Elections présidentielles : les doléances contestées des étudiants en soins infirmiers

Paris, le jeudi 20 avril 2017 - La Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) a dévoilé, au rythme d’une par jour,  ses propositions à l'intention des candidats à l'élection présidentielle avant de les présenter en conférence de presse.

Les dix propositions de la FNESI pour « assurer le futur »

En premier lieu, elle propose la suppression du concours d’entrée en IFSI (Institution de formation en soins infirmiers). Elle affirme que « les compétences mobilisées par le concours ne sont pas en lien avec la formation » et le considère comme une « source de précarisation pour les futurs étudiants » (coût du concours, des frais de déplacement et de logement…) qui « engendre une sélection sociale »…mais nous verrons que cette idée est loin de faire l’unanimité ! 

Elle demande également l’intégration des IFSI au sein de l’université, afin de faire bénéficier pleinement les étudiants des « installations universitaires telles que les technologies numériques ou les laboratoires de simulation » et leur permettre d’être au contact d’autres étudiants en santé et d’avoir davantage accès aux passerelles.

Toujours concernant la formation proprement dite, elle suggère « la poursuite de la volonté d’élaboration d’un système Licence Master Doctorat en sciences infirmières », mais aussi des maquettes de diplôme plus souples permettant la mise en place de « régimes spéciaux d’étude » et la possibilité d’une « année de césure ». 

Comme l’Ordre infirmier quelques jours avant elle, la FNESI milite pour la reconnaissance de « l'infirmier de pratique avancée » et déplore qu’en dehors des spécialisations, les infirmiers disposent d'un choix de formation universitaire très restreint à l’issue de leurs trois années d'études.

Par ailleurs, la FNESI insiste sur la nécessité de centraliser de nouveau les bourses, dont la gestion par les régions serait source d’importantes et dommageables disparités. Rappelons à ce propos qu’en novembre dernier, la Direction générale de l’offre de soins a promis que celles accordées sur critères sociaux aux étudiants infirmiers seraient uniformisées et alignées sur celles des autres étudiants

La FNESI souhaite en outre, une démocratisation des IFSI, où à ce jour les élus étudiants n’ont toujours qu’une voix consultative au sein des différents conseils.

S’inscrivant dans l’actualité de ces dernières semaines qui a mis au cœur des préoccupations la maltraitance des étudiants en santé, la FNESI juge qu'il faut investir dans la politique d'encadrement et valoriser le statut de tuteur de stage en lui allouant un temps dédié auprès des étudiants ainsi qu'une revalorisation salariale.

La FNESI propose, de plus, la « suppression du décret d’actes et la création d’un référentiel de compétences professionnelles ».

Enfin, elle revendique que soit abrogée la règle voulant qu’un infirmier fraichement diplômé doive effectuer 24 mois d’exercice à temps plein avant de pouvoir s’installer en exercice libéral et 18 mois avant d’effectuer des remplacements.

Cette proposition a d’ores et déjà fait réagir leurs aînés de la FNI (Fédération nationale des infirmiers).

Deux mesures qui font grincer des dents

La FNI rappelle ainsi que « la profession libérale ne nécessite pas seulement des compétences techniques, (…) mais aussi des compétences de chef d’entreprise qui ne s’improvisent pas (…). Cela nécessite une préparation minutieuse associée à une étude de marché afin de ne pas échouer et en subir les conséquences financières, psychiques et judiciaires que nous voyons trop souvent se multiplier ». A cet égard la « FNI regrette que les futurs collègues de la FNESI ne se soient pas rapprochés des représentants libéraux avant de faire une telle proposition et réitère son appel à créer des liens au lieu de diviser la profession infirmière ».

Enfin, concernant la suppression du concours d’entrée, rappelons le commentaire de l’un de nos lecteurs, se faisant ainsi porte-parole d’une partie de la profession qui s’est longuement exprimée en ce sens sur les « réseaux sociaux » et dans la presse infirmière : « quand on connaît les candidats pour qui l'accès aux études a été refusé, on se demande si c'est bien malin de se priver d'un filtre (…). Pour y avoir participé [au concours d’entrée NDLR] pendant plus de 16 ans, certains ne sont vraiment pas faits pour un tel métier (…). Sans compter les orientations "par défaut" (…). Cela protège cet étudiant d'un échec qui est annoncé (…). C'est une sorte d'éthique que d'épargner à un individu trois années d'études difficiles. Ce n'est pas une démocratisation de l'accès, c'est une boite de pandore ! » concluait-il.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • Suppression concours d'entrée en ifsi

    Le 20 avril 2017

    Notre diplôme n'est déjà pas reconnu en Angleterre et encore moins aux Etats-Unis unis et au Canada...Il n'y a plus de mémoire à faire ni d'examen final...et quand nous voyons les bécasses de stagiaires que nous devons former ou essayer de former, nous pouvons nous faire du soucis pour nos vieux jours.

    Catherine Fayolle

  • En quoi " l'Europe " fait elle du mal à la profession infirmière en France ?

    Le 20 avril 2017

    Pas une journée sans que le Journal Officiel de la République Française ne diffuse - dans tous les domaines - une loi, un décret ou un arrêté qui ne soit en lien avec les directives européennes que Bruxelles nous impose en droit "supra national".

    Longtemps considérée - à juste titre - comme la plus exigeante et la meilleure des formations infirmières en Europe, voire au delà, la filière française a perdu de sa superbe. Les professionnelles en exercice ne décolèrent plus de la "nullité" des nouvelles diplômées ou des étudiantes qui débarquent dans les services de soins.
    Ainsi la formation en vigueur depuis 2009 fait elle partie de ces désagréments imposés par la CEE. En effet les accords de Bologne (1999), visant à harmoniser les études supérieures dans toute l'Union Européenne en sont à l'origine. Entre 1999 et 2009, les études infirmières ont été modifiées progressivement avec la suppression des MSP, de l'épreuve écrite finale, du TFE additionnel, etc ... pour en arriver à un enseignement calqué sur les études universitaires octroyant une équivalence de la licence. Sacré nivellement par le bas !
    Bac + 3 au rabais qui ne sert à rien en l'état actuel des choses puisque pour pouvoir continuer vers un master, certaines infirmières ont du obtenir gain de cause auprès des tribunaux contre l'avis des universitaires.

    Et des revendications étudiantes complètement en décalage avec les nécessités infirmières du terrain du soin : la dernière en date étant de supprimer la période obligatoire au chevet du patient avant de pouvoir exercer en milieu libéral.

    Autre désagrément récent imposé par Bruxelles à la France et traduit en droit français par une Ordonnance de Marisol Touraine pour installer "l'exercice infirmier partiel" afin de permettre à des diplômées étrangères, notamment des ex pays de l'Est, de venir travailler au rabais comme le firent les plombiers polonais il y a quelques années. Comme le font les travailleurs détachés payés au rabais par leur pays d'origine.

    Tout cela sous l'oeil malveillant de l'ordre infirmier français qui, tout en hurlant à la possibilité donnée à ces infirmiers étrangers de venir en France, continue de participer financièrement à un organisme européen de lobbying infirmier (FEPI devenu ECN) auprès de la Commission Européenne. Organisme qui a son siège à Bruxelles et dont monsieur Borniche, président ordinal, est le secrétaire général.

    Elisabeth Moisson

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