Esprit du 15 mars : les blouses blanches déferlent dans les rues de Paris

Paris, le dimanche 15 mars 2015 - Ciel blanc et bas, températures glaciales renouant avec l'hiver, les vieux lions de Denfert-Rochereau ne pensaient sans doute pas voir déferler tant d'âmes en ce 15 mars 2015. C’était sans compter avec une sourde colère qui depuis plusieurs mois gronde dans les rangs des professionnels de santé. Bientôt, la place du XIVème arrondissement était envahie par le blanc des blouses portées fièrement par médecins, internes, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes et d’autres professionnels de santé libéraux. Initiateurs de cette grande mobilisation unitaire, les internes et les chefs de clinique, auxquels se sont également associés les étudiants, furent les premiers à s’ébranler. Signe des craintes majeures que suscite le projet de loi de santé de Marisol Touraine chez les plus jeunes, ils étaient très nombreux à avoir répondu à l’appel de leurs syndicats (ISNI, INCA, ISNAR-MG, ANEMF…). Sur les pancartes et banderoles, et dans les slogans, deux messages se disputent la vedette : le refus de la généralisation du tiers payant et la volonté de voir partir Marisol Touraine. Cependant, d’autres préoccupations émergent. Chez les étudiants, on s’inquiète notamment des aspects de la loi concernant la formation des professionnels : « Formation au rabais, patients en danger », résume bien un jeune homme sur son tee-shirt.

Du blanc, du bleu et les rayures des bagnards

A la jeunesse des premiers manifestants succèdent les cortèges non moins dynamiques des médecins généralistes et des spécialistes. Là encore, les appels lancés par de très nombreux syndicats (CSMF, MG France, UNOF, FMF…) semblent avoir été largement entendus. On devine derrière les sourires bon enfant (et sans oublier que certains manifestants n’avaient pas encore l’âge d’avoir utilisé un stéthoscope, sinon en plastique !), les blouses blanches passées par-dessus les manteaux, les pancartes écrites à la hâte, que beaucoup n’ont pas battu le pavé parisien depuis de très nombreuses années. Là encore, difficile de ne pas voir dans la composition de cette foule, l’ampleur de la colère qui anime les professionnels de santé. Chez les omnipraticiens, le refus de la généralisation du tiers payant est encore sur toutes les lèvres. Mais il y a aussi chez ces derniers le souci de signaler combien la loi de santé peut également être un danger pour les patients. D’ailleurs, on voit défiler quelques tee-shirt proclamant « J’aime mon médecin, j’aime ma clinique », signe que le ralliement des patients et des usagers est déjà acquis. De même, les slogans tels que : « Les médecins vous soignent les mutuelles vous saignent », signent clairement la volonté de placer praticiens et patients dans un même camp contre le projet de loi de santé. Radiologues (qui jouissent d’une grosse mobilisation), cardiologues, rhumatologues (qui n’hésitent pas à reprendre une formule d’un goût douteux : « Nous ne voulons pas mourir de MST ») emmènent dans leur sillage des centaines de spécialistes, dont une dizaine de praticiens des Yvelines, déguisés en bagnards et qui affirment : « Pour les médecins, le bagne. Pour Marisol, tout baigne ! ». Ici, outre les habits rayés, les blouses blanches sont également parsemées du bleu des chirurgiens, anesthésistes ou encore gynécologues obstétriciens qui sont très fortement mobilisés, en raison notamment des menaces qui pèsent sur la participation des cliniques au service public de santé.


Au-delà de toutes les dissensions


Les médecins sont bientôt suivis des infirmières libérales dont l’ampleur des troupes n’a rien à envier à leurs prédécesseurs. A l’instar de ce qui s’observait chez les médecins, les dissensions syndicales semblent ici totalement effacées quand on voit flotter doucement, côte à côte, les ballons de la Fédération nationale des infirmières (FNI) et de l’Organisation des syndicats nationaux des infirmiers libéraux (ONSIL). Rares sont dans l’histoire, les cortèges qui ont uni dans un même sillage médecins et paramédicaux et une fois encore les manifestants espèrent que ce caractère historique influencera enfin l’intraitable Marisol Touraine. Dans l’attente de cet hypothétique revirement, sous le froid du boulevard Montparnasse, jusqu’aux Invalides, les infirmières chantonnent doucement les slogans tandis que les banderoles préviennent : « La médecine est belle, elle n’appartient pas aux mutuelles ». On trouve aussi de longs panneaux explicatifs, présentant savamment les risques d’une pratique robotisée et industrialisée. Il y a d’autres craintes qui se disent plus discrètement : un secret professionnel potentiellement ébranlé, des libertés diminuées. Les kinésithérapeutes, les orthophonistes ou encore les pharmaciens qui les suivront ne diront pas d’autres choses que cette peur d’une médecine déshumanisée, d’une privation de leur liberté d’exercice et du refus d’un diktat imposé sans aucune discussion.

De 20 à 50 000 personnes

Quand arrive l’heure officielle de la dispersion vers 16h30 place Vauban, où certains internes s’enhardissent en grimpant sur une statue dédiée aux soldats, seuls les premiers marcheurs ont déjà atteint l’objectif. Il faudra encore une heure pour que l’ensemble des manifestants aient réalisé la totalité du parcours. Si au micro, un représentant des internes lance, ambitieux, que 50 000 personnes se sont pressées à Paris, sous le ciel blanc et froid, les premières estimations de la police qui commencent à tomber à la même heure parlent d’au-moins 20 000 manifestants. Un chiffre qui au regard de la population concernée (moins de 500 000 personnes), confirme un succès certain. Marisol Touraine avait annoncé avant le début de la manifestation qu’elle recevrait dans l’après-midi les représentants des syndicats ayant appelé à défiler aujourd’hui, ce qu'elle a fait en fin de manifestation.

Mais malgré l'ampleur de la mobilisation, lors d'une courte déclaration à la presse vers 19 heures elle a semblé rester sur ses positions.   

Aurélie Haroche

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