Glyphosate : Cédric Villani recadre le sénateur Pierre Médevielle

Paris, le mardi 14 mai 2019 – Parler d’un document avant qu’il ne soit publié représente toujours un danger en soi, mais le risque auquel on s’expose dépend de différents facteurs. Sur un sujet tel que le glyphosate, il est explosif !

Pas un rapport sur le glyphosate

Le sénateur (UDI) Pierre Médevielle vient d’en faire l’amère expérience. Ce membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques (OPECST) a accordé à La Dépêche du Midi un entretien sans langue de bois évoquant la présentation cette semaine d’un rapport abordant la toxicité du glyphosate. Bien qu’ayant rapidement (trop ?) indiqué que l’objet des travaux concernait les méthodes d’évaluation des agences sanitaires, Pierre Médevielle en ne se concentrant que sur le glyphosate a conduit à transformer le document de l’OPECST en un rapport sur le glyphosate. Et qui plus est en rapport favorable à cette substance qui suscite depuis plusieurs années une large controverse, d’abord politique avant d’être scientifique. En assurant qu’aucune étude ne permettait d’affirmer le caractère cancérigène du glyphosate et en le comparant à la viande rouge et à la charcuterie, eux aussi épinglés par le Comité international de recherche sur le cancer (CIRC) mais que nul (ou presque) ne songe pourtant à interdire, Pierre Médevielle n’a pas manqué de se faire remarquer.

Ambiguïté sur l’AHS ?

Très vite, hier après-midi, Cédric Villani, médaille Fields de mathématique, vice-président de l’OPECST et proche d’Emmanuel Macron a pris sévèrement ses distances avec Pierre Médevielle. Sur la forme, il a tout d’abord regretté qu’à la différence des trois autres auteurs du rapport, le sénateur n’ait pas observé la discrétion qui prévaut.

Surtout, Cédric Villani qui avait œuvré en 2017 au sein de l’OPECST pour que soit conduite une réflexion sur « l’indépendance et l’objectivité des agences européennes » a rappelé que l’objet central du rapport n’était pas le glyphosate mais les méthodes d’évaluation des agences sanitaires. Si le cas du glyphosate a été privilégié, c’est parce qu’il est un exemple rare de contradiction  entre les conclusions du CIRC et celles des autres agences sanitaires. Les membres de l’OPECST ont ainsi pu noter que « l’EFSA (agence européenne de sécurité alimentaire) semble avoir plus d’exigences que le CIRC pour mettre en évidence un lien significatif entre cancer et glyphosate ». Sur ces aspects méthodologiques, Cédric Villani relève concernant l’herbicide de Monsanto : « Sur le glyphosate, le plus satisfaisant est d’avoir une étude épidémiologique, mais effectuer une telle étude sur les consommateurs est d’une extrême complexité. S’il s’agit d’agriculteurs, avoir des cohortes fiables et les suivre sur la durée est extraordinairement dur » a-t-il fait remarquer sur LCI, prenant le risque que certains lui rétorquent que l’Agricultural Health Study (AHS) que le CIRC a choisi de ne pas retenir et qui se montre globalement rassurante quant à la cancérogénicité du glyphosate répond très correctement à ces critères.

Contre exemple

Au-delà de cette mention qui est potentiellement révélatrice d’une certaine ambiguïté dans le discours de Cédric Villani, ce dernier a insisté : « Ce qui intéresse le rapport c’est comment améliorer la communication (sur ce point on peut estimer que Pierre Médevielle est un contre exemple, ndrl), la transparence des processus, sa fiabilité, bref comment faire en sorte que les agences soient au mieux au service de la société » avant d’ajouter « le travail de ce rapport est de dépassionner et d’expliquer la complexité », mission qui au vu des dernières heures a sans doute échoué. Outre les couacs dans la médiatisation du rapport, Cédric Villani ne se fait de toute manière guère d’illusion.

Interrogé sur LCI sur la capacité du travail de l’OPECST à apaiser le débat, il répond : « Sur d’autres sujets, oui, j’espère. Mais le glyphosate est un sujet tellement marqué par les polémiques qu’on ne peut plus avoir de débat apaisé dessus. Je pense cependant que ce débat est derrière nous et qu’il faut s’en tenir à ce qu’on a dit sur la sortie du glyphosate » insiste-t-il après avoir également jugé que « le dossier du glyphosate (…) pour moi, a été tranché du point de vue politique ». Faut-il lire ici l’aveu d’une scission nette entre science et décision politique ?

Condamnation

Les dernières actualités autour du glyphosate et la façon dont elles ont été traitées (la focalisation sur l’exemple du saucisson plutôt que sur les déclarations de fond de Pierre Médevielle entre autres) confortent certainement l’opinion de Cédric Villani. Ainsi, la condamnation aux États-Unis pour la troisième fois de Monsanto à verser deux milliards de dollars à un couple de septuagénaires tous deux atteints d’un lymphome non hodgkinien et qui ont été exposés au glyphosate est perçue comme une nouvelle preuve des risques associés au produit (alors qu’il s’agit d’une décision de justice concernant principalement le défaut d’information et non l’établissement sans faille d’un lien de causalité). Il est conféré à cette décision de justice un niveau de preuve bien plus fort qu’aux doutes clairement mis en évidence par le rapport de l’OPECST que l’on en fasse une lecture sans filtre à la manière de Pierre Médevielle ou nuancée comme Cédric Villani.

Aurélie Haroche

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