Diagnostic de l’électrohypersensibilité : le Pr Belpomme inquiété par l’Ordre

Paris, le mardi 19 décembre 2017 – Si le sujet ne fait plus aussi fréquemment la une des médias, l’électrohypersensibilité demeure une préoccupation centrale pour certaines associations qui sont convaincues (ou veulent convaincre notamment à travers un lobbying organisé sur le net !) de la nocivité des ondes électromagnétiques. Leur combat est aujourd’hui concentré sur l’installation par Enedis/EDF d’un nouveau compteur d’électricité intelligent, baptisé Linky. Les personnes qui refusent la mise en place de ce dispositif, dont ils redoutent les mauvaises ondes, n’hésitent pas pour certains à solliciter leur médecin afin d’obtenir un certificat médical de contre-indication. Telle est la constatation des médecins d’EDF et notamment du docteur Jacques Lambrozo, récemment auteur d’une tribune pour le JIM tendant à proposer une analyse scientifique et complète du fonctionnement de Linky. Parmi la centaine de certificats de contre-indication fournis par les abonnés d’EDF pour refuser le compteur, la moitié émanait du professeur Dominique Belpomme.

Des marqueurs biologiques pas très marquants

Cancérologue réputé à l’origine de travaux importants, le professeur Belpomme s’intéresse depuis plusieurs années aux maladies potentiellement liées à l’environnement. Pour le praticien, il ne fait aucun doute qu’une large majorité des cancers sont provoqués par l’environnement (quand les facteurs de risque et la fatalité ont dans les faits un rôle également déterminant). Dominique Belpomme est également convaincu que l’électrohypersensibilité a des fondements biologiques, quand la quasi-unanimité des travaux conduits sur le sujet n’ont pas permis d’identifier de mécanisme physiopathologique. Son argumentation s’appuie sur des travaux menés par son équipe et publiés dans Reviews on Environnemental Health ayant identifié à partir d’une cohorte de 727 patients "diagnostiqués" électrohypersensibles et/ou atteints d’une sensibilité chimique multiple (!) des taux plus élevés qu’attendus d’histamine et de nitrotyrosin. Ces données connaissent cependant d’importantes limites puisqu’elles n’ont pas été comparées à des résultats obtenus chez des sujets témoins et que le lien avec les ondes n’est nullement documenté. Dans son expertise collective conduite en 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et du travail (EHS) avait estimé ces travaux totalement insuffisants.

Un examen jamais évalué

Ce discrédit n’empêche pas le professeur Belpomme de continuer à prodiguer des consultations dédiées à l’électrohypersensibilité qui vont à l’encontre de la position adoptée par l’ensemble des sociétés savantes qui prônent une prise en charge psychologique des patients. Pour établir son diagnostic, le praticien se base, non pas sur les dosages de nitrotyrosin et d’histamine qui sont pourtant au cœur de ses travaux, mais sur une tomosphygmographie cérébrale ultrasonore (TSCU), également parfois désignée à travers les termes « échographie pulsatile transcérébrale »,  « échodoppler cérébral pulsé », ou « échodoppler pulsé centimétrique ». Cet examen, présenté par le professeur Belpomme comme pratiqué "en routine" aux États-Unis, n’a en réalité jamais fait l’objet de publications scientifiques dans un journal à comité de lecture. Non inscrit dans la nomenclature, jamais évalué par la Haute autorité de Santé (HAS), l’examen n’avait pas plus retenu l’attention des experts de l’ANSES lors de leur expertise collective sur l’électrohypersensibilité. Pourtant, le professeur Belpomme prescrit ponctuellement cet examen, pratiqué dans un unique centre parisien et dont le coût non pris en charge s’élève à 250 euros.

Nouvel exemple de la dérive de certaines élites médicales

Ces différents éléments sont aujourd’hui portés à la connaissance de l’Ordre des médecins. D’abord, Jacques Lambrozo a tenu à signaler le caractère non individualisé des certificats de contre-indication établis par le professeur Belpomme, reprenant à l’identique la même formulation et ne modifiant que le nom du patient. Cette pratique pourrait contrevenir  au principe d’individualisation et de prise en compte de la personnalité de chaque patient garanti par le code de déontologie. Outre ce grief, qui pourrait être justifié par l’urgence d’éviter l’installation de Linky (et qui défendu par un médecin d’EDF n’échappera pas à la suspicion du conflit d’intérêt), le professeur Belpomme devra répondre devant l’Ordre du recours à la tomosphygmographie cérébrale ultrasonore. C’est ici la Direction générale de la santé (DGS) qui a donné l’alerte, s’inquiétant de la mise en œuvre d’un examen ne répondant pas à l’obligation pour le praticien de délivrer aux patients des soins fondés sur des données étayées par la science et d’éviter les procédés « illusoires ou insuffisamment éprouvés ». Cette double saisie de l’Ordre satisfera ceux qui s’inquiètent de voir que certains praticiens réputés cautionnent voire alimentent des théories médicales non scientifiquement fondées et fortement dommageables pour la prise en charge des patients. En se référant à l’approche nullement reconnue du  professeur Belpomme, des associations appellent en effet au boycott des consultations "officielles" dédiées à l’électro hypersensibilité, empêchant un traitement (peut-être) efficace de la réelle souffrance des patients.

Aurélie Haroche

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