Ebola : quid de la gestion des déchets ?

Usine Veolia de Saint-Ouen-l’Aumône

Paris, le lundi 3 novembre 2014 - L’annonce de l’accueil en France d’un deuxième sujet contaminé par Ebola (un agent de l’Unicef dont l’état est stable) a dû faire souffler un nouveau vent de colère au sein de l’usine de retraitement de déchets de Saint-Ouen-l’Aumône du groupe Veolia. Cet établissement reçoit les déchets d’activités de soins à risques infectieux (Dasri) de pratiquement tous les hôpitaux de la région parisienne, dont ceux de l’établissement militaire Bégin situé à Saint Mandé où a été prise en charge en septembre une infirmière de Médecins sans frontières (MSF) contaminée par Ebola. Or, les employés de ce centre de retraitement, particulièrement sensibilisés aux risques d’exposition à certains agents infectieux, n’ont appris que la semaine dernière qu’ils avaient pris en charge des déchets liés au traitement de l'infirmière de MSF. « Ces déchets portaient juste la mention déchets spécifiques (…). La direction n’était même pas au courant que c’était Ebola ! » a dénoncé dans les colonnes du Parisien, Laurent Fauveau, le délégué CGT de l’entreprise Véolia.  Depuis la révélation de l’arrivée si discrète de ces déchets, la défiance est de mise au sein de l’usine où certains refusent désormais d’effectuer certaines tâches ou de serrer la main des chauffeurs en provenance des hôpitaux. Plus généralement, les syndicats exigent une formation spécifique et des précisions concernant l’attitude à adopter face à certaines situations particulières (déchets qui débordent et s’éparpillent par exemple).

Un précédent aux Etats-Unis

La direction tente évidemment d’apaiser ces inquiétudes en rappelant notamment que les déchets avaient subi un traitement particulier avant d’arriver au centre : désinfection à l’eau de javel et placement dans un conteneur spécifique. Cependant, elle admet qu’il y a sans doute eu un « dysfonctionnement au niveau du passage de l’information » puisqu’elle-même n’avait pas été avertie de l’arrivée de cette cargaison spéciale. Le sujet n’est pas sensible qu’en France. Aux Etats-Unis, après la mort de Thomas Ducan, le patient libérien pris en charge au Texas Health Presbyterian Hospital de Dallas, une entreprise de traitement des déchets de Louisiane, Chemical Waste Management avait refusé de se charger de ceux provenant de ce malade.

Un point épineux

Cette réticence des usines de traitement, quand bien même de très grandes précautions sont prises dans l’acheminement des déchets jusqu’à elles, fait écho aux rappels des autorités sanitaires internationales et nationales quant à l’importance de la plus grande vigilance sur ce point. Dans la réactualisation de ses recommandations à destination des personnels de santé, publiée ce vendredi, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) insiste ainsi une nouvelle fois sur cette dimension. Tous les documents concernant les mesures de prévention et de contrôle à adopter dans les hôpitaux ne font par ailleurs jamais l’impasse sur ce sujet. Dans la très grande majorité des cas, on invite à considérer « tous les déchets comme des déchets biomédicaux » et à réaliser une désinfection minutieuse non seulement de ces matériels mais aussi de leurs contenants. En France, comme ailleurs, à l’occasion des exercices de simulation réalisés dans les hôpitaux, le responsable des équipes non médicales à Reims, François Ferrière remarquait : « La difficulté, c’est la désinfection, le traitement des déchets, des liquides, des matériels utilisés pour la prise en charge du patient ».

L’Australie et le Canada à contre courant

Au-delà du rappel de l’importance du traitement le plus attentif possible des déchets, la colère des employés de l’usine de traitement de Saint-Ouen-l’Aumône met une nouvelle fois en évidence les craintes nourries face à Ebola dans les pays occidentaux. Ces dernières sont aujourd’hui telles que deux états viennent de décider de fermer leurs frontières aux ressortissants des trois pays les plus touchés par l’épidémie. Emboîtant le pas à l’Australie, le Canada a en effet annoncé à la fin de la semaine dernière qu’elle ne délivrerait plus de visa aux libériens, sierra-léonais et guinéens. Une mesure qui concerne également « les étrangers qui se sont rendus dans un pays touché par Ebola ». Cette décision est justifiée par la nécessité « d’aider à la prévention de la transmission et de la propagation de la maladie à virus Ebola au Canada », lit-on dans l’arrêté publié au Journal officiel. Elle va à l’encontre de la politique appliquée jusqu’à aujourd’hui par l’ensemble des états occidentaux, qui sont nombreux à considérer qu’une telle fermeture des frontières constituerait une réponse contre-productive à la crise actuelle.

