Démarche d’accréditation des laboratoires de biologie médicale : à améliorer

Paris, le vendredi 27 janvier 2017 - Les laboratoire de biologie médicale sont tenus à terme, à l’échéance du 1ernovembre 2020, d’être accrédités sur 100% des examens. Une étude nationale réalisée par le Syndicat national des jeunes biologistes médicaux (SJBM) et la Fédération nationale des syndicats d’internes en pharmacie et biologie médicale (FNSIP-BM) porte sur les conséquences de la mise en place de la démarche d’accréditation au sein des laboratoires privés, des laboratoires publics et de l’internat, ainsi que sur les attentes des internes de biologie médicale et biologistes médicaux des secteurs privés et publics concernant l’évolution de la démarche d’accréditation.Elle a notamment pour objectif de proposer des solutions aux professionnels de santé et aux instances dirigeantes afin d’adapter au mieux la démarche d’accréditation à la biologie médicale.

Cette étude multicentrique, descriptive transversale, déclarative, non randomisée, a été réalisée entre le 14 octobre 2016 et le 19 novembre 2016 via un questionnaire anonyme sur internet. Elle a obtenu 712 réponses dont 390 réponses de biologistes du secteur privé (55%), 174 réponses de biologistes du secteur public (24%) et 148 réponses d’internes en biologie médicale (21%).

Les résultats mettent en évidence un ressenti négatif de la part des internes et biologistes médicaux sur la démarche d’accréditation en l’état actuel, qu’ils considèrent trop lourde, trop coûteuse et néfaste à l’attrait de la spécialité auprès des étudiants, d’où des propositions de pistes d’amélioration.

Des aspects négatifs de l’accréditation

L’étude montre qu’ « il n’y a pas eu de médicalisation à travers la mise en place de l’accréditation mais bien une financiarisation, réprouvée par une grande majorité de confrères cliniciens, de toutes spécialités, libéraux et hospitaliers » indiquent les 2 syndicats de jeunes biologistes. L’accélération de la financiarisation de la profession est ressentie par 87% des biologistes du secteur privé, 61% des internes et 64% des biologistes hospitaliers.

Un nombre important d’entre eux pense que l’accréditation a augmenté les délais de rendu de résultats, notamment urgents (biologistes du secteur privé 48%, du secteur public 30%, internes 32%).Ils sont également nombreux à estimer que l’accréditation a diminué le dialogue clinico-biologique (32% pour les biologistes privés, 44% pour ceux du secteur public,48% des internes),ce qui va à l’encontre de l’objectif initial de médicalisation mis en avant dans la démarche d’accréditation. Certains considèrent même que l’accréditation a un effet négatif sur la qualité des soins (29% de biologistes du secteur public, 39% de biologistes du secteur privé, 20% des internes).

L’accréditation est trop lourde, estiment à leur très grande majorité les internes ainsi que les biologistes du secteur public et privé(respectivement 84%, 93% et 92%). Elle a d’autre part été néfaste sur l’attrait de la biologie médicale auprès des étudiants (respectivement 85%, 84% et 79%). Ce dernier point est objectivé dans les faits par un recul sans précédent des rangs limites aux ECN de médecine depuis 2010.

Des axes d’amélioration

Le SJBM et la FNSIP-BM proposent un ensemble de solutions pratiques qui sont plébiscitées et pourraient être mises en place rapidement, à l’instar de nombreux autres pays européens :

- Espacement des audits physiques tous les 3 à 4 ans avec audits intermédiaires dématérialisés
- Diminution du pourcentage d’examens de biologie à accréditer, inférieur à 100% afin de ne pas freiner l’accès à l’innovation et de ne pas diminuer la proximité des soins
- Assouplissement de l’accréditation lors de la création ex nihilo d’un laboratoire
- Rationalisation des coûts du Comité Français d’Accréditation (COFRAC)
- Encadrement des tarifs par l’Etat et cotisations proportionnelles à la taille du laboratoire
- Clarification des rôles avec règlement des frais d’hébergement, restauration et transport des auditeurs via une enveloppe globale et non par le laboratoire audité
- Harmonisation des audits avec rétrocontrôle par les représentants de biologie
- Pause dans l’instauration de nouvelles obligations et modifications documentaires
- Souplesse dans l’évaluation des laboratoires en privilégiant les axes d’amélioration aux écarts

Trois-quarts des internes et biologistes médicaux seraient prêts à réaliser une grève de l’accréditation d’après le SJBM et la FNSIP-BM, qui demandent la réalisation d’un audit du COFRAC par la Cour des Comptes, en conformité avec le souhait initial des parlementaires.

La profession souhaite assouplir la démarche d’accréditation en lien avec le ministère de la Santé et le COFRAC et mieux l’adapter au domaine médical pour améliorer la qualité réelle des soins et garantir ainsi une biologie médicale indépendante, innovante et de proximité : le ratio coût et temps passé rapportés aux bénéfices apportés aux patients doit être nettement amélioré.

Pour éviter tout blocage ou scénario catastrophe pour les professionnels de santé, institutionnels et patients, « il est crucial d’engager des discussions sans délai avec l’ensemble des protagonistes afin de mettre en place des solutions pratiques et nous saluons d’avance l’ouverture des différentes institutions sur ce dossier » soulignent les 2 syndicats.

Dominique Monnier

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