Comment les généralistes font face aux vaccino-sceptiques ?

Paris, le jeudi 29 septembre 2016 – Depuis plusieurs années, la confiance dans la vaccination s’érode dans la plupart des pays occidentaux, notamment en France, comme l’a confirmé, en dépit de certains biais, une enquête récente du Vaccine Confidence Project. L’ampleur des contributions recueillies sur l’espace ouvert par le gouvernement confirme la fréquence des doutes au sein de la population française. Face à cette tendance, les médecins généralistes, qui assurent aujourd’hui la vaccination d’un enfant sur deux et la majeure partie des vaccinations adultes, sont en première ligne.

Une confiance quasiment générale mais pas parfaitement pleine

Conscient de leur rôle premier en la matière, les généralistes en ont fait une préoccupation prégnante. « Comment gérer le refus vaccination » était ainsi le thème de la session inaugurale des journées nationales de médecine générale ce 29 septembre. La Société française de Médecine générale (SFMG) entend par ailleurs apporter son expertise dans le débat. Elle animera les discussions sur le sujet la semaine prochaine lors des Entretiens de Bichat qui coïncideront avec le lancement de la campagne annuelle de vaccination contre la grippe. Surtout, elle sera reçue demain par le professeur Alain Fischer, chargé de présider la concertation sur la vaccination lancée par le ministère de la Santé au début de l’année.

Cette rencontre sera l’occasion de faire le point sur les armes des médecins généralistes face aux refus de vaccination.

Premier atout d’importance : les omnipraticiens sont en très grande majorité (90 %) convaincus des bénéfices de la vaccination, comme le rappellent les résultats d’une enquête de la SFMG révélés aujourd’hui par le Parisien. Cependant, ils n’échappent pas totalement aux sirènes médiatiques et peuvent nourrir certains doutes. Ainsi, 24 % des 1 069 praticiens interrogés en ligne dans le cadre de l’enquête DIVA s’interrogent sur la nocivité des adjuvants. Par ailleurs, la confiance dans la vaccination n’est pas homogène : certains vaccins pâtissent ainsi des échos défavorables nourris par la presse, même chez les médecins, tel celui dirigé contre les HPV.

L’âge du capitaine

Différents facteurs influencent la pugnacité des médecins face aux refus potentiels des patients. D’abord, probablement, leur expérience. Les témoignages recueillis par la SFMG, dont certains sont dévoilés par le Parisien, mettent en effet en évidence que le fait d’avoir été confronté à certaines des maladies ciblées par les vaccinations permet d’affiner son argumentation. « Quand j’ai commencé, il y avait encore de la variole. Et trois étages de gamins malades de la rougeole à l’hôpital Claude Bernard à Paris dans les années 1980. Mes internes n’en ont jamais vu » observe Luc Martinez, vice président de la SFMG.

Explications chronométrées

Plus encore certainement que l’âge du praticien, le temps est le nerf de la guerre. Deux médecins sur trois insistent sur le fait que convaincre des bénéfices d’un vaccin nécessite une période d’explication, qui n’est pas toujours possible à dégager dans des consultations très chargées. « Lorsque le médecin est en situation défensive et qu’ils est obligé de négocier, il sait que ça va lui prendre du temps et compliquer l’organisation de sa journée » fait remarquer Luc Martinez. Dès lors, certains éléments peuvent être passés sous silence pour éviter les circonlocutions trop longues. Ainsi, les explications concernant la coqueluche sont parfois succinctes, grâce à l’introduction de cette valence avec des vaccinations obligatoires. « Dans une consultation qui dure déjà 30 à 40 minutes avec un bébé, j’explique tous les autres, je n’ai pas encore envie de passer du temps sur la coqueluche » avoue ainsi un praticien. Si le manque de temps est un paramètre qui concerne la grande majorité des praticiens, certains contextes spécifiques accroissent probablement encore son influence. Ainsi deux jeunes médecins généralistes, les docteurs Emilie Catry et Anne-Charlotte Royer avaient pu observer dans leur thèse concernant la vaccination dans les zones désertifiées que le taux de vaccination y est plus faible que dans le reste de la France. Parmi les explications possibles à cette situation, la cadence effrénée des praticiens généralistes dans ces localités est peut-être en cause.

Seul contre les médias

S’il est nécessaire de prendre du temps, c’est que les idées préconçues des patients, engrangées par la lecture d’internet et sous l’influence de certains médias, ne sont pas simples à déconstruire. Un médecin sur deux considère ainsi comme difficilement surmontables les préjugés de leurs patients. Aussi, les praticiens ne décolèrent pas contre la qualité de l’information. Dans l’enquête de la SFMG, ils sont ainsi 33 % à regretter que les données présentées par les médias grand public soient toujours « défavorables ou très défavorables » à la vaccination. Un état de fait qui incitera demain la SFMG à plaider auprès d’Alain Fischer pour le lancement d’une campagne afin de « vulgariser les données scientifiques sur la vaccination, rappeler l’utilité et l’innocuité des adjuvants, et déconstruire les préjugés relatifs à la vaccination afin de redonner la confiance nécessaire à tous les acteurs ».

Des médecins eux-aussi réticents ou méfiants

Cependant, les médecins généralistes peuvent ne pas toujours souhaiter combattre les refus de leurs patients, en raison de leurs propres réticences. C’est notamment le cas concernant certains vaccins en particulier. Par ailleurs, les praticiens peuvent se montrer échaudés par le caractère changeant ou le manque de lisibilité des recommandations. A propos du vaccin contre le pneumocoque, un médecin lâche ainsi : « J’ai l’impression d’être manipulé. Au début on vous dit que c’est à réserver aux immunodéprimés. Puis, on l’étend aux crèches, mais pas chez les assistantes maternelles, sans arguments. Et trois bulletins épidémiologiques plus tard, allez hop ! c’est pour tout le monde », résume-t-il.

Enfin, face aux refus, les praticiens pourraient parfois éprouver des difficultés à expliquer certains points. Ainsi, une enquête parue l’année dernière dans la revue EBioMedecine conduite auprès de médecins généralistes avait révélé que seuls 43 %  s’estimaient capables de justifier l'utilisation des adjuvants.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • L'état est inféodé

    Le 29 septembre 2016

    En fait, la plupart des vaccins sont bien acceptés par la population DT polio, Tétra coq, ce sont des vaccins éprouvés et qui datent d'une époque ou on croyait encore à la recherche du bien public.

    Ce en quoi les gens n'ont pas confiance, ce sont les vaccins non obligatoires selon la loi mais rendus obligatoires de fait par des laboratoires qui ont organisé la pénurie de vaccins obligatoires et peu coûteux et qui se sont discrédités.

    Il y a trop de scandales sanitaires pour qu'on soit encore confiant. Sang contaminé, amiante, Mediator, Dépakine, ondes électromagnétiques, comment voudriez vous qu'on ait encore confiance? L'état est inféodé aux industries pour qui seul compte désormais le profit.

    Dr Joël Delannoy

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