Le Canada n’a pour l’heure accueilli ou reçu aucun patient infecté par Ebola.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Ebola est un virus NSB4

    Le 03 novembre 2014

    Une vraie vigilance accrue est de rigueur, sans aller néanmoins jusqu'à la paranoïa pour l’instant(ceci va d’ailleurs dans le sens de mes souvenir de Réserviste du SSA - Service de santé des armées).
    Ebola est néanmoins un virus NSB4 (niveau de sécurité biologique 4) à manipuler dans des unités et laboratoires type L4-P4.
    Il faut donc en théorie porter des scaphandres étanches et sur-pressurisés (on en est loin sur le terrain).
    Et le plus grand problème est la sortie de ces unités, l’enlèvement de ces EPI (Equipements de Protection Individuel) et leur élimination ... avec tous les autres déchets !
    JBLC

  • Où traiter ces déchets ?

    Le 04 novembre 2014

    Moi, ce qui m'interpelle, c'est cette polémique sur les déchets liés au " traitement d'Ebola ".En effet, on peut se demander ...comment sont traités les autres déchets toxiques. Ce centre est spécialisé Dasri, ce centre est le seul en région parisienne ...Alors ? Messieurs de la CGT, où auriez vous pu penser qu'étaient traités ces déchets ? Un peu de sérieux svp.

    Dr Gérard Crespeau

  • Que dit la réglementation ?

    Le 09 novembre 2014

    La gestion des déchets de soins à risque infectieux est encadrée par trois réglementations : le Code de l’Environnement, le Code de la Santé Publique, et le Code des Transports plus particulièrement l’arrêté relatif aux transports des marchandises dangereuses par voie terrestre.
    Ces trois réglementations dénomment différemment ce déchet, la première le désigne comme « Déchets dont la collecte et l'élimination font l'objet de prescriptions particulières vis-à-vis des risques d'infection » sous le numéro 18 01 03*, le second « déchets d’activités de soins à risque infectieux » et le dernier comme « Déchet d’hôpital non spécifié, N.S.A. » ou Déchet (bio)médical, N.S.A. » ou « Déchet médical réglementé, N.S.A. » sous le code UN3291.
    Vis-à-vis du code de la santé et du code de l’environnement, les déchets contaminé ou suspecté de l’être par le virus d’Ebola répondent à leur définition respective. Ce n’est pas le cas de la troisième réglementation qui exclut de sa rubrique les déchets contaminés de matière infectieuse de catégorie 1 dont le virus Ebola fait parti. Ces déchets sont classés comme « Matière infectieuse pour l’homme » sous le code UN2814 , marchandise à haut risque, imposant des conditions de transport beaucoup plus exigeantes et la mise en œuvre d’un plan de sureté.
    Les établissements disposent conformément à l’article 6 de l’arrêté du 29 mai 2009 d’un conseiller à la sécurité relatif aux transports des marchandises dangereuses. Dans la situation exceptionnelle décrite dans l’article, le conseiller doit plus particulièrement, en relation avec les équipes soignantes et les équipes logistiques de l’établissement, fixer les règles de transport en partant du conditionnement des déchets contaminés jusqu’à l’introduction des déchets dans l’installation de traitement.
    La principale difficulté tient de l’absence d’emballage homologué pour le transport de matière infectieuse pour l’homme (répondant à l’instruction d’emballage P620 de la réglementation) adapté au volume de déchets produits. Les établissements sont donc dans l’obligation de concevoir sur la base de l’existant un emballage qui répond au mieux aux exigences (triple emballage associé à une désinfection chimique).
    Au regard de l’article et des précisions des personnes interrogées par le journaliste du Parisien, nous pouvons identifier plusieurs disfonctionnements malgré les mesures prises par l’Hôpital militaire Begin notamment en terme de communication qui heureusement n’ont pas entrainé de conséquence sanitaire compte tenu de la nature du virus.
    Guy Socquet-Juglard SOLENCO

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