Consultation dédiée à l’homéopathie en maternité : est-ce bien raisonnable ?

Lyon, le lundi 12 janvier 2018 – L’information était jusqu’ici passée inaperçue et le mérite de sa divulgation revient au Figaro. Depuis le mois de novembre dernier s’est ouverte une consultation d’homéopathie à la maternité du Centre Hospitalier Lyon-Sud (Hospices Civils de Lyon). Ce n’est pas la première fois que ces "thérapeutiques" s’invitent dans un hôpital universitaire et en particulier dans une maternité, néanmoins cela ne va jamais sans interroger.

« Pas de risque pour la santé de la maman et du bébé » ? Vraiment ?

La consultation mise en place par le Centre hospitalier Lyon-Sud est coordonnée par une sage-femme prestement formée par le Centre d’Enseignement et de Développement de l’Homéopathie, centre piloté par les laboratoires Boiron. Une plaquette spécifique, établie par l’hôpital, renseigne sur cette activité : « l’homéopathie agit sur tous les petits maux et inconforts de la grossesse et des suites de l’accouchement, tels que les troubles digestifs (nausées, vomissements, hémorroïdes…), les troubles du sommeil, la fatigue, le stress, les douleurs aiguës (sciatiques, lombalgies, douleurs périnéales…), les troubles urinaires, le baby blues ». L’établissement se félicite encore dans un communiqué : « à base de substances d’origine végétale, animale, minérale ou chimique, plusieurs fois diluées et dynamisées, l’homéopathie ne présente pas de risques pour la santé de la maman et du bébé ». Rien ne sera dit, entre autres, sur le risque de "perte de chance" souvent évoqué par les pourfendeurs des hautes dilutions.  

Que font les garde-fous ?

Face à ce programme (qui encore une fois n’est pas spécifique à Lyon et n’est pas unique en France), on peut saluer la pusillanimité des autorités censées servir de garde-fou. Ainsi, dans le Figaro, l’Ordre des médecins, par la voix du chargé de la Commission Relations médecins-industries déclare « l’efficacité de l’homéopathie est décriée mais ce n’est pas à l’Ordre d’en juger », tandis que l’Académie de médecine, qu’on a connu plus vaillante sur la question, fait, pour sa part savoir, que bien qu’elle s’y oppose dans le principe, elle ne saurait « condamner l’ouverture de cette consultation d’homéopathie, dès lors qu’elle respecte certaines règles »…

« Plébiscités par les patients » : un label scientifique ?

On pourrait regretter que l’année 2017 qui a été, une fois encore, le théâtre de vifs échanges sur cette pratique, n’a pas permis d’enrayer l’expansion des thèses d’Hahnemann : les conclusions cinglantes des Académies des sciences européennes n’ont notamment pas empêché la prolifération de ces traitements, au motif, comme le soulignent certains titres de la grande presse, qu’ils sont « plébiscités par les patients »…Plébiscite, conforté par la prise en charge par la Sécurité sociale à partir du sixième mois de grossesse …alors que la même Assurance-maladie cesse régulièrement de rembourser des médicaments dont le SMR (Service médical rendu) est jugé insuffisant !  

Frédéric Haroche

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Vos réactions (6)

  • Homéo et Juju

    Le 12 février 2018

    "La consultation mise en place par le Centre hospitalier Lyon-Sud est coordonnée par une sage-femme prestement formée par le Centre d’Enseignement et de Développement de l’Homéopathie, centre piloté par les laboratoires Boiron."
    Donc pas de conflit d'intérêt. Tout baigne bien dilué même le bébé, pourvu qu'Hahnemann ne le jette pas avec l'eau du bain !

    Dr Michel Vimeux

  • Perroquet

    Le 13 février 2018

    Répéter comme un perroquet les lieux communs des anti-homéopathes, est-ce bien raisonnable ?

    Dr Bernard Albouy

  • Nous offrons le plus de chances d'aller mieux

    Le 13 février 2018

    Calmez vous Monsieur Frédéric Haroche, vous semblez irrité!
    Vous utilisez l'argument de perte de chance! Nous sommes médecins avant tout et nous connaissons notre éthique. Nous offrons au contraire plus de chances d'aller mieux, par des techniques et thérapeutiques éprouvées car notre pratique et notre expérience le montrent et nos patients également. A quoi bon critiquer ainsi de manière intempestive vos confrères? Nous pratiquons la médecine, comme vous. Non la perte de chance n'est vraiment pas un argument, nous restons des gens raisonnables malgré que nous soyons peut être un peu plus curieux, dans les deux sens, utilisant une technique singulière mais aussi dans le sens d'une ouverture à d'autres horizons, vous devriez essayer...

    Dr Didier Deswarte

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