Covid-19: les indicateurs de gravité virent au rouge, mais les données de surveillance virologique se stabilisent

Paris, le vendredi 18 septembre 2020 – Depuis plusieurs semaines, les épidémiologistes notaient une recrudescence des cas de Covid-19 en France mais sans répercussion majeure sur les hospitalisations et les décès.

Le dernier bulletin hebdomadaire consacré aux chiffres de la pandémie en S37 (7 au 13 septembre) montre qu’à leur tour, les indicateurs de gravité (hospitalisation, réanimation, décès) virent au rouge.

Une situation qui pourrait s’installer alors qu’on constate également une très forte hausse de recours à l’ambulatoire pour suspicion de Covid-19.

Ainsi, le taux d’incidence des consultations pour une infection respiratoire aigue a été estimé à 93/100 000 habitants, en très forte augmentation par rapport à celui de la S36 : 36/100 000 habitants. On constate le même phénomène dans le réseau SOS médecins. Ainsi, pour la 5ème semaine consécutive, ces actes étaient en hausse de 74 % comparé à la semaine précédente (soit +3 077 actes, par rapport aux 4 185 actes enregistrés en S36).

Figure 1. Taux d’incidence pour 100 000 habitants des cas d’IRA vus en médecine générale par semaine, depuis la semaine 12 (16 au 22 mars 2020), France métropolitaine (Source: réseau Sentinelles)

Malgré cette évolution, les données de la surveillance virologique semblent se stabiliser.

Incidence : déjà un plateau ?

Ainsi, au niveau national, du 7 au 13 septembre, 1 041 279 personnes ont été testées pour le SARS-COV-2 par RT-PCR , parmi elles, 56 227 étaient positives. Soulignons que ce nombre ne croît que légèrement (51 893 en S36, + 8 %). Le taux national d’incidence était de 83,8 cas/100 000 habitants en S37 et a augmenté par rapport au taux consolidé de la semaine précédente (77,3 cas /100 000 hab. en S36, +8 %) mais faiblement par rapport aux semaines précédentes (+32 % entre S35 et S36, + 41% entre S34 et S35). Le taux de positivité national hebdomadaire des tests PCR était lui de 5,4 %, stable par rapport à la S36.  En prenant en considération « le nombre de cas entre la semaine 29 et la semaine 37, le temps de doublement du nombre de cas hebdomadaire est estimé à 15,3 jours (vs 13,8 jours en S36) » rapporte Santé Publique France (SPF).

Figure 2. Nombre de personnes testées, nombre de personnes testées positives pour le SARS-CoV-2 et taux de positivité dans les laboratoires, par semaine, France/
(source S9-S19 : 3 Labo et laboratoires hospitaliers; depuis S20 : SI-DEP, données au 16 septembre 2020)

Notons, cependant, que les épidémiologistes de SPF estiment  que « du fait de la saturation des capacités diagnostiques et de l’augmentation des délais de rendus de résultats dans certaines régions (…) la durée de consolidation des données SI-DEP s’allonge et le nombre de personnes testées et de cas confirmés pour la semaine 37 est actuellement très probablement sous-estimé ».

Hôpital : plus qu’un frémissement

Après avoir noté un « frémissement » à l’hôpital dans ces bulletins précédents, la situation des établissements de santé semble, désormais, se dégrader rapidement.

En S37,  5 421 passages aux urgences pour suspicion de Covid-19 ont été rapportés (1,8 % de l’activité totale) et comme depuis fin juillet, ces passages étaient en hausse,  de 50 % comparé à la S 36 (3 606 passages et 1,3 % de l’activité totale).

Le taux d’admission en réanimation explose lui aussi (+ 48 %) ; on recense ainsi 427 admissions en S37 contre 288 en S36.

Un phénomène inquiétant qui pourrait s’expliquer par une très forte progression du taux d’incidence chez les 75 ans et plus (+45 %) qui semblaient jusqu’ici relativement épargnés par la recrudescence des cas. 

Figure 3. Nombre hebdomadaire de nouvelles admissions de patients COVID-19 en réanimation, selon la date de déclaration, depuis le 19 mars et depuis le 1er juin 2020, données au 15 septembre, France (source : SI-VIC)

Le nombre hebdomadaire de décès a quant à lui plus que doublé passant de 129 en S36 à 265 en S37.

Un espoir du côté du R ?

Mais ne finissons pas sur une note trop sombre. Ainsi, contrairement au mois de mars, en France, le nombre de reproduction calculé à partir des données virologiques (SI-DEP) reste relativement contenu bien que significativement supérieur à 1 (1,09), de même pour le R calculé à partir des données de passages aux urgences (1,40). 


Figure 4. : Trajectoire du nombre de reproduction effectif (R effectif) à partir des tests PCR positifs au SARS-COV-2 et des passages aux urgences avec suspicion de SARS-COV-2 en France métropolitaine du 15 mars au 12 septembre 2020 (Sources : SI-DEP et OSCOUR®)


Mieux, en Ile-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le nombre de reproduction calculé à partir des données OSCOUR est légèrement supérieur à 1, sans qu’il soit significativement supérieur à 1 sur la bases de SI-DEP.

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Logique

    Le 19 septembre 2020

    N'était il pas prévisible qu'après avoir pendant le confinement mis a l'abri une grande partie de la population, celle-ci se retrouve exposée ?
    Tant que, à défaut de vaccin, tout le monde n'aura pas eu la Covid, et tant qu'on prendra des mesures de restrictions, on prolongera la durée de lipidémie.

    Malgré toutes les précautions, je crains que seulement alors, au prix de combien de malades, on n'en aura fini....
    Christophe Colomb, la varicelle et la rougeole...

    Pr A. Muller

  • Attention aux qualificatifs

    Le 19 septembre 2020

    Attention au choix des mots quand il s'agit de communiquer des faits. Dire que le nombre d'admission en réanimation passe de 288 à 427 suffit pour que nous soyons à même de juger de l'évolution, sans qu'il soit utile d'agrémenter le commentaire du qualificatif "explose" et "lui aussi".

    Pour être honnête, c'est le seul dérapage que je reprocherait à cet article mais il m'évoque ces réflexions que m'inspirent d'autres qualificatifs envahissant les discours, y compris de certains de nos éminents maitres.

    Nous somme entre professionnels de la santé. L'auteur de ces lignes a le droit de penser qu'un doublement de chiffre est une explosion, mais ce n'est pas une appréciation scientifique, c'est l'expression d'un ressenti connoté émotionnellement.

    Un médecin se doit de garder son sang froid en toutes circonstances. Dans cette situation difficile, face à une épidémie qui continue logiquement son évolution, les décisions politiques, potentiellement lourdes de conséquences économiques, elles-même potentiellement lourdes de conséquence sociales et sur la santé des populations, pour nos décideurs, évaluer les balances bénéfices risques de chaque décision, nécessite également beaucoup de sang froid. Alors aidons-les, et vous journalistes médicaux, aidez-nous. S'il vous plait. Je consulte ce site justement pour cela.

    Dr Alain Garenne (MG)

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