Ebola en Guinée et en Sierra Leone : sans doute des failles dans la gestion de l’épidémie

Freetown, le mardi 3 juin 2014 – Alors que l’on pouvait espérer l’épidémie de fièvre Ebola qui a sévi en Guinée en mars et avril en phase certaine de décrue, de nouvelles flambées ont contredit cette appréciation optimiste. Ainsi, en Guinée, quatre nouveaux districts ont été touchés depuis le 23 mai, tandis qu’entre le 23 et le 27 mai (date du dernier bulletin publié sur le site de l’Organisation mondiale de la Santé), quatorze cas confirmés de fièvre Ebola ont été enregistrés, dont cinq fatals. Par ailleurs, la Sierra Leone est elle aussi désormais touchée avec seize cas (dont sept confirmés en laboratoire), dont cinq mortels.

Des autorités réactives

Officiellement, face à ces nouveaux cas, les autorités sanitaires des deux pays, épaulées par différentes structures humanitaires et internationales, offrent une bonne gestion de la situation. « En Guinée, le Ministère de la Santé et ses partenaires ont monté une riposte comportant l’investigation sur la flambée, des évaluations du risque, la prise en charge des cas, la lutte contre l’infection dans les nouveaux districts touchés et la mobilisation sociale (…) à Guékédou et à Conakry » écrit par exemple l’OMS. Concernant les autorités sierra-léonaises, Médecins sans frontières (MSF) confirme qu’elles « ont été surprises » mais observe que « la réaction a été assez rapide ». Tant en Guinée, qu’en Sierra-Leone, les actions mises en œuvre sont jugées suffisantes par l’OMS pour ne pas imposer de restrictions concernant les déplacements qu’il s’agisse « des voyages ou des échanges commerciaux » entre la Guinée et la Sierra Leone.

Affaiblissement de la vigilance

Pourtant, ce sont bien les zones frontières qui semblent les plus à risque. La présence de communautés appartenant aux mêmes groupes ethniques contribue en effet à une multiplication des déplacements, en particulier à l’occasion de cérémonies funéraires, ce qui favorise la propagation des virus. La particularité de ces zones à risque n’est pas le seul argument qui pourrait inciter l’OMS à plus de fermeté. La presse africaine multiplie également les révélations sur les failles du dispositif de lutte contre l’épidémie. Outre les rumeurs de corruption au sein du comité interministériel guinéen contre Ebola (le journal l’Indépendant parle d’un « flou dans le suivi des comptes »), le ministère de la Santé, lui-même a admis que la flambée actuelle était le fruit d’un manque de vigilance dans le suivi des contacts des malades. Ce manque de rigueur ne paraît pas par ailleurs l’apanage de la Guinée : en Côte d’Ivoire (qui n’a enregistré aucun cas) qui avait pourtant affiché avec résolution sa volonté de se prémunir de tout risque, les journaux locaux observent que la viande de brousse, pourtant interdite, a fait sa réapparition sur les marchés.

Inquiétude des ressortissants européens

Au-delà de ces failles possibles, les dispositifs mis en place se heurtent fortement aux résistances des populations, qui sont nombreuses à refuser les mesures d’isolement et les recommandations. Cette opposition de certaines communautés fait probablement le lit de la résurgence de la maladie et de la persistance de l’épidémie. Ainsi, en Sierra Leone, on sait que deux des cinq cas mortels enregistrés ces derniers jours sont des patients ayant quitté le dispensaire de Koindu et qui ont été ramenés dans leur village par leur famille pour recevoir des soins traditionnels. En Guinée également, où la presse parle d’un retour de la panique dans les grandes villes (en particulier à l’approche des examens scolaires), les réticences sont aussi nombreuses. Elles sont d’ailleurs clairement évoquées par l’OMS qui parle de « résistances communautaires » de la « dissimulation des cas » et de la nécessité d’agir contre ces tendances. Face à cette situation complexe et parfois inextricable (les actions de dialogue mises en œuvre par les organisations humanitaires notamment n’aboutissent pas toujours), les ressortissants étrangers présents en Guinée et en Sierra-Leone se montrent parfois inquiets et préfèrent se retirer. Ainsi, une société minière britannique présente en Sierra-Leone vient-elle d’annoncer l’évacuation d’une partie de son personnel « non essentiel ».

Aurélie Haroche

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