Greffe de mains : plaidoyer pour une reprise des programmes

Edgard Degas, étude de mains

Lyon, le vendredi 10 février 2017 – Face à l’homme, la polémique s’efface totalement. La semaine dernière était annoncée la réalisation en novembre d’une double greffe de mains à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon au sein de l’équipe du pionnier, Jean-Michel Dubernard. Immédiatement, les interrogations avaient été multiples concernant le financement et le cadre juridique dans lequel avait été réalisée cette nouvelle greffe, dans un contexte de suspension des programmes de recherche par l’Agence de biomédecine.

Un réapprentissage de tous les gestes de la vie

Hier pourtant, ces discussions étaient oubliées, quand Jean-Michel Schryve a évoqué son parcours. L’homme a traversé de nombreuses épreuves. En 2010, il a été amputé des quatre membres après avoir contracté un pneumocoque. La maladie l’a également laissé partiellement défiguré. Depuis cette date, l’homme a dû subir dix-sept interventions de reconstruction de son visage. Il a également dû apprendre à utiliser des prothèses. Il confie d’ailleurs que ces dernières lui ont permis de se réinsérer dans la vie : grâce à elles, il peut conduire, marcher, manger. Aussi, quand les équipes de chirurgiens d’Edouard Herriot ont proposé de l’inscrire dans un programme de recherche en vue de la réalisation d’une double greffe de mains, il a d’abord hésité. Mais l’espoir de retrouver le toucher l’a convaincu de se lancer dans l’aventure.

Une renaissance sous l’épée de Damoclès du rejet

Ainsi, Jean-Michel Schryve, 51 ans a été en novembre le neuvième patient à avoir été greffé des deux mains en France (et le huitième à Lyon). Il est, comme ont insisté les praticiens afin de mettre un terme à toute polémique, le dernier à avoir été inclus dans le programme de recherche clinique débuté à Lyon il y a plus d’une décennie. L’expérience de Jean-Michel Dubernard et de son équipe permet de tirer un premier bilan satisfaisant de ces greffes d’un nouveau genre, où il ne s’agit plus de répondre à une urgence vitale, mais à une urgence fonctionnelle et sociale. Ainsi, si les résultats sont « moyens » en ce qui concerne la sensibilité, ils sont meilleurs en ce qui concerne la mobilité, avec néanmoins des différences importantes d’un malade à l’autre. Certains retrouvent une fonctionnalité parfaite (97 % de mobilité des doigts), d’autres ne dépassent pas 30 % de motricité. Néanmoins « même avec 30 % de mobilité on peut faire des tas de choses » fait remarquer le psychiatre Christian Seulin, qui accompagne les patients greffés. Surtout, ce dernier insiste sur le bénéfice psychologique immense de la greffe et note que les patients s’approprient très rapidement leurs nouvelles mains et vivent l’intervention comme une « renaissance ». Cependant, les épisodes de rejet représentent a contrario une épreuve profonde et ils sont difficilement évitables. Si le premier patient ayant reçu une double greffe vit toujours avec ses deux mains 17 ans après l’intervention, un malade a dû être amputé douze ans après la transplantation.

En dépit de cette difficulté majeure, Jean-Michel Dubernard, appuyé par les témoignages et le ressenti de la plupart des patients, considère que de nouvelles interventions doivent être réalisées. Pour ce faire, il faut un sursaut tant au sein de la société (en ce qui concerne la sensibilisation au don d’organe) qu’auprès des institutions décisionnelles.

Aurélie Haroche

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