Grève administrative : une participation décevante ?

Paris, le vendredi 16 janvier 2015 - Les grèves entraînent parfois des miracles. Les actions conduites par les syndicats de médecins libéraux contre le projet de loi de santé depuis la fin du mois de décembre sont parvenus à créer un dynamisme au sein de l’Assurance maladie auquel beaucoup sans doute ne s’attendaient pas.

Ne brillant pas spécifiquement pour sa réactivité, l’Assurance maladie s’est en effet illustrée à plusieurs reprises ces dernières semaines en étant capable de produire dans un temps record des statistiques sur l’activité des praticiens. C’est ainsi qu’à peine la semaine de fermeture des cabinets médicaux achevée, on la voyait publier des chiffres affirmant que l’activité des médecins libéraux n’aurait nullement diminué durant cette période. De même hier, dix jours après le lancement d’une grève administrative, elle livrait publiquement une analyse sur les niveaux de télétransmission. On découvre donc que le mot d’ordre des syndicats de médecins libéraux a été entendu mais peut-être pas à des niveaux permettant réellement l’engorgement souhaité des caisses.

Une grève, en êtes vous sûrs ?

Ainsi, la tendance globale entre le 5 janvier et le mardi 13 janvier inclus est une diminution de 11,8 % des feuilles de soins électroniques. Cependant, les jours se suivent et ne se ressemblent pas : après un pic atteint le mardi 6 janvier où le nombre de feuilles de soins électroniques a chuté de 28,45 % par rapport à l’année dernière (ce qui est peut-être en partie également due à la fermeture ce jour là de certains cabinets), la baisse n’a jamais dépassé les 15 % depuis lors (à noter que le jour de la tuerie de Charlie Hebdo, la diminution connaissait son plus faible niveau, à peine 3 %). Enfin, le début de la semaine semble marqué par un « essoufflement » du mouvement puisque les baisses constatées sont en-deçà des 10 %. Non contente de ces chiffres, l’Assurance maladie joue les ingénues. Remarquant qu’il est trop tôt pour dire si ces diminutions s’accompagneront parallèlement d’une hausse similaire des feuilles de soins papiers, elle affirme ne pas pouvoir encore donner d’explications certaines sur les raisons de cette tendance !

Trop tôt pour s’avouer vaincus

Il est probable que cette présentation suscitera de profondes contestations de la part des syndicats médicaux, qui ces derniers jours affirmaient le succès de leur mouvement et lançaient de nouveaux appels. Ils feront ainsi valoir que les médecins ont souvent choisi des tactiques différentes pour organiser l’engorgement des caisses primaires d’assurance maladie. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) a par exemple suggéré aux médecins de continuer à télétransmettre tout en envoyant systématiquement un duplicata papier. Il n’est également pas impossible que les attentats qui ont frappé la France la première semaine de janvier aient distraits les praticiens de leur mobilisation (comme le suggère le mouvement observé le 7 janvier).

Des patients dissuasifs ?

Au-delà de ces explications, ces chiffres pourraient également révéler les limites d’une grève administrative. D’abord, parce qu’elle nécessite une adhésion des patients qui n’est pas toujours facilement obtenue, notamment parce que les médecins répugnent sans doute fréquemment à se lancer dans des explications chronophages dont ils savent qu’elles ne seront pas nécessairement bien comprises, d’autant plus qu’au-delà de leur contestation ils se refusent souvent à « pénaliser » ainsi leurs patients. Ensuite, les praticiens eux-mêmes pourraient ne pas être enclins à renoncer à une modalité qu’ils utilisent de longue date et qui présentent désormais quelques avantages pratiques. Est-ce à dire que les syndicats ont échoué dans leur entreprise d’engorgement ? Pas si sûr si effectivement dans les jours qui viennent les caisses se voient noyées sous le papier. « Il suffit que chaque médecin fasse quelques feuilles de soin tous les jours pour encombrer très rapidement le système » assurait Jean-Paul Ortiz président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) au début de la grève. Avec près de 12 % de feuilles de soins non télétransmises, le pari pourrait être relevé.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Ne pas se laisser berner par les chiffres de l'assurance maladie

    Le 17 janvier 2015

    L'Assurance Maladie assure que la baisse des télétransmissions n'est que d'une dizaine de pourcents. Ce qu'elle ne dit pas, parce que personne aujourd'hui ne peut le dire, c'est l'incidence des feuilles de soins papier adressées par les patients, qui ne peuvent parvenir aux Caisses qu'avec au moins huit jours de retard (le temps que les patients les remplissent et les postent) : qui vivra verra...

    Dr Laurent Chneiweiss

  • Provocation

    Le 17 janvier 2015

    Provocation pure et simple du ministère, leur objectif est de faire croire que cette gréve est invisible (tiens ça me rappelle Sarko...) en espérant décourager d’éventuels indécis, quand la paperasse va arriver ils vont sans doute être moins joyeux...
    Un étudiant solidaire

  • Un suggestion d'action

    Le 17 janvier 2015

    Je suggére pour ne pas pénaliser les patients : de poursuivre la télétransmission des FSE et d'éditer simultanément des FSP avec mention duplicata et mal complétées : en omettant ou la date de naissance du bénéficiaire ou son prénom ou la date de consultation ou de signer la feuille, obligeant ainsi la caisse à vous réexpédier la FSP avec demande de complément d'informations; évidemment dés reception ces feuilles obsolètes pourront être jetées !

    Dr Philippe Desbrest

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