Grève de la télétransmission, pas si invisible que ça !

Paris, le mardi 24 février 2015 – La communication autour de la grève de la télétransmission initiée début janvier et soutenue par l’ensemble des syndicats de médecins libéraux a été rigoureusement verrouillée par les responsables de l’Assurance maladie et du ministère de la Santé. Le mois de janvier a ainsi été marqué par la publication des chiffres de l’Assurance maladie, s’ingéniant à démontrer le caractère limité du mouvement et surtout son rapide essoufflement dès la troisième semaine de janvier. Puis, les données statistiques se sont tues et c’est l’omerta qui a prévalu. Dans la Dépêche du Midi, mi février, le directeur de la caisse primaire d’assurance maladie de Haute-Garonne, Michel Davila rompait le silence en confirmant que la consigne, émanant du ministère de la Santé, avait été donnée de ne pas évoquer la grève de la carte Vitale. Mais Michel Davila avait choisi de passer outre cette recommandation, pour affirmer qu’aucune difficulté n’était à déplorer. « Nous avons à peine 5 % de charges de travail en plus, concernant le traitement des feuilles de soins pour le remboursement des assurés. C’est résiduel. On peut dire que nous maîtrisons. Nous n’avons pas de problèmes majeurs de délai dans les dossiers », assurait-il. Discrédités donc les syndicats assurant recenser une forte participation, évoquant le témoignage de salariés des caisses confirmant une explosion de l’activité liée aux feuilles de soins papiers ou encore un sondage du JIM affirmant que jusqu’à 61 % des professionnels prenaient part au mouvement.

Des remboursements en baisse de 10,1 % en médecine générale en janvier… le système grippé ?

Mais aujourd’hui, cette stratégie semble avoir fait long feu. De toute part, sont évoquées les difficultés accrues des caisses primaires d’assurance maladie à endiguer le flot des feuilles de soins papiers et les retards de remboursement des patients. Si l’Assurance maladie se contente pour l’heure de données factuelles, les chiffres sont évocateurs. Au mois de janvier, les remboursements de soins médicaux et dentaires ont diminué de 5,1 % par rapport à l’année dernière ; une baisse qui atteint 10,1 % en médecine générale et qui peut difficilement être mise sur le compte d’une année particulièrement clémente sur le front des épidémies, quand on se rappelle le cri d’alerte la semaine dernière des services d’urgence devant faire face à la grippe.

Vous avez demandé votre remboursement ? Rappelez dans trois semaines !

A ces chiffres, s’ajoute une fois encore les témoignages de salariés des caisses primaires, qui ne sont désormais plus uniquement recueillis par les syndicats, mais par les médias nationaux. « En temps normal, on reçoit 4 000 feuilles de soins par jour, on a environ une semaine de retard en général, ce qui n’est pas un délai énorme. Mais là, on a accumulé 150 000 feuilles de soin en attente. On a dû faire monter des placards pour les stocker. Du coup, trois personnes ont été embauchées en plus pour nous aider » indiquait ce matin une employée d’une caisse primaire au micro d’Europe 1, sous couvert d’anonymat (confirmant que la consigne d’omerta n’est pas totalement levée). Il suffit par ailleurs pour se convaincre de la portée du mouvement de téléphoner à plusieurs caisses primaires en se faisant passer pour un patient s’enquérant de l’avancée du traitement de son dossier, pour s’entendre confirmer les difficultés actuelles, mises le plus souvent sur le compte de la grève.

Quel avenir pour cette grève ?

De telles constatations convaincront-elles enfin le ministre de la Santé de la détermination des médecins libéraux à se faire entendre, notamment en ce qui concerne le refus de la généralisation du tiers payant ou continuera-t-elle à adopter la même attitude dogmatique ? Les médecins seront de leur côté sans doute confortés par ces observations, alors que se prépare de plus en plus activement la grande manifestation du 15 mars. Mais du côté des patients, les retards pris dans le traitement des remboursements pourraient bien éroder leur sympathie pour le mouvement de protestation des praticiens.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Grève de la télétransmission et liberté d'expression

    Le 24 février 2015

    Je soigne une patiente qui travaille à la Sécurité Sociale de Loire-Atlantique, qui m'a confirmé l'embauche de personnel pour traiter le surplus de feuilles de soin papier, qu'ils ne sont pas en mesure d'assurer avec le personnel habituel...
    Je trouve anormal le comportement du gouvernement qui interdit le droit de parole à ses directeurs de caisse, pendant qu'il défile, devant tous les médias du monde, pour la liberté de parole et d'expression, à d'autres occasions.
    Je suis Charlie.

    Dr ALP

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