GHT : médecins et patients entre espoirs et inquiétudes

Paris, le jeudi 7 juillet 2016 – Le ministre de la Santé a officialisé cette semaine la constitution de 135 groupements hospitaliers de territoire (GHT) qui fédèrent quelques 850 hôpitaux. Désormais, ces groupes doivent élaborer leur "projet médical", afin de faire vivre ce dispositif qui doit permettre de renforcer les coopérations entre établissements.

Des économies en perspective

Si bon an, mal an, l’objectif du 1er juillet a finalement pu être respecté, dans les hôpitaux, la réforme continue à susciter une certaine ambivalence, tant chez les praticiens que chez les patients.

Les avantages de cette politique de restructuration de la carte hospitalière sont nombreux. A l’heure où la dette des hôpitaux peine à se résorber en dépit des efforts déployés localement, la mutualisation de nombreux services devrait permettre de dégager des économies salutaires. La coopération en ce qui concerne les achats constituera notamment une étape essentielle.

Accroître l’attractivité des plus petits hôpitaux

Les GHT pourraient également permettre de répondre à une difficulté majeure de recrutement rencontrée par un grand nombre de petits établissements . Un système de prime devrait en effet encourager les praticiens accueillis dans les établissements les plus attractifs du groupe à consulter également dans les autres hôpitaux. « Cela va désenclaver certains établissements » est convaincue Nicole Smolski, présidente de l’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH), citée par le Monde. D’autres cependant se montrent plus dubitatifs sur l’efficacité de ce système et redoutent des mobilités forcées.

Disparition de la notion de proximité

Concernant les patients, la réforme est assez mal connue. En théorie, la perspective de regroupements et d’une coopération renforcée est plébiscitée, comme l’avaient mis en évidence plusieurs sondages réalisés la semaine dernière à la veille du lancement du dispositif. Au-delà de cette appréciation générale, les inquiétudes pointent chez les représentants des usagers qui redoutent des lendemains difficiles. Ils  regrettent ainsi tout d’abord leur trop faible implication dans l’élaboration des GHT, qui a été dénoncée à plusieurs reprises, mais sans que les organisations soient réellement entendues. L’inquiétude principale concerne par ailleurs le risque de fermetures de certains services, en chirurgie et en obstétrique notamment. Les restructurations et regroupements doivent en effet inévitablement aboutir à de telles évolutions, imposées pour des raisons économiques mais aussi de sécurité des soins. Ces probables fermetures sont toujours appréhendées avec crainte par les populations riveraines. Des inquiétudes qui sont partagées par certains élus. Dans les Hautes-Pyrénées, les élus Front de Gauche ne décolèrent plus. Jean-Claude Vita redoute ainsi le triomphe d’une « gestion qui n’est plus une gestion de proximité, qui sera éloignée des réalités du terrain. Une gestion purement comptable, au détriment de l’emploi public, destructrice pour le budget de la Sécurité sociale en favorisant l’arrivée de grands-groupes privés sur le secteur de la santé ».

Tout commence aujourd’hui

Parmi les points d’inquiétude les plus marqués, où patients et praticiens voient se rejoindre leurs préoccupations, figure le sort des hôpitaux psychiatriques. Il y a quelques semaines, la colère a grondé alors que l’inclusion de ces établissements dans les GHT semblait devoir s’imposer, au mépris de leurs spécificités. La grève et l’indignation des praticiens ont finalement contribué à introduire plus de souplesse dans le système avec la délivrance de plusieurs dérogations, mais le problème est loin d’être entièrement réglé. Chaque GHT paraît en réalité compter son lot de spécificités et de questions à résoudre. Si dans certaines localités, les tensions sont plus fortes, partout les discussions à venir promettent d’être intenses.

Aurélie Haroche

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