Faut-il doubler les taxes sur l’alcool ?

Genève, le mercredi 22 septembre 2021 – L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande de doubler les taxes sur l’alcool en Europe pour faire diminuer la mortalité liée à l’alcool. Une recommandation qui risque de tomber dans l’oreille d’un sourd.

L’OMS a présenté ce lundi une étude consacrée aux effets des taxes sur la consommation d’alcool et la mortalité qui lui est liée. Selon cette étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet, si les pays d’Europe doublaient leur taxe sur les boissons alcoolisées, ce sont plus de 10 000 nouveaux cas de cancer et près de 5 000 morts par cancer qui pourraient être évités chaque année. Cela représente 6 % des cas et des morts annuels par cancer liés à l’alcool selon l’organisation onusienne.

Pour cette étude, « augmenter les taxes sur les boissons alcoolisées est l’une des meilleures mesures » pour diminuer la mortalité liée à la consommation d’alcool. L’OMS considère que le niveau de taxation sur l’alcool est encore trop faible en Europe et recommande donc que ce taux soit doublé. L’organisation onusienne estime que chaque année en Europe, 1,4 millions de cas de cancer et 650 000 décès sont « liés à la consommation d’alcool ». Parmi ceux-ci 180 000 cas et 85 000 morts sont « directement causés par l’alcool ».

Le vin beaucoup moins taxé que les spiritueux

En France, outre la TVA, les boissons alcoolisées sont soumises à une taxe supplémentaire, appelé « droit d’accise », selon un système complexe. En effet, ce droit d’accise diffère selon le type de boisson, les autorités fiscales distinguant plusieurs catégories. Ainsi, les vins sont taxés par hectolitre, les bières selon le degré d’alcool et les spiritueux par hectolitre d’alcool pur. De plus, les spiritueux sont soumis à un prélèvement de sécurité sociale spécifique.

Sans surprise, ce système conduit à ce que le vin soit beaucoup moins taxé que l’alcool fort. A quantité d’alcool pur égale, le vin est ainsi 55 fois moins taxé que les spiritueux. Les taxes représentent en moyenne 15 % du prix d’une bouteille de vin, contre 64 % du prix d’une bouteille de whisky. Alors que le vin représente 56 % de la consommation d’alcool en France, il ne compte que pour 3 % des recettes fiscales liées à l’alcool.

Pas de hausse des taxes à l’horizon en France

Si la France est l’un des rares pays européens à pratiquer ce genre de différenciation selon le type d’alcool, son taux de taxation des boissons alcoolisées est dans la moyenne européenne. Les amateurs de zapoï à petit prix se tourneront donc vers la Bulgarie, la Croatie ou la Roumanie, où les taxes sont quatre à cinq fois moins importantes qu’en France. Ils éviteront en revanche les pays scandinaves, où les taxes sont trois à quatre plus élevées que dans notre pays.

A sept mois de l’élection présidentielle, les chances que cette recommandation de l’OMS soit suivi d’effet en France sont extrêmement faibles. Le lobby de l’alcool et en particulier du vin est très puissant dans l’hexagone et a su trouver un allié de poids en la personne d’Emmanuel Macron. En 2018, le Président de la République avait affirmé publiquement boire du vin tous les jours et déclaré qu’il ne fallait pas « emmerder » les Français avec ça. En 2020, il avait retiré le soutien de l’Etat au « Dry January », campagne de promotion de l’abstinence. Il faut dire que la filière viticole représente 250 000 emplois en France et un chiffre d’affaires à l’exportation de plus de 13 milliards d’euros. Mais l’alcool est également responsable de près de 45 000 décès par an en France.



Quentin Haroche

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