En France, on a moins de médecins, mais on a des idées

Paris, le mardi 21 février 2017 – La désertification médicale figure parmi les sujets qui font naître chez les candidats à l’élection présidentielle des positions tranchées. En effet, certains impétrants n’hésitent plus désormais à franchir le pas sinon de la coercition tout au moins de la franche désincitation, en préconisant tel Benoît Hamon le non conventionnement des nouveaux installées dans les zones déjà sur dotées. L’ensemble des représentants des médecins libéraux est opposé à de telles mesures et au-delà aux dispositifs contraignants. Cependant, pour l’heure, les incitations financières, qui constituent une véritable jungle difficilement lisible, n’ont pas permis d’obtenir les résultats espérés. Aussi, plutôt que de se concentrer sur elles, l’Ordre des médecins invite dans un rapport rendu public hier à se pencher sur les multiples initiatives qui fonctionnent.

Une coopération élargie essentielle

Le Docteur François Arnault a colligé à la demande de l’instance ordinale les initiatives existantes offrant une véritable réponse aux problèmes de démographie médicale. L’objectif est d’identifier les méthodes les « plus originales et pertinentes, reproductibles et n’engendrant pas de coûts supplémentaires importants ». Le passage en revue de ces différentes stratégies permet tout d’abord à l’Ordre de tirer un enseignement majeur : point de salut sans des partenariats solides. « Il apparaît comme un fait d'évidence que la réussite de ces initiatives, tant dans les résultats que dans l’amélioration de la démographie locale passe, le plus souvent, par une coopération effective et constante de l’ensemble des partenaires : l’Etat, par l’intermédiaire des Agences régionales de Santé (ARS) et quelquefois des préfets, les collectivités territoriales, communes, conseils départementaux et conseils régionaux, les URPS et l’Université avec le rôle prépondérant, primordial que doivent jouer les facultés de médecine ».

Leçon de séduction numéro 1 : attirer

Acte I : comment faire connaître l’exercice libéral aux carabins ? Les départements français s’activent pour mettre en place des stages professionnalisant et autres dispositifs destinés à attirer les futurs médecins. L’Ordre cite par exemple le cas du Cher où les médecins libéraux ont « fait preuve d’un grand dynamisme pour accueillir les internes de troisième cycle, internes de spécialité en rhumatologie notamment. (…) Malgré une charge de travail supplémentaire, [ils] ont su transmettre leur expérience à des jeunes confrères » applaudit ainsi l’instance ordinale. Dans la Haute-Garonne, on signale la création d’une commission pour favoriser les rencontres entre médecins installés et jeunes praticiens. En Moselle, les rencontres organisées chaque semestre avec les internes en médecine générale ont contribué à une forte augmentation du nombre de maîtres de stage, passé de 14 en 2007 à 42 en 2016. On pourrait encore citer l’existence de nombreux forums régionaux (comme dans le Finistère qui a même édité un livret intitulé : MG, s’installer en Bretagne, mode d’emploi).

Leçon numéro 2 : simplifier

Acte II : faciliter l’installation des volontaires enthousiastes. Quand ils ont été séduits par les stages et par les réunions des forums régionaux, les jeunes praticiens peuvent se mettre à la recherche de postes de remplaçants. Pour faciliter cette quête, des plateformes de téléconseils se développent. Ainsi, dans le Nord Pas de Calais, « l’association Norajir, un regroupement de médecins généralistes installés et remplaçants de cette région (…) a mis en place un site www.remplanord.org , site interactif de mises en lien des médecins généralistes remplaçants et installés (…). Depuis sa mise en service en janvier 2013, plus de 1900 médecins y sont inscrits » relève l’Ordre des médecins. Outre ces plateformes, l’existence de guichets uniques d’information permet également de simplifier les démarches de ceux et celles qui sont prêts à franchir le pas. Plusieurs départements ont mis en place ce type de système, dont l’Aisne où le conseil départemental est « très investi fans la facilité aux installations », le Bas-Rhin, la Haute Normandie, l’Eure-et-Loir ou la Saône et Loire qui a même mis en place une cellule d’accompagnement. Ici, il ne s’agit pas seulement d’aiguiller le médecin dans ses démarches administratives concernant l’installation, la commission offre également de « trouver des solutions de transports, de gardes d’enfants ou encore d’offres éducatives et culturelles ».

Leçon numéro 3 : fidéliser

Acte III : trouver des conditions d’exercice en lien avec les attentes des jeunes praticiens. La désertification médicale et la désaffection pour l’exercice libéral seraient en partie liée au refus des nouvelles générations de conditions d’exercice sacerdotales. Là encore, une multitude d’initiatives permet de répondre à cet écueil.

