Deuils successifs chez les internes

Paris, le vendredi 26 janvier 2018 – Il y a des années qui commencent douloureusement. Même quand la précédente avait mal fini. Ces dernières semaines ont été marquées par plusieurs décès de jeunes internes. Dans les derniers jours de décembre, Clara G., interne en médecine générale qui effectuait un stage à Mirande et à Miélan se tuait en voiture, sur la RN 21. Sans que l’on puisse déterminer pourquoi, la jeune femme de 26 ans a perdu, en fin d’après-midi, le contrôle de son véhicule. Quelques jours plus tard, à l’hôpital de Pontoise, les jeunes médecins devaient prendre en charge un de leur confrère qui s’était endormi sur l’autoroute, de retour d’une garde difficile. A Strasbourg, la semaine dernière, un interne de médecine générale de 25 ans s’est écroulé dans le service de gériatrie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) terrassé par un accident cardiaque, que rien dans ses antécédents ne laissaient présager. Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de sa mort.

Enfin, hier, l’Intersyndicat national des internes (ISNI) révélait le suicide de Marine, interne en dermatologie dans un service réputé difficile à Paris. Si la famille a signalé un terrain médical défavorable, beaucoup songent aujourd’hui à l’âpreté des conditions dans certaines unités. « Ce suicide s’ajoute à une liste trop longue, et nous rappelle le mal-être de notre profession. Après le deuil, il faudra réfléchir aux mesures à prendre pour que de tels drames ne se reproduisent plus » a commenté l’ISNI.

Conditions de travail : et si rien n’avait changé

Si ces décès et ces accidents ont tous des raisons différentes et si les conditions de travail ne peuvent pas toujours être incriminées, si la mort fauche la jeunesse régulièrement dans les rangs des futurs médecins (comme ailleurs), ces disparitions viennent en effet rappeler la vulnérabilité des internes. Surtout, elles conduisent à s’interroger sur la protection de ces futurs médecins face aux conséquences du stress et de la fatigue associés à leurs tâches. Les risques de la conduite automobile après une longue privation de sommeil sont-ils l’objet d’une vigilance suffisante dans les établissements ? La détection des troubles mentaux et leur prise en charge, dont on a beaucoup parlé, s’est-elle améliorée ? Les internes qui ont été beaucoup incités à ne plus taire leur souffrance sont-ils aujourd’hui plus demandeurs d’écoute ? Enfin, les améliorations exigées des conditions de travail ont-elles été mises en œuvre ? Pas sûr, quand on constate que les internes des hôpitaux de Marseille viennent de déposer un préavis de grève pour protester contre le fait de voir les internes en psychiatrie contraints d’exercer sans la présence d’un médecin sénior la permanence de soins au sein de la nouvelle Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA). Cette décision de l’Assistance publique – hôpitaux de Marseille qui est l’objet d’un recours devant le tribunal administratif par un groupe d’internes semble révéler l’insuffisante prise de conscience des directions de l’importance d’un meilleur accompagnement des futurs médecins.

Léa Crébat

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Vos réactions (9)

  • Qu'entendez-vous par "difficile" ?

    Le 26 janvier 2018

    Article évidemment très inquiétant. Merci d'alerter la communauté médicale de cette situation. Sur le suicide de Marine, interne en dermatologie dans un "service réputé difficile à Paris". Qu'entendez-vous par "difficile" ? Des patients extrêmement lourds ? Une pression administrative majeure ? Une ambiance insoutenable de la part du corps médical ? Compte-tenu de la gravité des faits, il faut réellement désigner les problèmes.

    Il est de la responsabilité des gestionnaires hospitaliers de corriger les problèmes qui peuvent l'être, pression et ambiance insoutenable.

    Dr Viviane de La Guéronnière

  • Urgence

    Le 26 janvier 2018

    Il y a beaucoup trop de décès, de suicides dans le milieu médical, toutes catégories confondues. Service difficile, c'est simple : patients de plus en plus lourds, manque de personnel, épuisement, agressivité de la part des familles...On nous demande de plus en plus avec de moins en moins de moyens. Les administratifs n'en ont que faire. A part le fric, on ne tient plus compte de l'humain ! Ras le bol. Il serait peut-être temps de réagir Mme la Ministre derrière votre bureau et de prendre en compte la douleurs des soignants.

    Une IDE

  • Lanceurs d'alertes

    Le 27 janvier 2018

    Les internes, en fait jeunes médecins hospitaliers, expriment leur sidération devant la maltraitance globale de l'institution hospitalière face au corps médical. En cela, ils sont plutôt des "lanceurs d'alerte" face à une dégradation collective des conditions de travail qui touche l'ensemble des catégories socio-professionnelles hospitalières, dont les médecins et les vieux autant que les jeunes. Le Tabou des risques psychosociaux disparaît et la parole se libère : mais pour quoi faire ?

    Cynthia Fleury, Valérie Sugg dans « L’hôpital, sans tabou ni trompette » (éditions Kawa) nous rappelle cela : l'hopital va mal, de plus en plus et sa gouvernance est de plus en plus malfaisante, malveillante et maltraitante.

    H Levenes

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