Confinement, masques, tests, Plaquenil…ce que les généralistes en pensent

Paris, le samedi 30 mai 2020 – Injustement relégués au second plan, les médecins généralistes ont pourtant été en première ligne comme leurs confrères hospitaliers (et le seront de plus en plus depuis le déconfinement).  Pour connaître l’opinion et le ressenti des omnipraticiens, la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), à la mi-avril, a consacré son quatrième panel d’observation des pratiques et des conditions d’exercice en médecine générale à l’épidémie de Covid-19.

Les médecins généralistes en ont vu d’autres

Premier enseignement guère surprenant de cette enquête menée auprès de 1200 MG libéraux, ils n’ont pas eu la même perception de l’épidémie que le reste de la population. Ainsi, interrogés sur la gravité de l’infection, les médecins généralistes l’évaluent, en moyenne, à 6,81 sur une échelle allant de zéro (« pas du tout grave ») à 10 (« très grave »), alors qu’en population générale, la gravité perçue s’élève, dans l’étude Coconel à 8,12 en moyenne.

Dans le détail, 4 médecins sur 10 considèrent que cette infection est particulièrement grave contre 7 personnes sur 10 dans la population générale. Cette perception de gravité particulière est un peu plus élevée chez les médecins femmes (45 %) que chez les médecins hommes (38 %).

60 % des médecins généralistes n’ont pas pu se protéger convenablement

Les polémiques sur les pénuries de matériel de protection et de tests se font largement ressentir dans ce panel.  Ainsi, à la mi-avril, soit environ deux mois et demi après l’identification des premiers cas de Covid-19 en France, un peu plus de 2 médecins généralistes sur 10 dans les départements les plus touchés estiment ne pas disposer de moyens de protection suffisants. Corolaire de ce manque de protection, près d’un médecin sur 4 juge élevé le risque d’être contaminés lors des consultations.  Sans surprise, la crainte d’être contaminé est bien plus importante chez les médecins pour lesquels le coronavirus était le motif principal d’au moins 50 % des consultations, soit un peu plus d’1 médecin sur 10 (46 % d’entre eux jugent le risque élevé, contre 20 % pour les autres). Cette crainte est aussi plus fréquente chez les médecins travaillant en groupe (27 % contre 17 % de ceux qui exercent seuls). Une hypothèse de contamination d’autant plus inquiétante que 19 % des MG qui ont souhaité réaliser un test en ont été empêchés en raison de difficultés d’accès.


HCQ : les MG en porte-à-faux

Ces travaux mettent en évidence que le Pr Raoult s’est largement invité au colloque singulier. Ainsi, au niveau national, plus d’1 médecin sur 4 déclare avoir été mis en difficulté face à ses patients en raison de la controverse sur le Plaquénil et près de la moitié en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les médecins partageant cette impression sont plus nombreux dans les départements les plus touchés par l’épidémie (40 %) que dans les départements modérément ou peu atteints (25 %). Comme le notent les auteurs « ces résultats suggèrent que cette controverse place les médecins généralistes de ville devant un dilemme : accéder aux demandes de traitement par hydroxychloroquine des patients atteints d’une infection au Covid-19, même peu grave, ou respecter les recommandations officielles restreignant cette prescription aux cas très sévères (lors de la réalisation de l’enquête NDLR)».  

Un large soutien au confinement

Si le confinement généralisé a pu faire débat (notamment dans nos colonnes !), on constate sur le terrain, que plus de 9 médecins généralistes sur 10 (92 %) considèrent que le confinement, tel qu’il a été mis en place, est efficace pour atténuer la propagation de l’épidémie (« très efficace » : 27 %, « plutôt efficace » : 65 %). Parmi les médecins qui ne considèrent pas que le confinement, tel qu’il a été mis en place, est efficace, 5 sur 10 s’attendent à ce que plus de 60 % de la population soit contaminée d’ici à la fin de l’année, contre 14 % chez les médecins le jugeant efficace.

Les MG gardent leur confiance envers les autorités

Dans l’ensemble les médecins généralistes semblent avoir gardé (au moins à la mi-avril) leur confiance envers les autorités sanitaires pour gérer la crise. Ainsi, près de 6 médecins généralistes sur 10 déclarent faire confiance au ministère chargé de la santé pour gérer l’épidémie (« tout à fait » : 4 %, « plutôt » : 53 %). Près de 7 sur 10 lui font confiance pour informer la population, un peu plus de la moitié pour informer les professionnels de santé et pour réorganiser les services sanitaires. Néanmoins, les recommandations officielles diffusées sur le site du ministère sont jugées « trop changeantes » par deux tiers d’entre eux.

Voir notamment les positions officielles sur les masques…

F.H.

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