Distance avec les GHT et enthousiasme pour les hôpitaux de proximité : le rapport étonnant du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie

Paris, le jeudi 7 juin 2018 – Le gouvernement a lancé une vaste concertation destinée à repenser notre organisation des soins, dont les limites paraissent s’observer quotidiennement. Différentes personnalités et instances ont donc été missionnées pour mener cette ambitieuse réflexion.

Elles remettent successivement actuellement leurs conclusions, alors que la synthèse et les mesures concrètes des pouvoirs publics sont attendues à la fin du mois.

Des populations plus vulnérables, des moyens plus centralisés

Le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) a ainsi remis hier un rapport qui se fait fort de dessiner quelques solutions pour répondre aux difficultés auxquelles est aujourd’hui confronté notre système de santé. Le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques qui l’accompagnent redessinent depuis plusieurs années le type d’attentes à satisfaire. Cependant, toujours très hospitalo-centré et concentré prioritairement sur la prise en charge des situations aigües, notre système peine à s’adapter à cette nouvelle donne. Les évolutions de ces dernières années semblent en outre aller à contre-courant de la tendance naturelle, avec une concentration des établissements au sein de groupements hospitaliers de territoire (GHT) et un monde libéral moins armé pour prendre part à la permanence des soins.

Jusqu’à 600 hôpitaux communautaires de proximité

Face à cette situation, le HCCAM considère que la clé réside dans une meilleure collaboration entre la ville et l’hôpital. Pour que ce mantra éternel ne continue pas à demeurer un vœu pieux, le HCCAM préconise la création de structures ayant un statut mixte entre libéral et hospitalier : des hôpitaux communautaires. Ces derniers qui accueilleraient donc à la fois des hospitaliers et des libéraux auraient pour mission d’assurer une partie des urgences, les soins gériatriques et le suivi des grossesses. Le principe d’une telle « transformation susceptible de fédérer l’ensemble des acteurs », veut croire le HCAAM, est de s’adapter à la « gradation des soins ». Le HCAAM préconise concrètement l’ouverture de 550 à 600 hôpitaux communautaires (chiffre à mettre en regard avec les 243 hôpitaux de proximité actuellement en activité).

A contre-courant

Cette proposition pourrait être jugée à "contre-courant" de toute la politique hospitalière menée ces dernières décennies. De fait, le HCAAM prend ses distances avec les GHT, considérant qu’ils représentent un risque de « gigantisme » selon l’expression utilisée par l’Association nationale des centres hospitaliers locaux (ANCHL) pour résumer l’avis du Haut comité. Néanmoins, il ne s’agit pas de remettre en cause la pertinence de la fermeture de certains plateaux d’activité, rendue nécessaire par l’existence d’un risque pour la qualité des soins. Le HCAAM souhaite au contraire que les hôpitaux communautaires permettent de "compenser" la fermeture de différentes structures. Demeure cependant la question de l’attractivité de ces établissements, alors qu’aujourd’hui nombre d’hôpitaux de proximité peinent à recruter. Sur ce sujet, le HCAAM veut croire à la possibilité d’inventer des modèles innovants qui seront plus attractifs pour les praticiens...

Cette appréciation de la situation et les solutions dessinées paraissent largement séduire. L’ANCHL n’a pu qu’applaudir ces propositions et rappelle qu’elles font écho à celles qu’elle a elle-même transmises au ministère de la Santé. De son côté, le patron de MG France, Jacques Battistoni, interrogé par Allodocteurs s’est également déclaré « plutôt favorable à ces propositions, qui correspondent à un certain nombre de nos revendications sur l’organisation des soins autour des professionnels ambulatoires », alors que le HCCAM préconise également le développement de « Communautés professionnelles de territoire de santé ». La Fédération hospitalière de France (FHF) partage également en grande partie le diagnostic et la thérapeutique avancés. Dans des propositions rendues publiques ce lundi, l’organisation insistait d’ailleurs sur la nécessité de « s’appuyer sur les hôpitaux de proximité comme lieux d’ouverture et de coopération avec la médecine de ville, notamment sur les territoires en tension ». Néanmoins, le patron de la FHF, Frédéric Valletoux, émet quelques réserves sur le modèle proposé et met en garde contre le risque d’une trop grande rigidité du système, que pourrait entraîner l’aménagement de nouveaux statuts. « La seule hésitation dans ce rapport, c’est peut-être l’idée de créer des hôpitaux dits "communautaires", entre les cabinets de ville et les hôpitaux eux-mêmes. Cela implique de créer un nouveau statut pour un nouvel établissement, là où au contraire on a besoin d’oxygène, de souplesse, de permettre aux gens de travailler ensemble » fait-il remarquer interrogé par France TV Info.

Désormais, la balle est dans le camp du gouvernement.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Il nous en faut du temps !

    Le 10 juin 2018

    Alléluia ! Il aura fallu 40 ans pour prendre la mesure du triple problème (vieillissement, chronicisation, besoin de système ad hoc...) .
    Pour en arriver exactement au concept quebecois de DSC (Dept de Sante Communautaire). Décidément, il nous en faut du temps !


    Dr Alain Deccache

  • En finir avec les fins de vie à 200 km de chez soi

    Le 10 juin 2018

    En finir avec les fins de vie à 200 km de chez soi, avec le recours à l'hôpital central (CHU habituellement) pour des soins de routine et avec des soins inégalement distribués pour des populations rurales vieillissantes. Etablir une véritable hiérarchisation des soins permettant dans toute la mesure du possible de traiter "près de chez soi" tout en désengorgeant les monstres hospitaliers, voilà la bonne idée et non les GHT purs fruits de la tendance centralisatrice parisienne. On fera peut-être aussi des économies sur les frais de transport.Attention quand même à la "sectorisation" dont on a pu voir les effets délétères en psychiatrie.

    Dr Claude Krzisch

  • C'est la pénurie de praticiens !

    Le 11 juin 2018

    Je lis dans l'article ci-dessus :"inventer des modèles innovants qui seront plus attractifs pour les praticiens ", certes, mais encore faudrait-il qu'il existe un nombre suffisant de praticiens à répartir, ce qui n'est plus le cas. C'est la pénurie de praticiens ! Contrairement aux chiffres de l'administation et de l'Ordre des médecins. Sont comptabilisés entre autres , des médecins exerçant à temps partiels soit par choix personnel, soit en retraite avec une activité partielle...

    Dr Christiane Martin-Dupleich

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