Covid-19 : une surmortalité accrue chez les personnes originaires d’Afrique et d’Asie

Paris, le mardi 7 juillet 2020 – L’influence de l’épidémie de Covid-19 sur la mortalité, même si elle ne pourra être déterminée dans l’absolu et précisément qu’à la fin de l’année, s’observe cependant dans l’immédiat par une hausse des décès en mars et avril, par rapport à la même période en 2019 (129 000 décès toutes causes confondues contre 102 800, soit + 25 %).

Une surmortalité de + 219 % pour les Africains subsahariens vivant en Ile de France

Proposant depuis le début de la crise sanitaire des analyses fréquentes des chiffres de mortalité de ce début d’année, l’INSEE s’est penché sur les décès des personnes nées à l’étranger et a observé qu’ils ont augmenté deux fois plus que ceux des personnes nées en France : + 48 % contre + 22 %.

La hausse des décès est la plus forte pour les personnes nées en Afrique : + 54 % pour les sujets nés dans les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) avec 8 300 décès en mars-avril 2020 contre 5 400 en mars-avril 2019 et + 114 % pour ceux nés dans un autre pays d’Afrique (2 000 décès contre 900). Cette progression est également importante pour les personnes originaires d’Asie (+ 91 %, avec 1 600 décès contre 800). En revanche pour ceux nés en Europe, mais hors de France et les personnes nées en Amérique ou en Océanie, la hausse des décès est proche de celle observée pour les sujets nés en France.

Pour l’INSEE, cette situation peut notamment tout d’abord s’expliquer par le fait que les personnes nées en Afrique ou en Asie résident plus souvent en Île-de-France, région de loin la plus fortement touchée par la Covid-19. L’augmentation des décès en mars-avril 2020 a en effet été la plus forte en Île-de-France (+ 92 % par rapport à mars-avril 2019). Or, un tiers des personnes nées au Maghreb résident en Île-de-France et c’est le cas de la moitié des sujets nés dans un autre pays d’Afrique ou en Asie.

Cependant, en Île-de-France même, la hausse des décès a été plus forte pour les personnes nées à l’étranger que pour celles nées en France : la progression est de 78 % pour ces dernières contre 134 % pour les personnes nées au Maghreb et 219 % pour celles originaires d’un autre pays d’Afrique.

Covid-19 : une maladie de la « précarité » ?

Aussi, « l’environnement de ces personnes » doit être étudié. 

L’INSEE relève à cet égard que les personnes nées en Afrique hors Maghreb et dans une moindre mesure celles nées au Maghreb habitent les logements les plus exigus (respectivement 1,3 pièce par occupant et 1,6, contre 1,8 pour l’ensemble des habitants de la France) et sont celles qui utilisent habituellement le plus les transports en commun pour aller travailler (respectivement 49 % et 28 % en 2016, contre 15 %). Les personnes originaires d’Asie utilisent aussi davantage les transports en commun pour se rendre à leur travail (31 %) et ont des logements plus petits (1,3 pièce par personne).

Les professions exercées exposent elles aussi à un risque potentiellement accru de contamination. Or, 15 % des personnes nées en Afrique subsaharienne et ayant un emploi peuvent être considérées comme des "travailleurs clés" (c'est-à-dire exerçant une « activité estimée nécessaire au bon fonctionnement du territoire » et donc empêchant le retrait ou la l'arrêt d'activité pendant le pic épidémique, voire liste*) , 14 % de celles nées au Maghreb et 12 % de celles ayant vu le jour en Asie (contre 11 % des personnes nées en France).

Cette mortalité accrue chez les personnes nées en Afrique et en Asie concerne toutes les tranches d’âge. Ainsi, le nombre de décès chez les moins de 65 ans a significativement augmenté (+ 30 % pour les habitants nés dans un pays du Maghreb, + 96 % pour ceux nés dans un autre pays d’Afrique, contre + 3 % pour les personnes nées en France).

Parmi les pistes d’explication à cette surreprésentation des habitants nés en Afrique et en Asie, les conditions de promiscuité et la situation socio-professionnelle ne sont probablement pas seule en cause. La précarité est en effet également souvent synonyme d’une prévalence accrue de facteurs de risque. Ainsi, une étude parue dans le New England Journal of Medicine a récemment mis en évidence qu’en Louisiane, 59 % des décès par Covid-19 sont survenus chez des Noirs, alors qu’ils ne représentent que 33 % de la population totale de cet État.

Pour expliquer ce phénomène, les auteurs avaient mis en avant la prévalence de l’obésité, du diabète, de l’hypertension et de l’insuffisance rénale chronique au sein de cette population souvent plus précaire. Une hypothèse qui peut également en partie probablement s’appliquer à la situation française.

*Travailleurs clés : personnels de santé, aides-soignants, pharmaciens, ambulanciers, personnels de la Poste, des forces de l’ordre, des transports publics, pompiers, personnes travaillant dans la vente de produits alimentaires, livreurs, buralistes et agents de nettoyage, selon la liste de l’Observatoire régional de santé Île-de-France

X.B.

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