévention des épidémies ou de leur extension, la lutte anti-moustique est fondamentale : il faut éliminer les gites larvaires et utiliser des insecticides contre le moustique adulte, ce qui a été fait en Martinique et Guadeloupe.

Un vrai dilemme

Mais en Guyane, assez vite, on a constaté une résistance des moustiques à l’insecticide habituellement utilisé pour l’épandage : la deltaméthrine. Sur l’avis du HCSP et de l’Ansm, l’utilisation du malathion, organophosphoré retrouvé dans des produits contre les poux mais interdit comme biocide depuis 2008 en Europe, a été autorisée à l’automne de façon dérogatoire pour une durée de 6 mois.

L’épandage au malathion a donc eu lieu mais était très controversé et a constitué un vrai dilemme pour les autorités sanitaires, obligées de choisir entre deux risques de santé publique.

Et voilà qu’en mars, après 5 mois d’utilisation, le Centre international de recherche sur le cancer classe le malathion cancérogène "probable" catégorie 2A (où l’on retrouve des éléments aussi divers que le chloramphénicol, la combustion du bois et les rayons UV), dernier échelon avant la qualification de "cancérogène".

Dans la foulée, les autorités guyanaises et les ministères concernés ont mis fin à sa mise à disposition dérogatoire. Mais ensuite ?

Une décision précipitée ?

Rappelant l’importance de l’épidémie Guyanaise qui est toujours en cours (13 751 cas cliniques évocateurs au 22 mars 2015), le HCSP s’est autosaisi de la question car selon lui le malathion doit rester dans l’arsenal des moyens de lutte contre l’épidémie du chikungunya en Guyane ou ailleurs, à condition d’évaluer son efficacité et la résistance acquise ainsi que les mesures de protection prises lors des épandages.  Il avait en effet, lors de son avis en 2014, préconisé de protéger les professionnels, de prévenir la population, et d’interdire de pulvériser  à moins de 50 mètres des étals des marchés, des lieux d'apiculture, de cultures vivrières, des zones de captage d'eau, des régions à potentiel écologique ou encore des piscines (risque de réaction avec l'eau chlorée).

Enfin le HCSP précise que cette substance n’est qu’un des outils de la lutte anti-vectorielle, mais un outil dont il serait risqué selon lui de se priver en cas de survenue d’autres viroses transmises par des vecteurs comme les moustiques, y compris en métropole.

Dr Blandine Esquerre

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