François Braun : du no bed challenge à l’Avenue de Ségur

Paris, le lundi 4 juillet 2022 – La nouvelle composition du gouvernement a été dévoilée ce matin : le Dr François Braun, patron du syndicat SAMU Urgences de France et chef du service des urgences du centre hospitalier régional (CHR) de Metz devient le nouveau ministre de la santé.

Un lent rapprochement avec le Président de la République

Il s’était fait connaître en 2018 avec le No bed challenge qui consistait à répertorier le nombre de patients qui avaient dû passer la nuit sur un brancard dans un service d’urgences, faute d’un lit d’aval disponible. Tout au long du quinquennat le Dr François Braun se sera rapproché du Président de la République, jusqu’à animer son équipe santé pendant la campagne présidentielle.

Il est ainsi l’un des inspirateurs du SAS (Service d’accès aux soins), l’une des réformes importantes d’Agnès Buzyn au moment de la crise des urgences (déjà) de 2018-2019 mais dont le déploiement a été ralenti par la crise Covid.

L’histoire s’est accélérée ces dernières semaines.

Chargé par le Président d’une « mission flash » sur les urgences, il a remis vendredi son rapport à la première ministre, qui a validé les quarante et une propositions qu’il déclinait. 

Parmi les mesures phares avancées par cette mission : filtrer (cet été dans un premier temps) l’entrée des urgences par une régulation médicale en amont. Une idée déjà largement contestée par des ténors des urgences comme Christophe Prud’homme et Patrick Pelloux…

Le Dr Braun a aussi bénéficié de l’avarie inattendue subite par Brigitte Bourguignon qui a perdu les élections législatives dans la 6e circonscription du Pas-de-Calais en accusant un retard de 56 voix par rapport à la candidate du Rassemblement National Christine Engrand.

Il ne restait alors plus beaucoup de ministrables pour la santé : Stéphanie Rist, Thomas Mesnier, Philippe Juvin ou encore Nicolas Revel. Mais la première a choisi la présidence de la puissante commission des affaires sociales et le dernier devrait remplacer Martin Hirsch à l’AP-HP. Thomas Mesnier, lui, a peut-être été jugé trop clivant par l’exécutif.  Quant à Philippe Juvin, un accord avec les LR ne semble pas avoir abouti. 

La relative inexpérience politique de François Braun n’a donc pas joué contre lui. Il sera en outre épaulé par des personnalités davantage expérimentées dans ce domaine. Agnès Firmin Le Bodo, pharmacienne de formation et députée depuis 2017 est ainsi nommée ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des professions de santé. Damien Abad, non renouvelé en raison des accusations dont il fait l’objet, est remplacé par deux personnalités : le Dr Geneviève Darrieussecq, ancienne ministre des anciens combattants qui devient ministre déléguée chargée des personnes âgées et Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix Rouge qui est promu ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées.

Le retour du tiers-payant ?

Avec le Dr Braun, c’est peut-être le tiers payant généralisé qui fait son grand retour. Ainsi, pendant la campagne, il avait été chargé de faire fructifier cette idée du président candidat.

Mais peut-être s’agissait-il alors de séduire les électeurs qui avaient voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour.

Il y a quelques semaines, sur France Bleu il expliquait vouloir rester un homme libre : « J'ai trouvé le projet intéressant. Il y a déjà des choses qui ont été faites, donc c'est un peu dans la continuité. Même si je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qui a été fait (…) Mon engagement n'est pas une validation de ce qui s'est passé. Si cela ne va pas dans le bon sens, je partirai » prévenait-il ainsi…au risque de devenir lui aussi un ministre éphémère.

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Quels sacrifices ? Quels retours?

