Faut-il s’inquiéter de la perspective d’un allègement territorialisé du passe sanitaire?

Paris, le lundi 20 septembre 2021 – Le gouvernement est-il en train de souffler le froid et le chaud sur le passe sanitaire ? Ce matin, l’entourage du Premier ministre, Jean Castex a confirmé qu’un projet de loi destiné à prolonger l’application du passe sanitaire au-delà du 15 novembre « est en cours d’élaboration et sera présenté le 13 octobre en Conseil des ministres ». Voilà qui signale que même si du Président de la République au porte-parole du gouvernement en passant par le ministre de la Santé, beaucoup de voix ont suggéré ces derniers jours qu’un allégement territorialisé de l’application de ce dispositif pourrait être prochainement envisagé, ce dernier continue à être considéré comme indispensable pour l’instant. C’est ainsi que lors du Conseil de défense dédié aux questions sanitaires qui doit se tenir mercredi, les autorités chercheront à trouver le meilleur équilibre entre la « confiance parce qu’on voit la situation s’améliorer et que le vaccin protège », « mais aussi la vigilance » face à un virus « qui à plusieurs reprises a surpris le monde entier, avec des variants, avec des reprises épidémiques », comme l’a résumé hier Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

La rentrée a-t-elle vraiment dit son dernier mot ?

Dans les territoires où l’épidémie connaît la plus forte décroissance, les autorités locales ont déjà commencé à assouplir les restrictions. Ainsi, à partir d’aujourd’hui, dans l’Oise sur décision de la préfecture « pour tenir compte de la baisse du taux d’incidence et de l’appropriation du passe sanitaire, le port du masque n’est plus obligatoire dans les établissements, lieux et services soumis au passe sanitaire ». Une décision similaire avait déjà été prise dans les bars et restaurants à Caen il y a quinze jours. Avec ses 75 cas pour 100 000 habitants, l’Oise, pourrait-elle faire partie des premiers départements connaissant un passe sanitaire allégé ? Pas si sûr : sans donner encore formellement de seuil, Gabriel Attal a en effet plutôt évoqué les départements où le taux d’incidence est inférieur à 50, ce qui est aujourd’hui le cas dans un département sur trois (34), tandis qu’il est inférieur à 100 dans 87 départements. D’une manière globale, le taux d’incidence est en baisse continue depuis un mois, avec une diminution de -25 % par semaine. Nous pourrions ainsi enregistrer moins de « 1 000 cas par jour » dans un mois espère le professeur Antoine Flahault dans les colonnes de la Croix qui prédit : « 5 000 contaminations par jour, souvenez-vous, c’était l’objectif de décrue épidémique du président de la République lors de la deuxième vague. Les chiffres vont dans le bon sens. » Petit bémol cependant : la décrue est moins marquée chez les 0-9 ans (-11 %), tandis que l’incidence augmente légèrement chez les 3/5 ans. Ainsi, même si la rentrée des classes n’a semble-t-il pas entraîné la flambée redoutée (les 0,63 % de classes fermées ne permettent pas de « conclure à un rebond de l’épidémie » a noté vendredi Bruno Coignard, directeur du département des maladies infectieuses chez Santé publique France), la prudence semble devoir rester de mise, concernant les plus jeunes et d’une manière générale les personnes non vaccinées.

Le passe dépassé pour inciter à la vaccination

Ce qui ne plaide en effet pas pour un assouplissement trop précipité du passe sanitaire, en tout cas aux yeux de certains épidémiologistes, c’est le fait qu’encore huit millions de personnes qui pourraient être vaccinées ne le sont toujours pas et notamment près de 11 % des plus de 75 ans, 7 % des 65/74 ans et 10 % des 50/64 ans. Cependant, il est peu probable que ces personnes qui n’ont encore reçu aucune dose de vaccin puissent être convaincues par le passe, sans l’avoir été au cours des deux derniers mois. « Sur les 8 millions de personnes qui restent potentiellement à vacciner dans la population éligible, on va peut-être en vacciner encore 500 000 ou un million, mais pas beaucoup plus » estime en effet le professeur Renaud Piarroux (La Pitié Salpêtrière) dans les colonnes du Parisien.

Gare à l’automne

Néanmoins, chez certains médecins et épidémiologistes, la perspective d’un assouplissement du passe sanitaire inquiète. Ils redoutent par exemple qu’il ne contribue au relâchement de l’adhésion aux mesures barrière. Or, même si selon la dernière vague de l’enquête Coviprev, la part de Français affirmant porter systématiquement un masque « en public » reste élevée (68 %) et n’a pas décru, on résiste de moins en moins à la tentation de la poignée de main et des embrassades (- 3 %) et le lavage des mains perd un peu du terrain (- 2 %), même si les gestes barrière restent majoritaires. En outre, la baisse des températures qui va entraîner une diminution des possibilités de rendez-vous en extérieur pourrait favoriser une reprise de l’épidémie. Aussi, l’épidémiologiste Catherine Hill n’a pas hésité hier à s’indigner sur BFM-TV concernant la possibilité d’un assouplissement localisé de l’application du passe sanitaire : « C'est une erreur monumentale. Parce que les gens vont aller tranquillement dans le département d’à côté s’ils n’ont pas de passe vaccinal, et vont contaminer autour d’eux dans les restaurants, les cinémas, etc. (…) La régionalisation n’a jamais fonctionné ». Le Dr Benjamin Davido partage cette analyse et remarque sur Europe 1 : « Il faut être lucide. On arrive sur la saison automnale et l’hiver, donc il y aura une cinquième vague. Ça paraît difficile d’y échapper. Alors, le contexte ne semble pas propice à la suppression de certaines mesures sanitaires : il ne faut pas réitérer les erreurs de 2020. On avait différencié la France en plusieurs couleurs en expliquant que là où ça allait bien, on pouvait faire tout ce qu’on voulait. Si on lève les restrictions, on fait repartir l’épidémie ». Antoine Flahault ne veut pas se montrer aussi catégorique mais suggère de s’inspirer de certains pays étrangers. Il note ainsi : « le Danemark est un pays qui pourrait servir de modèle à la France. Le “coronapass”, son passe sanitaire y a été instauré le 6 avril et enlevé le 10 septembre, pour cause de circulation très faible du virus. Observons-le. Si dans un mois il y a un rebond au Danemark, la France aura tout intérêt à réfléchir à une autre stratégie ».

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article