Fin de la vente libre pour les médicaments contenant de la codéine

Paris, le jeudi 13 juillet 2017 - La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a signé le 12 juillet un arrêté à effet immédiat qui inscrit tous les médicaments contenant de la codéine, du dextrométhorphane, de l’étylmorphine ou de la noscapine sur la liste des médicaments disponibles sur ordonnance. Il n’est donc désormais plus possible de se procurer un médicament à base de codéine ou d’un de ses principes actifs sans passer par une prescription médicale. Corolairement, ces produits vont disparaître des rayons virtuels des pharmacies en ligne qui n’ont le droit de proposer à la vente que des médicaments ou produits de parapharmacie en vente libre.

Cette décision ministérielle, prise en lien avec la Direction générale de la santé (DGS) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), fait suite à l’identification de nombreux cas d’abus et d’usage détournés de ces médicaments disponibles sans ordonnance et indiqués pour lutter contre la toux ou la douleur. La ministre indique dans le communiqué qu’elle « entend ainsi mettre un terme à des pratiques addictives dangereuses et potentiellement mortelles ». La Commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM avait d’ailleurs rendu un avis favorable le 29 juin dernier à la prescription médicale obligatoire pour l’ensemble de ces spécialités pharmaceutiques.

Purple Drank : un cocktail mortel

Dans une note de synthèse intitulée Les usages détournés des médicaments codéinés par les jeunes et publiée ce mois, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) indique qu’à partir de 2013, « un ensemble de signaux ont alerté sur des achats et usages inhabituels de spécialités codéinées par des adolescents et jeunes adultes ». Associés à des médicaments antihistaminiques, ces codéinés étaient dilués dans du soda pour former une boisson connue internationalement sous le nom de "Purple drank", mais plus couramment appelée en France "Lean", "Codé" ou encore "Cocktail bleu" à Marseille.

Principalement issus des pharmacies, les signalements pointent des ventes répétées ou en grandes quantités de ces médicaments à des jeunes, certains âgés de 14-15 ans, qui utilisent diverses stratégies pour se procurer les produits. Un pharmacien marseillais interrogé dans la note de l’OFDT explique ainsi la technique du duo : « L’un va chercher un sirop pour la toux ; l’autre vient à la suite demander un antihistaminique prétextant une allergie ». L’OFDT rapporte d’ailleurs que les conséquences sanitaires de ces usages détournés sont très peu connues des jeunes consommateurs, « en partie parce que les substances consommées sont des médicaments (…) ayant fait l’objet d’une série de tests avant d’être mis sur le marché ».

Le ministère rappelle pourtant que cette mode a déjà provoqué deux décès chez des adolescents depuis le début de l’année et que, chez les moins de 25 ans, 30 cas graves liés au "Purple drank" et 23 cas graves liés au dextrométhorphane ont été recensés par les autorités sanitaires ces deux dernières années. L’OFDT précise en outre que le risque de surdose avec dépression respiratoire est majoré par le mélange des molécules et la consommation d’alcool. 

Benoît Thelliez

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Vos réactions (8)

  • Déception

    Le 13 juillet 2017

    Un décret beaucoup trop rapide et sans concertation. Depuis de nombreuses années des ex-toxicomanes par ailleurs bien insérés gèrent leur manque avec la codéine ce qui explique qu'elle restait en vente libre. Par ailleurs c'est un excellent anti douleur en automédication à un moment où les généralistes sont débordés et inaccessibles. Enfin à condition de respecter les CI les sirops Euphon et Polery soignent parfaitement les maux de l'hiver avec conseil du pharmacien.
    Je suis très déçue de la décision de La Ministre.

    Christine Boulanger

  • Agir mais comment ?

    Le 16 juillet 2017

    J'estime que la réaction est à la hauteur du phénomène. Depuis quelques années, ayant une pharmacie ou la clientèle "de passage" est notable, nous étions confrontés presque tous les jours à des demandes de sirop opiacés, d'antihistaminiques quasiment plus utilisés et par une population de plus en plus jeune. Notre attitude était de refuser pour prétexte de produit "manquant" ou encore produit non référencé. Mais nous délivrions quand même quelques boîtes de neoc... comprimés ou sirop et autres opiacés à nos "vieux dépendants" (quel pharmacien n'en connaît pas?) en tout cas pas à cette nouvelle émergence.

    Le passage au tableau me semble donc une réponse mesurée pour stopper ce fléau. En revanche elle va pénaliser, comme le dit Mme Boulanger, tous les migraineux, toute l'année, les gens qui toussent l'hiver et lors des poussées de pollen. Économiquement, le pharmacien va se voir amputé de toute une gamme conseil, et les cabinets des médecins généralistes débordés de demandes de prescriptions dont il faudra rembourser la visite.

    Francis Wolkowitch

  • Depuis 50 ans !

    Le 16 juillet 2017

    C'est comme cela en Suisse depuis au moins 50 ans ! (cherchez l'erreur).

    Dr Virgile Woringer

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