    Le 10 juillet 2022

    Je fais partie d’une génération qui n’a pas connu le «repos compensateur » des lendemains de gardes. Je faisais donc ma journée de douze heures, puis ma nuit de douze heures (avec de petits temps de repos rarement plus de trois heures non consécutives), puis ma journée de douze heures. Deux fois par semaine. Puis le service. Ça m’a valu quelques histoires cocasses. J’ai mis le linge sale au vide ordures, les croquettes du chat dans le lave vaisselle, j’ai fait du café sans eau sans filtre sans café sans allumer la cafetière etc tous les gens de ma génération connaissent ça.

    Mais surtout j’ai perdu deux collègues en sortie de garde (plantés sur la route), et aucun de mes enfants n’a souhaité faire médecine. Ils se sont sentis « sacrifiés ». J’ai divorcé deux fois.
    Ça valait le coup ?

    J’adore mon métier. J’adore soigner. Je pars encore au travail heureuse, et à 62 ans, je fais 50 heures par semaine (une bagatelle). Mais je suis très inquiète pour ma retraite. Je ne peux pas entretenir ma maison, et surtout impossible de m’arrêter tant que le dernier fait des études supérieures (dans le public). Aucune aide.
    Franchement je comprends que les jeunes soient méfiants. Ils préfèrent assurer un minimum de qualité de vie à leur famille et ils savent bien qu’en fait ils n’ont aucune garantie de retour sur leurs efforts. Ils nous voient !
    Baissez drastiquement les charges et les impôts en libéral, laisser les jeunes choisir le secteur 2 s’ils le veulent, et vous aurez une médecine libérale attractive partout ! Ils sont prêts à travailler, mais pas pour des prunes comme nous !

    Dr Sophie Tourtet

  • Épuisement professionnel

    Le 14 juillet 2022

    Chef de service de psychiatrie retraité, moi non plus, je n'ai pas connu les récupérations après gardes sur place et les cinquante heures, je les faisais largement.
    Les dernières années ont été folles.
    Ordonnances informatisées avec une informatique déficiente imposée par la direction sans qu'on puisse la tester. Un malade pouvait avoir jusque trois fichiers de traitement différents. Les ordonnances disparaissaient quand on autorisait une permission. Du temps perdu à attendre le démarrage de l'ordinateur.
    Multiplication des certificats d'internement. Codification chronophage des actes.
    Malaise dans la société, de plus en plus de demandes avec de moins en moins de personnel et de lits ponctionnés par les services de médecine.
    Multiplication des hospitalisations d'adolescents sans structure adaptée.
    Des dispensaires démentiels : jusque 18 consultations dans l'après-midi pour tenter d'éviter les rechutes.
    Des postes de PH non pourvus; pas de réponse des ministères ou des réponses folles des instances : "vous avez des postes non pourvus, nous allons vous créer un poste en plus" et à l'époque, toujours pas de remise en cause du numerus clausus malgré nos multiples alertes.
    Des recommandations pour prendre en charge en priorité : les victimes d'agression, les auteurs d'agression, les handicapés, les enfants, les autistes, les vieux, les femmes battues et que sais-je encore...Recommandations dictées par des lobbies à une administration incapable de tenir compte du réel et pratiquant la politique du parapluie.

    J'avais envie de tout plaquer mais trois enfants en études (surtout pas de médecine)...
    J'ai fait deux cancers et j'ai arrêté il y a treize ans. Depuis, ça va.
    Mes collègues qui sont encore en activité me disent que la situation ne cesse d'empirer.

    Dr Joël Delannoy

  • Etonnantes annonces à la radio

    Le 17 juillet 2022

    L'arrivée de ce nouveau ministre coïncide avec des annonces radiophoniques étonnantes depuis le 14 juillet "si vous allez mal, n'allez pas aux urgences, faites le 15 : téléphonez au SAMU". Et on annonce avenue de Ségur des contraintes financières telles que le tiers payant obligatoire aux médecins de ville.
    Je crois que la ligne 15 va souvent sonner "occupé" et avec ce projet (si c'est un projet et non pas une rumeur), le résultat ne va pas être glorieux. Beaucoup de médecins de ville vont baisser les bras. On en reparle dans un an.

    Dr Isabelle Herry

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