Greffes : objectifs (presque) remplis

Paris, le lundi 20 mars 2017 – Il y a cinq ans jour pour jour, le secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra présentait les orientations du plan greffe 2012-2016. Les objectifs étaient ambitieux. Le ministère projetait d’atteindre 5 700 greffes à l’horizon 2015, soit une progression de 5 % par an. Pour ce faire, l’avenue de Ségur tablait alors notamment sur une division par deux du taux de refus de prélèvement, afin d’atteindre un niveau comparable à celui constaté dans plusieurs pays d’Europe. Néanmoins, d’autres leviers pour faire progresser le nombre de greffes étaient suggérés, comme l’amélioration du recensement des donneurs et le développement de la greffe de rein à partir de donneur vivant, que le ministère appelait à favoriser de manière officielle.

Greffe à partir de donneur vivant : pas encore l’explosion mais une véritable progression

Cinq ans plus tard, l’Agence de biomédecine tire un bilan positif de ce programme, les objectifs ayant été majoritairement remplis. Un total de 5891 greffes a été réalisé en 2016, soit un niveau supérieur à l’objectif fixé en 2012. La progression a été de 17 % en cinq ans et de 2,5 % entre 2015 et 2016. Cette augmentation concerne tous les types de greffe à l’exception des transplantations très spécifiques ou encore expérimentales que sont les greffes cardio-pulmonaires (13 interventions en 2016 contre 20 en 2012) et les greffes intestinales (3 en 2016 contre 7 en 2012). Les transplantations hépatiques et rénales sont celles qui connaissent les plus fortes hausses. Concernant les greffes rénales, cette évolution s’explique notamment par le poids de plus en plus important du prélèvement sur des donneurs vivants : 576 transplantations ont été réalisées grâce à un greffon ainsi prélevé en 2016 contre 357 en 2012. Avec un taux de 16 % de greffes permises grâce à un donneur vivant (contre 10 % en 2012), la France demeure cependant en-deçà d’un grand nombre de pays comparables, ce qui est potentiellement dommageable pour les patients ; de nombreuses études mettent en effet en évidence les bénéfices d’un greffon prélevé chez un donneur vivant. Les greffes hépatiques pour leur part ne suivent pas la même tendance (on assiste même à une diminution des greffes à partir de donneur vivant).

Un recensement des donneurs potentiels affiné

Autre élément ayant contribué à l’augmentation des transplantations : le développement progressif de l’activité de greffe à partir de donneurs décédés dans le cadre d’une limitation ou d’un arrêt des thérapeutiques (Maastricht III). Initiée en 2014 cette technique a permis 114 greffes en 2016.

On notera également que le recensement des donneurs potentiels en état de mort encéphalique s’est amélioré (avec une progression de 2,7 % en 2016).

Taux de refus : l’impossible évolution ?

Globalement positif et permettant de remplir la plupart des objectifs, le bilan de ces cinq dernières années se révèle cependant très décevant en ce qui concerne le taux de refus, que Nora Berra souhaitait voir diviser par deux. Celui-ci demeure stable atteignant 33,7 % aujourd’hui, contre 33,6 % en 2014. Les efforts de communication réalisés dans ce domaine sont demeurés totalement vains, tandis que les initiatives législatives ont tâtonné jusqu’à enfin aboutir au début de l’année à l’adoption de nouvelles réglementations sur la façon d’exprimer son refus de prélèvement. Il faudra encore quelque temps pour déterminer si cette réforme, que certains ont considéré comme cosmétique et/ou complexe, aura de véritables effets sur le taux de prélèvement.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Bilan de la greffe en France

    Le 26 mars 2017

    Membre d’un Comité donneur vivant en charge d’auditionner les candidats au don et proche d’une équipe de transplantation rénale je puis témoigner que ce qui limite cette activité ce n’est pas, comme certains le laissent à penser, une réticence de la part des transplanteurs.

    Cette activité est exigeante en termes de matériel et de personnels. C’est à ce niveau-là qu’il conviendrait de faire des efforts.
    Concernant le taux des refus, il faudra 2 ou 3 ans de recul pour avoir une évaluation de l’impact de l’évolution de la loi. Sans refaire le débat, je rappelle que ce qui fait le succès de l’Espagne (18% de refus vs 33 % en France) ce n’est pas la législation mais l’organisation mise en place et une communication performante.
    Enfin, l'activité de prélèvement d'organes sur donneurs décédés en réanimation suite à un arrêt des traitements (Maastricht III) devrait contribuer à une augmentation des greffes.

    Dr Jean-Christian Colavolpe

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