D’abord, pour franchir le pas en douceur, le statut de médecin adjoint est de plus en plus apprécié. « Ce dispositif consiste à autoriser les étudiants, ayant validé leur cursus de troisième cycle et en possession d’une licence de remplacement, à être affectés en tant qu’adjoints auprès de médecins généralistes sur le territoire. Ce statut leur permet, dans le même temps que le médecin auprès duquel ils sont autorisés, d’exercer avec le matériel informatique et les feuilles de soins du médecin  installé », indique le rapport de l’Ordre. Le statut de médecin adjoint tend également à dépasser les frontières des premières régions qui l’ont expérimenté (tels les Hauts de France). Au-delà de ces statuts intermédiaires entre le remplacement et l’installation, les regroupements (et autres maisons de santé) offrent également la promesse de conditions d’exercice plus souples que le cabinet solitaire. L’Ordre des médecins fourmille d’exemples en la matière. On pourra par exemple retenir le groupe de coopération cardio-vasculaire Sorgue-Lubéron où huit cardiologues bénéficient d’une qualité de travail enviable. Outre l’accès à un matériel de haute qualité (deux salles d’exploration fonctionnelle dans les murs hospitaliers), et aux services de huit secrétaires, ils « bénéficient d’une rémunération mensuelle équivalente pour tous les praticiens et d’une part proportionnelle à l’activité fixée annuellement. Leurs absences annuelles sont fixées à sept semaines » décrit l’Ordre.

Maisons de santé : incontournables

D’une manière générale, les maisons de santé (et autres regroupements) apparaissent comme une pièce maîtresse de la régulation de l’offre médicale. On en compte aujourd’hui 708. Si elles « ne paraissent pas être une initiative très originale dans le paysage de la santé publique, il semble nécessaire toutefois d’insister sur l’intérêt qu’elles représentent pour l’amélioration de la démographie médicale » écrit l’Ordre. Cependant, l’instance exhorte parallèlement à ne pas voir dans ces maisons de santé « un modèle pertinent pour tous les bassins de population ». En outre, même si l’Ordre ne s’appesantit pas sur le sujet, il note qu’une réflexion sur leur financement est essentielle « pour en assurer la pérennité au vu notamment de l’émergence d’un certain nombre de difficultés dans leur fonctionnement ».

Volonté politique

On relèvera encore que la lutte contre la désertification médicale passe certainement par une véritable volonté politique. A cet égard, l’Ordre cite le cas de ces départements qui ont fait le choix souvent gagnant d’organiser un véritable maillage territorial. Ainsi, le travail réalisé dans cet esprit en Mayenne, dans l’Aveyron (où le solde de départ et d’arrivées est en équilibre en 2014, voire positif en 2015), dans la Meuse ou dans le Finistère a été globalement payant. Par ailleurs, l’amélioration de la répartition des médecins passe sans doute également par une évolution des pratiques et par l’acceptation (notamment) de délégation de compétences.

Les exemples en la matière cités par l’Ordre sont souvent édifiants. Il évoque l’habilitation donnée en Aquitaine aux médecins généralistes libéraux, équipés de matériels d’urgentistes, « à administrer les premiers secours en zone blanche ». Plus classique, le transfert de tâches des ophtalmologistes vers les orthoptistes a permis de réduire le délai de rendez-vous pour une prescription de lunettes de douze mois à quinze jours dans la Sarthe ou en Rhône-Alpes. Enfin, les partenariats entre la ville et l’hôpital semblent au cœur d’une régulation de l’offre médicale mieux maîtrisée. A cet égard, l’Ordre invite les pouvoirs publics à prendre les mesures nécessaires pour permettre la plus grande souplesse en la matière. Il réprouverait par exemple que ne soit pas adopté un amendement à la loi sur les groupements hospitaliers en vue d’étendre les coopérations sanitaires public/privé.

Ainsi, on le voit, derrière le paysage souvent présenté de façon catastrophique, des forces dynamiques s’organisent pour conserver partout sur le territoire un accès facile aux soins. Reste, grâce à cet inventaire de l’Ordre, à généraliser ce qui fonctionne le mieux.

 

Rapport de l’Ordre

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Un exemple probant

    Le 23 février 2017

    Dans la Sarthe la majorité des médecins on plus de soixante ans et la démographie annoncée ne laisse envisager presque aucune relève. Je suis maitre de stage depuis 20 ans et aucun des internes n'a souhaité s'installer dans notre ville (il est vrai qu'avec l'internat national les internes viennent de partout). Les annonces faites depuis 10 mois n'ont donné aucune réponse. Que va t-il arriver a mon départ en retraite pour ma patientèle et celle de mon associé ? 3400 inscrit pour 2 et un médecin vient de quitter en plus notre ville.

    Dr S

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