Frank Van Den Bleeken ne sera pas "euthanasié"

Bruxelles, le mercredi 7 janvier - Condamné pour avoir commis un meurtre en 1989, ainsi que plusieurs viols, Frank Van Den Bleeken est incarcéré depuis plus de 26 ans à Anvers. Il y a trois ans, estimant les souffrances psychiques liées à ses pulsions sexuelles intolérables, il a demandé à pouvoir être euthanasié. La Commission fédérale a tout d’abord estimé que toutes les possibilités thérapeutiques existantes n’avaient pas été mises en œuvre. Cependant, le transfert dans un établissement néerlandais afin de bénéficier d’autres approches lui a été refusé par le ministère de la justice qui s’est déclaré incompétent. Après cette décision, la Cour d'appel a accepté en septembre la requête du prisonnier. Finalement, la date de "l'euthanasie" avait été fixée et devait intervenir à la fin de cette semaine. Coup de théâtre : le ministère de la justice a annoncé que l'euthanasie était suspendue et que le détenu serait transféré dans un institut psychiatrique qui vient d'ouvrir ses portes à Gand. Frank Van Den Bleeken y fera l'objet d'un « trajet de soin adapté » indique le ministère de la Justice. Ce dernier a également évoqué la perspective d'un transfert rapide vers une institution néerlandaise spécialisée dans « les longs séjours d'internement ».

L’euthanasie plutôt que la prison

Ainsi ce même ministère qui s'était déclaré incompétent pour organiser l'admission du détenu dans un établissement néerlandais, fait désormais montre de la plus grande détermination pour mettre tout en œuvre pour éviter le recours à l'euthanasie. En dépit des explications elliptiques du ministère se contentant de préciser que « les motivations personnelles de cette décision relèvent du secret médical », il est certain que l’agitation suscitée en Belgique par cette euthanasie éventuelle n’est pas étrangère à la mobilisation soudaine de la justice belge. Depuis le mois de septembre et plus encore à mesure qu’approchait la date prévue pour l’euthanasie de Frank Van Den Bleeken, la polémique ne cessait en effet d’enfler. Tant les défenseurs que les opposants de l’euthanasie considéraient avec circonspection si non avec inquiétude cette décision. Outre le fait que beaucoup mettaient en doute que toutes les alternatives thérapeutiques existantes aient été déployées pour répondre à la situation du "patient" (doutes dont la légitimité apparaît aujourd’hui confirmée par la décision du ministère), il paraissait difficile de distinguer ce qui dans la souffrance exprimée par le détenu relevait de sa pathologie mentale d’une part et des conditions d’enfermement d’autre part. De fait, dans son discours, Frank Van Den Bleeken a insisté à plusieurs reprises sur l’extrême difficulté de faire face à ses conditions d’enfermement. Dès lors, l’euthanasie ne paraissait plus uniquement comme la réponse à une situation médicale se heurtant à l’impuissance de la médecine mais comme une solution face aux conditions d’incarcération non adaptées (selon le condamné) des détenus atteints de troubles mentaux et d’une manière générale face à la privation de liberté (par définition difficile à assumer). Or, dans cette perspective, beaucoup ne pouvaient que s’inquiéter de ce dévoiement de la loi sur l'euthanasie. Par ailleurs, en acceptant le recours à cette pratique, le gouvernement semblait se permettre de faire l’économie d’une réforme de grande ampleur sur la prise en charge des patients atteints de troubles mentaux condamnés pour des faits graves, dont la piètre qualité en Belgique a déjà donné lieu des rappels à l’ordre de la part de la justice européenne.

Mea culpa de la justice belge

En empêchant l’euthanasie de Franck Van Den Bleeken, le ministère de la Justice met donc un terme à ces polémiques et empêche que l’euthanasie ne devienne une « peine de mort médicalisée ». Surtout, le ministre de la Justice Koen Geens a confirmé que la Belgique avait manqué à ses devoirs en n’offrant pas des solutions adaptées aux criminels sexuels incarcérés à vie, notamment à cause de l’absence d’une réelle prise en charge thérapeutique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Pourquoi appeler ça une "euthanasie" ?

    Le 07 janvier 2015

    Cet homme demande l'autorisation de se suicider, un point c'est tout.
    Encore une fois, la question est posée dans toute sa simplicité : le suicide est-il un droit ?
    Rien à voir avec l'euthanasie (c'est-à-dire écourter l'agonie des mourants), même si la reconnaissance d'un droit au suicide conduirait à autoriser son assistance.
    PR

  • Une réponse de la rédaction

    Le 08 janvier 2015

    C'est pour cette raison que nous avons mis des guillemets à "euthanasie" dans notre titre.
    La rédaction

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