Faut-il mettre des médecins en prison ?

Paris, le mardi 9 août 2022 – Dans son dernier rapport, la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP) dénonce l’accès aux soins difficile des détenus en France.

Cabinet dentaire sans radio, cancers diagnostiqués tardivement, prisonnier handicapé devant dormir à même le sol…dans son rapport publié le 6 juillet dernier, l’OIP multiplie les exemples qui aboutissent au même constat : l’offre médicale dans les prisons françaises est largement insuffisante, notamment s’agissant des soins spécialisés.

Une situation qui met en danger la santé des 70 000 détenus que compte la France.

C’est en observant que plus de 20 % des réclamations de détenus ou de famille de détenus qu’elles recevaient concernaient l’accès aux soins que l’OIP a décidé de lancer son enquête, qui repose notamment sur des questionnaires adressés aux prisonniers et aux médecins exerçant dans les unités sanitaires en milieu pénitentiaire (USMP).

L’association a pu constater que l’accès aux soins spécialisés en prison relevait bien souvent du parcours du combattant, notamment concernant les soins dentaires, la kinésithérapie et l’ophtalmologie.

La conséquence notamment de la faiblesse du budget alloué à la santé en prison, calculé selon un nombre théorique de détenus inférieurs de 20 % à la réalité. Dans un contexte général de manque de médecins spécialistes, l’exercice en centre pénitentiaire attire logiquement assez peu.

Bien souvent, les rendez-vous médicaux sont donc remplacés par des prescriptions d’antalgiques, aggravant ou favorisant des addictions.

Des conditions d’extraction médicale jugées indignes

Ce manque de soignants devrait se traduire par des "extractions" pour raisons médicales, mais ces opérations lourdes nécessitant une escorte policière sous souvent annulées par l’administration pénitentiaire faute de personnel voire par les prisonniers eux même en raison des conditions drastiques qui leur sont imposées.

En effet, lors des extractions médicales, les détenus sont parfois entravés aux jambes et à la ceinture et doivent accepter la présence d’un garde lors des consultations. « J’ai fait ma coloscopie attachée au lit, avec l’escorte présente dans la pièce » témoigne un détenu, tandis que des femmes ont dû bénéficier d’un examen gynécologique en présence d’un policier homme.

En revanche, l’OIP constate des « conditions plus respectueuses des droits fondamentaux des patients détenus » au sein des unités hospitalières sécurisées, destinées à la prise en charge de longue durée des prisonniers.

Double peine pour les prisonniers handicapés

L’OIP se penche également sur les conditions de détention inadaptées des prisonniers souffrants de maladies chroniques ou de handicap, qui sont de plus en plus nombreux en raison du vieillissement de la population carcérale.

Très peu de prisons ou de cellules sont adaptées aux personnes à mobilité réduite (PMR) et il est souvent bien difficile de faire entrer du matériel médical adapté dans les centres de détention.

Enfin, s’il existe bien un dispositif permettant de libérer les prisonniers dont l’état de santé n’est pas compatible avec la détention, en pratique il ne bénéficie qu’aux personnes en fin de vie.

Pour améliorer l’accès aux soins des détenus des prisons françaises, l’OIP suggère l’augmentation des effectifs de soignants en prison, la garantie que les conditions d’extractions médicales soient respectueuses des droits des détenus et de favoriser les permissions de sortie pour soins.

« Il est temps que le principe d’égalité des soins entre personnes détenues et population générale, inscrit dans la loi depuis 1994, soit enfin une réalité » conclut l’OIP.

Quentin Haroche

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