Exclusif : une majorité des professionnels favorable à l’extension des compétences vaccinales des infirmières

Paris, le mercredi 14 mars 2018 – « Tu aurais pu être médecin, tu es juste infirmier » ! Le titre de ce billet de blog, publié récemment sur la version québécoise du Huffington Post pourrait être un résumé des éternelles crispations qui existent entre les médecins et les infirmières, partout à travers le monde. « Cette tendance qu’ont les infirmières à se dévaloriser est bien connue dans les études scientifiques depuis près de 35 ans. Historiquement, la profession a été dominée par la profession médicale. Cette domination s’exprime notamment à travers le pouvoir décisionnel dans les hôpitaux (…). Quand on favorise un groupe avec du pouvoir, de l’argent et de la reconnaissance : le réflexe est de vouloir ressembler à ces individus » répond l’auteur à cette phrase (supposée) de sa mère, pourtant elle aussi infirmière. Mais le rédacteur du blog estime que les infirmières doivent faire évoluer leur vision d’elles-mêmes : « Que cela soit clair, que nous soyons infirmières, inalothérapeutes, préposés aux bénéficiaires ou n’importe quel autre professionnel de la santé, ce que nous faisons au quotidien a une valeur inestimable pour la population québécoise » écrit l’auteur avant de conclure : « La prochaine fois que tu me diras que j’aurais pu être médecin, je te dirais que j’ai choisi de devenir infirmier et qu’il est possible de poser des actions valorisantes au quotidien ».

Crispations en haut lieu, coordination sur le terrain ?

Difficile de ne pas trouver des échos entre ce plaidoyer et les actuelles controverses  qui opposent représentants des médecins et des infirmières autour de la définition des compétences de l’infirmière de pratique avancée (IPA) dans notre pays. Nous l’avons déjà évoqué, le dossier soulève de fortes tensions (dont certains des enjeux se retrouvent sans doute exprimés par ce billet de blog), entre des médecins qui redoutent une fragilisation de la médecine libérale et des infirmières qui ne se sentent pas suffisamment reconnues. Ce conflit, ainsi que les observations sociales des uns et des autres, reflètent-ils cependant parfaitement la réalité des coordinations et des transferts de compétence ?

Un sondage réalisé sur notre site JIM.fr révèle en effet que ces derniers sont majoritairement souhaités et acceptés, tout au moins dans certains domaines.

Des infirmières plébiscitaires, des médecins enthousiastes

Ainsi, 67 % des 615 professionnels de santé nous ayant répondu se sont déclarés favorables à l’élargissement des compétences vaccinales des infirmières, ce qui pourrait notamment impliquer des vaccinations antigrippales sans prescription médicale, par exemple dans les entreprises ou encore la réalisation de rappel là encore sans prescription. Seuls 29 % des soignants se montrent réticents vis-à-vis d’une telle évolution, tandis que 3 % ne se sont pas prononcés. Bien sûr, sans surprise, le détail des réponses par profession montre qu’une telle extension des compétences des infirmières séduit d’abord les premières intéressées : elles ont été 90 % à plébisciter cette idée. Chez les médecins et les pharmaciens, l’adhésion est moins marquée mais demeure néanmoins largement majoritaire atteignant respectivement 63 et 57 %. Ces résultats semblent montrer que loin des démonstrations de force syndicales, il existe une véritable volonté de coopération et une confiance certaine des médecins dans le rôle pouvant être joué par les infirmières pour améliorer la couverture vaccinale.


Sondage réalisé sur JIM du 11 février 2018 au 11 mars 2018

Avec la bénédiction des pouvoirs publics

Les données de ce sondage font par ailleurs écho à la volonté partagée du gouvernement et de l’Ordre infirmier. Le président de cette institution, Patrick Chamboredon a ainsi signalé lors de ses vœux son désir de voir les compétences vaccinales des infirmières élargies, citant outre leur intervention dans les entreprises ou la réalisation de rappels, « la possibilité de « vacciner (…) l’entourage des personnes âgées sans prescription ». De son côté, le ministère de la Santé a annoncé le mois dernier que la Haute autorité de santé avait été saisie afin d’examiner la pertinence d’un élargissement de l’autonomie des infirmiers et des pharmaciens dans ce domaine. Avec de telles démarches, on est bien loin des situations conflictuelles stériles que laisse supposer le débat autour de l’infirmière de pratique avancée. Et il est probable que des engagements de ce type ne se restreignent pas uniquement à la vaccination, mais pourraient également concerner d’autres champs, telle par exemple la prise en charge des addictions (déjà marquée par la possibilité récente pour les infirmières de prescrire des substituts nicotiniques).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Que sont les infirmiers?

    Le 14 mars 2018

    Il faut dénoncer certaines vieilles habitudes au ministère de la santé. Celle de dénommer (selon les intentions politiques) les infirmières soit "auxiliaires médicaux" quand elles ne sont pas là soit "professionnel de santé" lorsque elles sont dans les rues en train de crier. Comme toujours dans ce pays, il faudrait un jour trancher par la loi. Infirmier, mais aussi Docteur ès Sciences Humaines de l'université, j'ai du mal à m'identifier à l’auxiliariat de qui que ce soit... Mais des collègues ont le grade de Master et ont sûrement les mêmes réticences. Ego sur-dimensionné ? Non, mais les infirmières nées réellement en France dans les années 20 ont évolué, moins que dans la plupart des autres pays, mais évolué; peut être suffisamment pour que le qualificatif d’auxiliaire soit abandonnée de la profession à qui les Français font le plus confiance (selon les sondages, mais c'est un signe)?

    Jean-Charles Haute

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