Clap de fin pour le numerus clausus ?

Paris, le jeudi 6 septembre 2018 - Évoqué à maintes reprises ces dernières années, l’abandon du numerus clausus mis en place il y a plus de 40 ans pourrait être finalement annoncé le 18 septembre prochain lors de la présentation par le Président de la stratégie de transformation du système de santé. C’est du moins ce qu’a laissé entendre France Info le 5 septembre. Et si la Direction générale de la santé (DGS) n’a pas souhaité faire de commentaire pour le moment, les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, n’ont pas non plus démenti l’information. Dans un tweet en miroir, elles affirment travailler de concert « à rendre la formation des futurs médecins plus moderne : coopération, compétences, bien-être ». Quant au numerus clausus à proprement parler, leur mot d’ordre pour l’heure est : « un peu de patience ».

Si la décision de réformer en profondeur la Première année commune des études en santé (PACES) et le concours qui la conclue semble actée, rien n’a a priori été décidé quant à la forme que prendrait la nouvelle maquette. La fin d’un concours ultra sélectif qui ne retient aujourd’hui qu’un candidat sur sept et ne sélectionne que des profils très similaires devrait contenter la très grande majorité des parties prenantes, enseignants, syndicats et étudiants qui considèrent à l’unisson que ce modèle a vécu et ne correspond plus du tout aux réalités de terrain, si tant est qu’il ait un jour réussi à remplir son objectif de régulation. Pour autant, l’idée d’ouvrir en grand les vannes fait déjà débat pour des raisons compréhensibles liées aux capacités d’absorption des universités et au nombre de terrains de stage qui n’est pas extensible à l’infini (sans parler des possibilités de travail tant à l'hôpital qu'en ville).

Trop tard !

En attendant l’annonce officielle, les spéculations autour de la nouvelle formule vont bon train. Si le remplacement du concours de fin de PACES par un examen universitaire classique de type « partiel » devrait voir le jour, des deux options qui se dessinent pour la suite (la mise en place d’un numerus apertus avec quitus donné à chaque université pour former le nombre d’étudiant qu’elle souhaite ou la mise en place d’un concours en fin de licence [troisième année]), aucune ne semble pour le moment tenir réellement la corde. Le maintien d’une forme de sélection à un moment donné du parcours semble quoiqu’il en soit inévitable. L’idée majeure est de faire en sorte que les étudiants « recalés » puissent quand même pouvoir valider un niveau de connaissances et se réorienter plus facilement dans d’autres filières sans avoir à tout recommencer depuis le début.

Du côté des syndicats professionnels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) s’est ainsi dite « favorable à une refonte des études des études de médecine qui ne sont plus adaptées à l’exercice médical », mais demeure « opposée à une dérégulation totale du nombre de médecins formés ». Pour elle, l’abandon de ce goulet d’étranglement que constituent le numerus clausus et le concours de première année « n’aura qu’un impact dans dix à douze ans », donc « trop tard ! » D’autant que « les gouvernements successifs ont progressivement relevé le numerus clausus qui a retrouvé le niveau des années 70 » et qu’il y  aura donc « d’ores et déjà plus de médecins dans moins de dix ans ». Pour la CSFM, « il faut aller beaucoup plus loin et réformer l’ensemble des études médicales […] pour assouplir les parcours des étudiants et ouvrir des possibilités de carrière différentes ».

Totem

Même son de cloche pour les jeunes généralistes installés et remplaçants (ReAGJIR). Selon eux, le numerus clausus est bel et bien « une mesure de régulation qui prouve chaque jour son inefficacité et ses effets pervers ». Cependant, le regroupement pense que sa suppression « ne résoudra rien à court terme pour la démographie médicale » et que ce sont surtout « les critères de sélection qu’il faut changer […] en s’intéressant à des compétences différentes, comme le relationnel par exemple » afin d’aboutir à une « sélection de profils plus variés ». Pour le président de ReAGJIR, le docteur Yannick Schmitt, il faut désormais espérer que « les annonces ne se limitent pas à la disparition de ce totem » qu’est le numerus clausus.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (9)

  • Le nombre d'étudiants doit être indexé sur le nombre de places formatrices

    Le 06 septembre 2018

    Une fois de plus, on agit dans la précipitation en absence de réflexion approfondie. Le NC a été établi sur la base des possibilités d'accueil des étudiants en médecine dans des terrains de stages reconnus comme validants. Cet objectif reste fondamental, les étudiants ne seront bien formés que s'ils ont des terrains de stages formateurs validés où leur stage doit être validé. Cet objectif est fondamental, la formation théorique est aménageable, contrôlable et reconductible. La formation pratique est fondamentale et doit être contrôlable et vérifiée ; le nombre d'étudiants doit donc rester indexé au nombre de places formatrice en pré-internat.

    Dr Daniel Le Cam

  • Enfin

    Le 06 septembre 2018

    Enfin disparition du numerus clausus. On peut se demander comment les autres pays font !
    Inégalités d’autant plus grandes qu’avec l’Europe et la reconnaissance des diplômes nombre de médecins, via la Roumanie le plus souvent, viennent en France. Une hémorragie qui dépeuple ce pays d’ailleurs. Plus de professionnels de santé formés en France. Moins de gâchis des têtes pensantes. Donc bravo Dr Olivier Veran.

    Dr Frédéric Langinier

  • Hypocrisie et nivellement par le bas: c'est la suppression de la sélection qui est programmée

    Le 07 septembre 2018

    Hypocrisie n°1:
    Ceux qui se réjouissent de la disparition du numerus clausus se réjouissent en réalité de la disparition d'un concours anonyme égalitaire au profit, bien évidemment, d'une sélection "à la tête du client" sur des critères dont on peut se douter qu'ils se rapprocheront de l"'affirmative action" à l'anglosaxonne ou à l'indienne (la bonification des basses castes pour l'entrée en faculté de médecine en Inde a donné lieu à des émeutes...).

    Hypocrisie n°2:
    Refuser de voir que pour des raisons purement politiques (l'"Europe"), une équivalence de principe a été attribuée à tous les diplômes de médecin "européens", alors qu'il est de notoriété publique que seuls valent, a peu de chose près, les diplômes délivrés par les pays d'Europe occidentale (l'Est a été stérilisé par le rideau de fer).

    Remarque : le numerus clausus "étroit" sert évidemment à créer artificiellement une demande de médecins étrangers n'ayant absolument pas le niveau requis.

    Hypocrisie n°3:
    Promouvoir par des voies "externes", c'est à dire discrétionnaires, des étudiants qui n'auraient eu aucune chance de réussir un concours anonyme, numerus clausus élargi ou pas (j'ai corrigé personnellement des milliers de copies de P1, y compris celles de certains ingénieurs de grande école scientifique désirant faire médecine, et qui ont malgré tout dû redoubler!)

    Hypocrisie n°4:
    Substituer à la vraie médecine une sélection de travailleurs et réformateurs sociaux; bientôt, on préférera sélectionner un "science pipo" plutôt qu'un fort en thème: c'est la "Kouchnérisation" programmée de la médecine

    Allez donc demander aux vraies filières sélectives (grandes écoles scientifiques et littéraires, conservatoires etc) s'ils sont prêts à sacrifier leur "numérus clausus?

    Dr Yves Darlas

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