Dans leur cabinet, les médecins en ébullition contre une cabine médicale

Roanne, le lundi 21 mars 2016 – Conçue par l’entreprise H4D (Health for Developpement), spécialisée dans la télémédecine, la Consult-Stations se présente comme une cabine, presque semblable à un photomaton, où l’on prend place devant un écran d’ordinateur équipé d’un logiciel spécifique. En quelques instants, un instantané de certains de vos paramètres santé est disponible : pression artérielle, fréquence cardiaque, taux d’oxygénation dans le sang et les classiques taille, poids et température. A cela peuvent s’ajouter des tests auditifs et de glycémie, la réalisation d’un électrocardiogramme ou encore l’utilisation d’un dermatoscope. Les données obtenues sont soit directement transmises au médecin traitant du patient, soient consignées sur une base sécurisée, auquel le médecin et le patient seuls peuvent avoir accès grâce à un code spécifique.

Multiples soutiens…

Les créateurs de cette station l’ont conçue comme un outil susceptible de répondre au problème de désertification médicale et d’améliorer le suivi des patients atteints de maladie chronique. Après une première implantation dans une résidence pour seniors du groupe Sairenor en Bourgogne, une nouvelle Consult-Stations a été installée dans une pharmacie mutualiste dans le centre ville de Roanne. La région est marquée par une importante désertification médicale et l’Agence régionale de Santé (ARS) qui a autorisé le lancement de l’expérimentation y a sans doute vu une réponse partielle à cette situation. Piloté par la Mutualité française, le projet est par ailleurs financé et soutenu par les fonds européens de développement régional (Feder), l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne, des élus roannais, l’agence de développement économique et la mutuelle locale Eovi Usmar services et soins.

… mais pas celui des médecins !

Si cette expérimentation bénéficie donc de la participation d’un grand nombre d’acteurs, les médecins eux se tiennent à distance. Quand l’ordre départemental juge avec sagesse qu’il faudra connaître les résultats de l’expérimentation avant de se prononcer,  plusieurs médecins interrogés par l’AFP ne cachent pas pour leur part leur colère. « Nous avons découvert l’existence de cette cabine dans la presse. Il n’y a pas eu de concertation. C’est inadmissible et scandaleux » s’irrite ainsi le docteur Bruno Pagès évoquant une « opération commerciale », tandis que d’autres s’inquiètent des conséquences sur la relation avec les patients. Le fait que cette initiative prenne place dans une pharmacie mutualiste n’est guère plus rassurant aux yeux des praticiens, qui y lisent un nouveau signe d’intrusion des mutuelles dans la pratique médicale. Le bénéfice d’une telle expérience pour la coordination entre les pharmaciens et les médecins et plus largement pour renforcer la mission sanitaire des officines ne sont nullement évoqués.

D’autres questions demeurent par ailleurs en suspens, telle la sécurisation des données et l’éventuelle prise en charge par la sécurité sociale si ce type d’offre se généralisait ? Cependant, en dépit de ces questions logistiques et techniques et de la mise en évidence de la difficulté pour les professionnels de s’approprier ce type d’outils (notamment quand la concertation n’a semble-t-il pas été au rendez-vous), la Consult Stations a déjà démontré son utilité. A Cluny, dans sa phase d’expérimentation, elle a ainsi contribué à la prise en charge précoce d’une pneumopathie : les données collectées par la cabine ayant permis une intervention rapide d'un praticien.

Aurélie Haroche

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