Hépatite C : des patients "pas assez malades" pour être soignés en France se tournent vers l’étranger

Paris, le jeudi 19 mai 2016 – C’était il y a deux ans, quasiment jour pour jour. Détaillant son programme économique, le ministre de la Santé, Marisol Touraine, promettait dans les Echos : « De nouveaux traitements de l’hépatite C arrivent sur le marché, ils vont changer la vie de milliers de malades. Certes ils sont chers, mais ils seront accessibles à tous ! ». Il faut croire que l’audience dont jouit le ministre auprès de la Haute autorité de santé (HAS) est très faible, puisque quelques mois à peine après cette déclaration, l’institution adoptait un rapport recommandant de « traiter d’emblée avec ces nouveaux traitements les malades ayant atteint les stades sévères de la maladie ». Elle assurait encore qu’à titre individuel, il n’existait pas d’argument en faveur d’une utilisation systématique des antiviraux à action directe (AAD) bien qu’il s’agisse de traitements courts et bien tolérés. Derrière cette recommandation ne peut être ignorée la volonté de réduire les conséquences budgétaires de l’arrivée de ces médicaments, dont le coût par traitement varie entre 46 000 et 130 000 euros (hors remises, non connues mais souvent conséquentes).

Un non sens médical

Aussi, depuis deux ans, de nombreux patients atteints d’hépatite C, se voient refuser l’accès aux AAD. Pour certains, ce conditionnement du traitement à l’aggravation de leur maladie est insupportable : certains d'entre eux ont donc décidé de se tourner vers l’étranger où des versions génériques des médicaments sont développées. Un collectif d’associations de patients vient ainsi de publier plusieurs témoignages de malades ayant choisi de se procurer via internet ou des "intermédiaires" des produits fabriqués en Egypte, en Inde ou au Bangladesh. Chaque jour, SOS Hépatites reçoit des demandes de patients ou de leurs familles cherchant à déterminer dans quelles conditions ces traitements peuvent être accessibles. Aujourd’hui, une semaine avant la journée mondiale de lutte contre les hépatites, SOS Hépatites, Médecins du Monde, la Fédération Addiction et plusieurs autres organisations s’associent pour demander un sursaut aux pouvoirs publics. Ces organisations rappellent que ces solutions mises en place par les patients, non contentes d’être illégales, les exposent à un risque de contrefaçon. Mais surtout, elles témoignent de la détresse des malades alors que le choix de ne traiter que les patients dont le stade de fibrose est le plus avancé peut être contre-productif au niveau médical. Outre le fait que les symptômes présentés par de nombreux patients avant ce niveau de gravité ne sont pas efficacement soulagés, les patients peuvent développer des complications graves. Aussi, ces organisations exhortent les pouvoirs publics à utiliser le système de la « licence d’office », prévu par les accords signés par la France sur la propriété intellectuelle (ADPIC). Ce dispositif « permet aux Etats d’autoriser la production et l’importation de versions génériques d’un médicament breveté » rappellent les associations dans une tribune publiée dans Libération. Elles insistent par ailleurs sur le fait que cette méthode a déjà permis d’obtenir une baisse significative des prix des trithérapies contre le VIH permettant à des millions de sujets d’y avoir accès.

Penser à long terme

Avant la journée mondiale des hépatites, il reste un peu plus d’une semaine à Marisol Touraine pour entendre cette énième requête et tenir sa promesse d’avril 2014. Une semaine pour ne plus envisager uniquement les dépenses engagées à court terme, mais également l’économie réalisée à long terme en terme de dépenses de santé, grâce à la réduction des complications et des arrêts de travail.

Recommandations de la HAS 

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • L'HAS obéit

    Le 22 mai 2016

    il suffit d'être en prison ou sans papier pour être prioritaire. Un meurtrier d'enfant incarcéré n'est pas extradé pour bénéficier du traitement. Quand idéologie rime avec ânerie, l'HAS obéit.

    Dr Isabelle Gautier

  • Les subtilités d' Aurélie

    Le 22 mai 2016

    Il faut croire que l’audience dont jouit le ministre auprès de la Haute autorité de santé (HAS) est très faible... que la chose est bien tournée et retournée!

    I.G

  • Incapables...

    Le 22 mai 2016

    Jamais ils ne se mettront à dos l'industrie pharmaceutique... Tout est une question de volonté politique... La santé ça coûte cher... Notre société est elle prête à cotiser plus ? C est un choix... Moi je dis oui mais d autres ne voudront pas...Mais quand le pognon prime sur la santé c'est grave. Ça n'a pas de prix, s'il faut payer on paie!...Ce gouvernement a capitulé dans tous les domaines...au passage c'est marrant comme tout à coup on pense que les génériques c'est bien...La comédie humaine...

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