Exclusif : e-cigarette, des professionnels de santé très divisés

Paris, le lundi 16 février 2015 – Les responsables du dictionnaire Oxford ont fait du verbe « to vape » (en français « vapoter ») le mot de l’année 2014. La pertinence de cette désignation ne fait que se confirmer en ce début d’année 2015 où quasiment pas un jour ne passe sans que la cigarette électronique ne soit l’objet d’éloges de critiques ou de peurs. En quelques années, la e-cigarette s’est en effet imposée comme un dispositif incontournable. Objet de mode dont la toxicité est très mal connue, constituant une porte d’entrée potentielle dans le tabagisme chez les plus jeunes pour les uns, système bien moins nocif que la cigarette offrant des chances de succès du sevrage tabagique inégalées par rapport aux méthodes existantes pour les autres : la cigarette électronique n’en finit pas d’allumer les controverses. Elle était encore au cœur des discussions ce week-end lors de la traditionnelle conférence de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) qui s’est tenue à San Jose en Californie.

Un bienfait pour la santé publique

Les commentaires des experts ont été principalement positifs notamment en ce qui concerne les atouts de ce système dans le cadre du sevrage tabagique. « Il y a probablement des bienfaits de santé publique des cigarettes électroniques si elles offrent un moyen aux fumeurs de ne plus consommer de tabac » a ainsi observé Roy Harrison, professeur de santé environnementale à l’Université de Birmingham. Pour Wilson Compton, directeur adjoint de l’Institut national américain d’abus de drogues, cela ne fait aucun doute : « Les cigarettes électroniques sont très prometteuses comme outil pour aider les fumeurs qui ne parviennent pas à cesser de fumer » a-t-il affirmé, ajoutant « Ces cigarettes reproduisent certains gestes des fumeurs ce qui pourrait être utile pour arrêter de fumer du tabac ».

S’abstenir de déconseiller !

Il est peu probable que l’on entende en France de telles déclarations dans la bouche de responsables sanitaires occupant des postes équivalents à celui de Wilson Compton. Les recommandations françaises concernant la cigarette électronique se montrent en effet plus prudentes, même si elles ne la rejettent pas frontalement.  Ainsi, la Haute autorité de Santé (HAS) a estimé il y a un an que les professionnels de santé ne pouvaient pas recommander chez des patients souhaitant arrêter de fumer l’utilisation de la cigarette électronique, en raison des trop grandes incertitudes qui persistent quant à sa dangerosité et à la disparité des teneurs en nicotine de ces dispositifs. Néanmoins, la HAS jugeait que les médecins ne devaient pas en dissuader l’usage chez les fumeurs déjà pratiquants !

Sondage réalisé sur notre site du 25 janvier au 10 février 2015

Deux conceptions de la médecine, basées sur les risques ou les preuves

Il semble cependant que les médecins Français soient prêts à aller au-delà des préconisations de la HAS et peuvent jusqu’à conseiller l’utilisation de la cigarette électronique aux patients fumeurs souhaitant initier un processus de sevrage.

Telle est la conclusion pouvant être tirée du sondage réalisé sur notre site du 25 janvier au 10 février qui révèle que 47 % des professionnels de santé recommandent la cigarette électronique pour le sevrage électronique. On notera cependant qu’ils sont tout autant (47 %) à ne pas émettre de telles préconisations, tandis que 5 % sans doute échaudés par les prises de position et révélations contradictoires sur le sujet préfèrent ne pas se prononcer. Ces résultats révèlent tout d’abord qu’un nombre important de professionnels de santé, face à des recommandations qu’ils jugent timides et pas nécessairement adaptées à la réalité des enjeux, n’hésitent pas à les dépasser et à engager leur responsabilité. Ils confirment également que beaucoup de professionnels de santé partagent l’opinion de plusieurs experts et de nombreux patients qui voient dans la cigarette électronique la meilleure méthode pour atteindre le sevrage tabagique. Ils laissent par ailleurs encore deviner que les professionnels de santé jugent que le bénéfice/risque de la cigarette électronique est favorable, en dépit des incertitudes persistantes, comparativement au grand fléau qu’est le tabac.

Néanmoins, ce sondage marque également que le sujet divise très clairement les professionnels de santé. Tandis que certains sont prêts à faire confiance à ce système, d’autres nourrissent en effet encore de grandes réserves. Elles sont probablement multiples. Elles concernent d’une part la toxicité éventuelle du système, question que les différentes études sur le sujet ne sont pas parvenues à résoudre parfaitement comme l'ont montré les débats qui ont suivi la publication d'une lettre récente au New England Journal of Medicine évoquant le risque cancérigène  de la e-cigarette. Ces réserves concernent également  l’efficacité réelle du dispositif. Sur ce point également, les études précises manquent encore et l’opinion positive de certains patients, les quelques travaux encourageants (sans être spectaculaires) et même les chiffres en baisse des ventes de tabac pourraient être insuffisants pour convaincre ceux et celles qui n’acceptent de recommander en leur nom qu’un dispositif dont ils peuvent assurer à leur patient l’utilité et l’innocuité. Chez ces derniers existe probablement également la conviction soit que les autres méthodes existantes peuvent permettre si elles sont correctement suivies d’obtenir des résultats satisfaisants, soit que seul un arrêt total de la nicotine permet d’arriver à ses fins et peut être considéré comme un réel sevrage.

Ces résultats témoignent en tout état de cause que la cigarette électronique, est un outil intégré dans la pratique quotidienne des professionnels de santé, qu’ils aient choisi de la considérer comme un outil à utiliser ou qu’ils aient adopté une position plus prudente.

Aurélie Haroche

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