Exclusif : la majorité des professionnels de santé favorable au service sanitaire obligatoire

Paris, le mercredi 11 avril 2018 – Mesure originale du programme d’Emmanuel Macron, le service sanitaire assuré par les étudiants en santé sera déployé dès la rentrée 2018 et généralisé en 2019 (selon les informations communiquées jusqu'ici par le gouvernement).

Les contours de ce dispositif ont été présentés le 26 février dernier par les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal. Obligatoire, le service sanitaire s’étalera sur trois mois à mi-temps (six semaines pleines) qui pourront être réparties sur plusieurs périodes. Chez les étudiants en médecine, il se déroulera au cours de la troisième année, tandis qu’il interviendra en deuxième année pour les infirmières et en cinquième année pour les pharmaciens. Il s’agira notamment de dispenser dans les écoles, les collèges et les lycées, en particulier dans les zones d’éducation prioritaire, des recommandations et conseils de prévention sur les addictions, les comportements sexuels à risque, les conduites dangereuses et les habitudes de vie (sportives et alimentaires) à privilégier.

De nombreux précurseurs

Des programmes de ce type existent déjà dans plusieurs villes. Ainsi, comme le détaille le site du ministère de l’Éducation nationale, à Angers, des actions de prévention ont été menées l’année dernière et cette année par des étudiants des filières de santé dans un collège et un lycée de la ville. Prévention du tabagisme et information sur les infections sexuellement transmissibles (IST) ont été notamment au programme. « Cette expérience a montré la faisabilité des interventions, sa bonne réception par les élèves et la grande satisfaction des étudiants impliqués » assure le ministère de l’Éducation nationale. De manière plus pragmatique, dans les colonnes de Ouest France, l’ancien directeur de l’Université d’Angers et coordinateur du projet, Jean-Paul Saint-André remarquait récemment : « La proximité d’âge est vraiment un atout pour (…) inciter » les collégiens « à se confier ». A Dunkerque, de la même manière, les étudiants en soins infirmiers ont « l’obligation d’élaborer une démarche d’éducation à la santé auprès d’un groupe d’enfants ou d’adolescents en milieu scolaire ». A Nantes, l’École de sages-femmes prépare un module destiné à préparer les futures professionnelles à l’animation de séances d’éducation à la vie affective et sexuelle dans les lycées. Enfin, depuis dix ans, la faculté de médecine de Marseille propose « une formation des étudiants en médecine à un programme éducatif ».

Une majorité d’enthousiastes

Faire fructifier les résultats de ce type d’initiative et créer chez tous les futurs professionnels un réflexe plus marqué en direction de la prévention apparaissent résolument positifs à une majorité de professionnels de santé, alors qu’a souvent été déploré en France le manque de culture préventive. Ainsi, un sondage réalisé sur le JIM du 11 mars au 3 avril révèle que 58 % des 901 professionnels de santé ayant participé à notre sondage sont favorables à l’obligation pour les étudiants en santé de participer à un service sanitaire. Les opposants sont minoritaires (37 %), tandis que 5 % s’interrogeant probablement sur les modalités pratiques et sur l’évaluation de ce type de dispositif ont préféré ne pas se prononcer de manière tranchée.


Sondage réalisé sur JIM du 11 mars au 4 avril 2018

Désigné volontaire

Un bémol cependant. Si les étudiants sont bien sûr moins nombreux parmi nos lecteurs que les professionnels en activité, il est intéressant de constater qu’ils sont les seuls à ne pas plébisciter cette idée : 65 % de ceux qui ont répondu à notre sondage se sont déclarés contre le service sanitaire obligatoire. C’est probablement le caractère "obligatoire" qui suscite une telle réticence. L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) a ainsi clairement signalé qu’elle « souhaitait que ce service sanitaire soit déployé sur la base du volontariat ». A Caen, ou les premières expérimentations viennent d’être lancées, les étudiants rencontrés par Ouest France présentaient une position similaire : « C’est le terme obligatoire qui me gêne. Cela devrait s’effectuer sur la base du volontariat » remarquait ainsi un étudiant en deuxième année de soins infirmiers.

N’allons pas trop vite peut-être

S’il cristallise les critiques, le caractère obligatoire n’est pas seul à faire tiquer. L’ANEMF, tout en se félicitant que sa proposition de réduire la période du service sanitaire à six semaines temps plein (et non trois mois comme cela était initialement prévu) ait été retenue, déplore notamment l’absence de rémunération (même si les frais de transport seront indemnisés). Au-delà, la rapidité de la mise en place du dispositif souhaitée par le gouvernement inquiète l’ANEMF et la FAGE (Fédération des associations étudiantes). Cette dernière a ainsi appelé à ne pas « bâcler » un « projet ambitieux », demandant notamment des réunions de comité de pilotage plus rapprochées.

La prévention ce n’est pas que délivrer des conseils

En dehors de ces réticences pratiques, certains observateurs ont pris quelques distances avec le projet en lui-même. Si l’importance accordée à la prévention ne peut qu’être louée et si l’implication des étudiants en santé apparaît une évidence, beaucoup invitent le gouvernement à ne pas limiter son action à ce type de dispositif. Santé publique France a relayé cette position. « La création de ce service va en effet dans le sens de la santé publique. Cependant, il ne doit pas laisser penser que la prévention repose seulement sur la modification des comportements individuels. Encourager les citoyens à faire plus de sport c’est bien. Leur proposer des équipements sportifs à proximité de chez eux, c’est mieux. Si le pouvoir politique n’agissait pas en même temps sur l’environnement dans lequel ils évoluent, sa démarche de prévention serait vouée à l’échec » décryptent dans une tribune publiée notamment sur le site The Conversation Pierre Lombrail professeur de santé publique (Université Paris 13) et Thierry Lang médecin épidémiologiste professeur à l’université de Toulouse. Enfin, les infirmières scolaires ont également réagi en rappelant l’importance de ne pas écarter ceux et celles dont les missions de prévention et d’éducation sont les compétences premières.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Tous les professionnels de santé ?

    Le 14 avril 2018

    Il faut aussi que toutes les mouches du coche fassent leur service national médical : fonctionnaires de la santé de l'ARS au CHU en passant par les EHPAD et les ministères, personnels et responsables des assurances et mutuelles complémentaires santé ,etc.

    Avec bien sûr interdiction d'intégrer ou de poursuivre leur fonction professionnelle sans avoir accompli ce service d'intérêt national !

    Dr F.Chassaing

  • L'esclavage....

    Le 15 avril 2018

    ...revient au galop, surtout pour les jeunes, et imposé par les vieux!
    Bientôt le service militaire en Afghanistan, ou au Mali, obligatoire.

    Dr Henri Baspeyre

  • Maréchal, nous voilà !

    Le 15 avril 2018

    ...et pourquoi pas réinstaurer les chantiers de jeunesse!

    Celà dit, je partage totalement l'appel du Dr Chastaing quant à l'immersion des bureaucrates dans la réalité.

    Dr Yves Darlas

    Dr YD

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