Grand âge : Castex dans les pas de Talleyrand

Autun, le vendredi 24 septembre 2021 - Le symbole est-il lourd de sens ? C’est sur les terres de Talleyrand, ci-devant évêque d’Autun, que le Premier ministre Jean Castex est venu présenter son « plan pour l’autonomie des personnes âgées »… Après avoir abandonné la réforme ambitieuse que le gouvernement promettait depuis 2017.

Le Premier ministre a annoncé un effort global de plus de 400 millions d’euros de financements nouveaux pour l’aide aux personnes âgées en 2022. Il s’inscrira dans la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) pour 2022. L’enveloppe "montera progressivement en charge pour atteindre de l’ordre de 1,3 milliard d’euros en 2025" a aussi promis Jean Castex.

Tarif plancher pour l’aide à domicile

Ce (nouveau) budget supplémentaire permettra, en premier lieu, de flécher 240 millions d’euros vers les services d’aide à domicile et d’établir un tarif minimum unique pour les prestataires de 22 euros par heure d’intervention.

En effet, jusqu’à maintenant tous les départements ne finançaient pas à la même hauteur les heures effectuées par des aides à domicile et la moyenne était de 19,33 euros d’après une étude de janvier 2020 de la Fédésap (Fédération française des services à la personne et de proximité).

Ce « financement public minimum », ou « tarif plancher », vise à « sécuriser » les services à domicile et à « réparer une iniquité ». Actuellement, « plus de la moitié des heures effectuées […] sont rémunérées sous ce niveau » de 22 euros, a aussi martelé Jean Castex flanqué de ses ministres de la Santé et de l’autonomie.

Outre ce tarif plancher, les services d’aide à domicile pourront prétendre à un financement complémentaire de trois euros de l’heure, s’ils s’engagent dans une « démarche qualité », par exemple en assurant des prestations le soir et le week-end, ou en proposant des formations à leurs salariés.

Les services à domicile bénéficieront par ailleurs d’un financement dédié pour mettre en place une « porte d’entrée unique » afin que les familles n’aient plus à gérer la « charge administrative » consistant à coordonner les différentes interventions.

Vers l’embauche de 10 000 soignants en EHPAD ?

Le gouvernement prévoit également de « sanctuariser » dans le prochain budget de la Sécurité sociale un financement pour augmenter les effectifs dans les EHPAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), l’objectif étant d’atteindre 10 000 postes supplémentaires de soignants « d’ici cinq ans ».

« On veut pouvoir mieux sécuriser les établissements. Avec un taux minimal de présence médicale. On veut généraliser d’ici 2023, la présence d’une infirmière d’astreinte de nuit. Un service qui concerne maintenant 40 % des EHPAD. Nous voulons aussi déployer des équipes d’hygiénistes dans les EHPAD », a détaillé le  Premier ministre.

Faudrait-il encore que les rémunérations des salariés d’EHPAD soient substantiellement augmentées alors que de nombreux postes restent à pourvoir par manque d’attractivité…

Le gouvernement entend également instaurer un « nouveau système de rémunération pour les soins infirmiers à domicile », afin que les professionnels concernés « puissent passer plus de temps » auprès des plus âgés. Une mesure paradoxale, alors que la CNAM réclame, via une clause de revoyure, une baisse de tarif des visites à domicile des IDEL !

Si ces mesures ne peuvent être que saluées et représentent une incontestable bouffée d’oxygène pour le secteur on est très loin d’une loi qui devait « renforcer les droits des personnes âgées », « préparer la société à la transition démographique », « améliorer la représentation des personnes âgées dans la société », etc…

Si le revirement n’arrive pas à la cheville des trahisons du diable boiteux, il sera apprécié à sa juste mesure par les premiers intéressés : les personnes âgées et leurs familles (même si la prochaine élection présidentielle n’est pas totalement étrangère à cette manne…).

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article