Dentistes sur les dents: menaces de licenciements, de soins low cost, d'expatriations...

Rennes, le mercredi 14 juin 2017 – Les cellules départementales de Coordination des dentistes libéraux (CCDeLi) qui se sont mises en place au cours des trois derniers mois et qui réunissent 13 000 chirurgiens dentistes appellent à la fermeture des cabinets dentaires tout au long de la semaine. Objectif : protester contre le règlement arbitral qui devrait s’appliquer à partir du 1er janvier 2018 et qui fixera les tarifs des praticiens, en raison de l’absence d’accord au début de l’année entre les syndicats et l’Assurance maladie. En vertu de cette réglementation, les tarifs des prothèses sont plafonnés et dégressifs : ils ne pourront notamment pas dépasser 590 euros en 2018 pour une couronne céramo-céramique (700 euros à Paris, dans les Yvelines, l’Essonne, les Hauts de Seine, la Guyane, la Martinique et en Guadeloupe), 570 euros en 2019 et 550 euros en 2020 et 2021. Des revalorisations des soins courants sont prévues pour compenser ces seuils, mais elles sont considérées comme insuffisantes par la majorité des dentistes et ne s’appliqueront en outre qu’en l’absence de dépassement de l’évolution des dépenses fixée par l’Assurance maladie.

Une catastrophe sociale et sanitaire annoncée

Les dentistes sont vent debout contre ce traitement et manifestent leur colère depuis plusieurs mois : l’action des CCDeLi fait figure de point d’orgue. Pour ces praticiens, cette tarification représente un risque réel pour l’équilibre financier d’un grand nombre de cabinets et ils mettent en garde contre de multiples licenciements. « Avec cette convention, l’équilibre financier sur lequel nous sommes serait rompu. Toute la filière dentaire serait ainsi exposée à des licenciements : les dentistes, les secrétaires et assistants dentaires et également les prothésistes » affirme ainsi Clément Rives, de la CCDeLi des Pyrénées-Atlantiques, cité par Sud Ouest. Ces chirurgiens dentistes s’inquiètent également d’un affaiblissement de la qualité des soins dispensés. Outre un accès restreint à l’innovation, les praticiens redoutent la constitution de cabinets low cost. « Cela mènera à un système à deux vitesses, avec des cliniques dentaires low cost et des médecins libéraux avec des soins non remboursés que seuls les riches peuvent se payer » prévient la CCDeLi des Côtes d’Armor. Enfin, certains chirurgiens craignent une possible expatriation des jeunes dentistes en cas d’application de ce règlement arbitral.

Mobilisations tous azimuts et détermination inébranlable

Aussi, pour manifester leur colère, les chirurgiens dentistes ont largement répondu à l’appel des CCDeLI. Dans certains départements, les taux de gréviste atteignent des records. Ainsi, en Bretagne, on estime qu’un cabinet sur deux restera fermé tout au long de la semaine, tandis que 80 % demeuraient porte close hier. Dans l’Ariège, on atteignait même un pourcentage de 90 % de fermetures. Point culminant de cette semaine de mobilisation, la journée de mardi a été marquée par de nombreux rassemblements. C’est à Rennes que défilait la manifestation nationale qui a réuni entre 900 et 1 000 personnes. D’autres regroupements ont été recensés dans toute la France : à la Réunion, la Rochelle où des consultations gratuites étaient proposées dans la rue, à Pau, à Saint Brieuc où des pancartes proclamaient : « 20 ans et toutes ses dents. Ok, mais ça c’était avant » ou encore à Arras. D’autres manifestations pourraient être organisées dans les semaines à venir tandis que certains affirment que la grève pourrait se prolonger. « Si on ne nous écoute pas, on fermera les cabinets aussi longtemps qu’il faudra » a martelé Benoît Berty de l’Union des étudiants en chirurgie dentaire (UNECD).

Et en même temps…

Si les organisations des étudiants sont fortement associées à la mobilisation, du côté des syndicats seniors on conserve davantage de distances. Si l’Union dentaire a apporté son soutien aux CCDeLi avec lesquelles elle affirme ne pas se sentir « en concurrence », la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) préfère agir sur d’autres fronts. Ainsi, après avoir déposé une requête auprès du Conseil d’Etat le 24 mai contre le Règlement arbitral, elle a rencontré la nouvelle équipe du ministère de la Santé. A l’instar des autres organisations de chirurgiens dentistes et de praticiens libéraux, elle a pu constater une véritable volonté de dialogue. « Le conseiller de la ministre a fait preuve d’une réelle écoute, tout en nous rappelant l’objectif affiché du président de la République en matière d’accès aux soins dentaires » indique la CNSD dans un récent communiqué.

Qu’ils aient choisi la voie de la discussion ou celle de la contestation dans la rue, le chemin pourrait être encore long pour les dentistes.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Dumping...

    Le 15 juin 2017

    Dentistes, chirurgiens et autres spécialistes de santé : en France le même combat! Comment faire comprendre aux autorités que l'absence de revalorisation convenables d'actes cotés il y a 25 ans et plus a entraîné l'impossibilité pour un spécialiste conventionné qui applique le tarif de la Caisse de survivre! Ce n'est pas 30 ou 40% d'augmentation du tarif de soins courants payés...20 ou 30 Euros qui vont rétablir l'équilibre...Donc explosion tolérée du secteur II pour rattraper le retard de la Caisse, suivi de vertueuses déclarations gouvernementales sur le scandale des dépassements d'honoraires... et finalement pour les dentistes plafond imposé très en-dessous de leurs honoraires actuels.

    Une vraie mesure "sociale", juste qu'elle est inapplicable et totalement irréaliste.

    Les dentistes payent l’incurie de plus de 25 ans de gouvernance, toutes formations politiques confondues!

    Dr Astrid Wilk

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