Délais d’attente pour un rendez-vous : 6 jours chez un généraliste, 80 jours chez un ophtalmologiste !

Paris, le mercredi 10 octobre - Les délais d’attente entre la prise d’un rendez-vous chez un médecin et la consultation proprement dite sont scrutés depuis plusieurs années. Cause (considérée) comme fréquente de renoncements aux soins et symptôme d’une démographie médicale déséquilibrée, la question a été l’objet de multiples enquêtes. Néanmoins aucune institution publique ne s’était penchée sur le sujet pour lui appliquer une méthodologie scientifique. La Direction de la recherche des études statistiques du ministère de la santé vient de corriger cette lacune en publiant une étude sur ce thème. Elle a été menée « auprès des volontaires de la cohorte épidémiologique Constances » et « porte sur un sous-échantillon de 40 000 personnes » précise la DREES qui indique encore que « près de 21 700 personnes ont répondu », mais 54 % d’entre eux n’avaient pas pris de « contact avec les systèmes de santé durant la période d’enquête ». Par ailleurs, pour certaines spécialités visées, le nombre de réponses a été insuffisant pour offrir des résultats statistiquement significatifs.

De grandes variations selon la spécialité 

Les résultats révèlent une nette différence non seulement entre généralistes et spécialistes et en fonction du niveau d’accès aux soins, mais également selon le motif de la consultation (aggravation des symptômes ou suivi). On peut retenir que si chez les généralistes, la moitié des rendez-vous sont obtenus en deux jours, ce chiffre grimpe jusqu’à 52 pour les ophtalmologistes. En moyenne, le délai d’obtention d’un rendez-vous est de six jours chez le généraliste, de 61 jours en dermatologie et de 80 jours en ophtalmologie, tandis qu’ils sont de trois semaines chez le pédiatre et le radiologue, d’un mois chez le chirurgien-dentiste et d’environ « un mois et demi chez le gynécologue et le rhumatologue et 50 jours chez le cardiologue ». Dans les communes où l’accessibilité est plus faible, les délais s’allongent inévitablement. Néanmoins, les demandes liées à « l’apparition ou à l’aggravation des symptômes » sont toujours honorées plus rapidement : un rendez-vous dans la journée est obtenu dans la moitié des cas chez le généraliste dans cette situation, tandis que le délai médian est ici de 9 jours chez le gynécologue ou 8 jours chez le chirurgien dentiste. On constate également que si la satisfaction des patients diffère en fonction de la durée de l’attente, il existe une certaine compréhension face aux spécialités les plus en difficultés. « En médecine générale, après l’apparition ou l’aggravation des symptômes, la part de Français qui jugent le délai rapide décroît très rapidement quand le délai augmente : dans 92 % des cas où la prise en charge a lieu le jour-même, le délai est jugé rapide ; et dans 85 % des cas quand le délai est égal ou inférieur à deux jours. Cette diminution est beaucoup plus lente en ophtalmologie ou en gynécologie : alors que le délai est jugé rapide quand il est inférieur ou égal à 3 jours en gynécologie dans 92 % des cas, cette part s’élève toujours à 82 % quand le délai passe à 20 jours ou moins » relèvent les auteurs de la DREES.

Par ailleurs le niveau de satisfaction est également dépendant de la situation propre des patients : ainsi le fait d’avoir retardé le moment de consulter amoindrit la tolérance à l’attente. De la même manière, au-delà du délai, l’obtention ou non d’un rendez-vous (dans neuf cas sur dix un rendez-vous est fixé) ne dépend pas uniquement du médecin mais également de convenances personnelles : ainsi l’échec provient dans 15 % des cas du fait que le « professionnel ne proposait pas de créneaux horaires possibles pour le patient ».

Inversion de la courbe

Désastreux ces résultats pour ce qu’ils révèlent dans certaines situations de l’accès aux soins ? Pas si sûr. Les syndicats de médecins libéraux considèrent qu’ils sont plutôt encourageants. Ainsi le Syndicat national des ophtalmologistes français (SNOF) remarque que les données de la Drees démontrent une amélioration par rapport aux résultats d’enquêtes précédentes. « En 2012, une étude Ifop pour l’observatoire Jalma estimait les délais à 104 jours en moyenne et la dernière en date de l’Ifop pour le groupe Point Vision à 87 jours. Aujourd’hui, nous sommes à 80 jours en moyenne, ce qui tend à démontrer une inversion de la courbe » se réjouit le SNOF. Si ces améliorations peuvent effectivement inviter à l’optimisme, ils pourraient également être en partie liés à des différences méthodologiques. Néanmoins sans se risquer à des comparatifs, la Confédération des syndicats médicaux français se montre également plutôt enthousiaste, notant : « Bien que des efforts restent à faire, les résultats sont encourageants » parce qu’ils montrent « que les médecins ont à cœur de répondre à la demande en soins (…) et s’adaptent aux situations de leurs patients. Ces derniers sont d’ailleurs globalement satisfaits ». CQFD.

Aurélie Haroche

Référence
Etude de la DREES : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er1085-2.pdf

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Vos réactions (4)

  • Pourquoi ? Osons des explications simples !

    Le 11 octobre 2018

    Alors que chez nos voisins les délais de rendez-vous ne sont pas supérieurs à 36 heures dans aucune spécialité (au point que le mot rendez-vous lui même est assez peu usité), chez nous la pénurie de médecins ne semble pas toucher toutes les spécialités de la même façon si on en croit les statistiques présentées ci-dessus. Pourquoi ? Et aussi la suppression du numerus clausus aura -t-elle un effet sensible sur ces écarts ?

    Alors que chez nos voisins la séance médicale (le mot consultation n'existe même pas) n'a jamais le même prix y compris au sein d'une spécialité d'un patient à un autre (les honoraires dépendant surtout des actes cumulés dans la journée), chez nous ce cumul des actes est en réalité très rare. Surtout les salaires, les émoluments, tout comme les honoraires sont tous identiques quels que soient les RCP, les responsabilités des praticiens (un biologiste reçoit le même salaire hospitalier que le chirurgien cardio-vasculaire), les appareillages indispensables mais spécifiques depuis l'arrêt Mercier. Toutes les spécialités étant payées de la même façon, que ce soit à Cannes ou à Roubaix, cela finit par se savoir au moins dans les familles médicales.

    Ce serait trop simple, non ?

    Dr JD

  • Rendez-vous non honorés

    Le 14 octobre 2018

    Une étude, scientifiquement menée, concernant les rendez-vous non honorés par les patients serait aussi intéressante. Fréquence, causes, conséquences.

    Dr Jack Genaudeau

  • ...et il ne s'agit que de moyennes !

    Le 14 octobre 2018

    Je suis généraliste dans les Vosges, le délai de rdv de notre "dernier" cardiologue est à 2 ans.
    Il existe en effet d'énormes disparités entre les villes universitaire/la périphérie et les zones rurales.
    Depuis peu, il n'y a plus de cardiologue dans notre hôpital après 18h et le WE... c'est dire la difficulté du service d'accueil de urgences, vous imaginez !
    Mais si les optalmo pensent que çà va mieux, alors çà va je suis rassuré.

    Dr Stéphane Zimmermann

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