Démographie médicale : échec confirmé de la lutte contre la désertification médicale

Paris, le jeudi 12 octobre 2017 – Le gouvernement doit présenter demain un nouveau plan de lutte contre la désertification médicale, qui devrait notamment accorder un rôle important à la télémédecine. A la veille de cette étape cruciale, les chiffres publiés aujourd’hui par l’Ordre des médecins, dans le cadre de la livraison annuelle de son atlas de la démographie médicale, sont éclairants.

L’action inutile des ARS

L’Ordre signale en effet clairement que face aux « disparités territoriales » et à la baisse « généralisée » du nombre de médecins généraliste qui a concerné cette année 93 des départements français (soit la quasi-totalité), « la définition en 2012 des zones déficitaires par les ARS et les mesures qui leurs sont liées n’ont pas eu d’impact. La quasi-totalité des installations des médecins généralistes ont eu lieu en dehors de ces zones » remarque le conseil. Ce dernier relève par ailleurs, alors qu’il a mis l’accent cette année sur les flux « migratoires » des médecins, que « Contrairement à une idée largement répandue, ce n’est pas une réponse aux difficultés territoriales d’accès aux soins. Cette étude montre que ces médecins étrangers, quelle que soit leur nationalité, et à l’instar de leurs confrères français ne s’installent pas dans les zones définies comme déficitaires par les ARS ».

Un renouvellement générationnel mais des inégalités territoriales toujours plus marquées

Outre ce constat d’échec (attendu), cet atlas, qui constitue la dixième édition, offre une appréciation de l’évolution de la situation au cours des dix ans écoulés. Le bilan est nuancé. Plusieurs points sont positifs. Ainsi, au cours de cette période, on observe une « stagnation des médecins en activité régulière » (+ 0,9 %). Par ailleurs, on constate un renouvellement générationnel qui bien que partiel est jugé « encourageant » par l’Ordre. Cependant, ces données positives doivent être nuancées. D’abord par ce que le nombre de médecins en cumul emploi retraite a été multiplié par six en dix ans. Ensuite, parce qu’a été observé un transfert majeur de l’activité libérale vers l’activité salariée (qui a augmenté de dix points), ce qui est préoccupant pour l’organisation de l’accès aux soins. Enfin, les inégalités territoriales n’ont cessé de se creuser depuis 2007 « au détriment des régions et des départements déjà en difficulté ».

Concernant les informations plus neutres, mais non dénuées d’importance, on relève une féminisation de plus en plus marquée (avec l’obtention de la parité à l’horizon 2020) et une hausse de 7,8 points du nombre de médecins diplômés hors de France en activité régulière.

Tenir compte des flux migratoires pour organiser la formation des médecins

Promettant une évolution de l’atlas de la démographie médicale d’une approche descriptive vers une approche analytique, l’Ordre multiplie déjà les recommandations. Ainsi, concernant notamment la lutte contre les déserts médicaux, il insiste sur le fait que « L’identification des territoires potentiellement en danger ne peut se cantonner à une seule règle de calcul des professionnels de santé et de la population générale. Force est de constater que ces territoires cumulent un ensemble de fragilités tant au niveau de l’accessibilité aux soins, qu’au contexte socio-sanitaire tendu, culturel et environnemental », remarque le Conseil. Ce dernier juge encore qu’une analyse infra départementale serait probablement nécessaire pour une meilleure appréciation des besoins et des réalités.

Par ailleurs, concernant les médecins à diplômes étrangers, le Conseil remarque que « Le numerus clausus a toujours été établi sans prendre en compte l’arrivée en France de ces médecins à diplôme étranger. Il est aujourd’hui impératif de le faire, en mettant à profit ces données nouvelles, afin que la régulation de l’entrée dans les études médicales en France soit mieux corrélée aux besoins réels des territoires ; il n’est plus possible aujourd’hui de considérer l’université française comme étant isolée de son environnement européen et mondial si l’on souhaite que la formation serve véritablement l’accès aux soins » insiste la structure ordinale mettant effectivement le doigt sur un élément totalement ignoré des pouvoirs publics. Espérons que le gouvernement n’ait pas attendu la publication aujourd’hui de l’atlas pour tenir compte de ces précieux conseils pour l’élaboration de son plan contre les déserts médicaux.

Aurélie Haroche

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